La petite histoire

Journal des recherches

Dernières
trouvailles

Chaque trouvaille est une porte : un acte retrouvé donne des noms, les noms donnent d’autres actes. Ce journal raconte la recherche au fil des jours — ce qui vient d’être établi, et ce que cela ouvre.

30 octobre 2026

Un J, pas un S

Une photo de plus au guichet de Profondeville : la naissance de Joseph Félix Defleur, le dernier frère de Léa, le 9 août 1913. On l’avait déjà, par le microfilm. Mais un acte de cette époque existe en deux originaux, l’un gardé à la commune, l’autre envoyé au greffe, et chacun est signé. En les comparant, une lecture de septembre est tombée : l’arrière-arrière-grand-père Sébastien Joseph Defleur ne signait pas « S. Defleur » mais « J Defleur », d’un grand J bouclé, l’initiale de Joseph. Revus un à un, les actes de ses enfants de 1909 à 1913, et celui de la mort de sa femme en 1918, disent tous la même chose. Seul celui de Léa, en 1900, porte un S. Au village, on l’appelait Joseph. Le premier témoin, qui donne ses deux prénoms à l’enfant, est Joseph Félix Bodson, menuisier : son oncle, le mari de la sœur du père.

30 octobre 2026

Une ligne de 1777

Le mariage de Judocus Roosemont et de Maria Anna Van Herrewegen, les parents de Joanna Roosemont, manquait depuis septembre. On l’avait cherché dans le registre paroissial de Merchtem à la fin des années 1780, en vain, puis dans les années 1760, en vain encore. Il était plus haut, en 1777, dans des pages déjà lues, mais lues pour un autre nom : le 15 juillet 1777, une ligne du curé, « Theodorus Roosemont et Maria Anna Van Errewegen », avec deux témoins, dont un Joannes Baptista Roosemont. La ligne a été portée en retard, après celle du 27 juillet, et une croix dans la marge le signale. Le curé appelle le marié Theodorus ; c’est ainsi que l’appellera aussi, en 1825, l’acte de décès de sa veuve.

30 octobre 2026

Claude, quatorze mois

Deux photos de plus au guichet de Profondeville, pour un enfant dont la famille ne gardait que le prénom et une croix. Claude Célestin Jean Ghislain Michaux, le premier-né de la tante Marie et de Jacques Michaux, naît à Lesve le 28 novembre 1947 — dernière naissance de l’année au village, et Célestin pour second prénom, celui du grand-père. Il meurt le 8 février 1949, à deux heures du matin, à un an et deux mois. Son père va déclarer les deux actes, à quatorze mois d’intervalle, devant le même bourgmestre.

30 octobre 2026

Sidonie, et le prénom enfin tranché

Encore une photo du guichet de Profondeville : le décès de Sidonie Warnant, la sœur aînée de l’arrière-grand-père Victor, morte à Lesve le 1er février 1912 à cinquante-huit ans, épouse de Célestin Dufaux. Ce sont deux de ses frères qui vont la déclarer : Alexandre, le maçon du village, et Victor lui-même, cultivateur à Bois-de-Villers, qui signe — on ne le savait pas vivant après 1906. Dans la foulée, son acte de naissance, à Bois-de-Villers le 30 mai 1853, règle une question restée ouverte depuis septembre : son acte de mariage l’écrivait deux fois « Sédonie », mais c’est bien Sidonie qu’on l’a appelée au berceau.

30 octobre 2026

Un vendredi de mai 1946

Au guichet de Profondeville, le mariage de la tante Marie, la sœur aînée de la maman de Didier. Le 31 mai 1946, un vendredi, à huit heures et demie du soir, Marie Élise Ghislaine Warnant, vingt et un ans, épouse à Lesve Jacques Michaux, maçon comme son père. On ne connaissait de l’oncle Jacques que des âges glanés comme témoin ; l’acte le fait naître à Malonne le 7 mars 1913, et dit ses parents morts tous deux à Lesve, sa mère en 1932, son père en 1943. Célestin et Léa sont là et signent. Le témoin de la mariée est son oncle Joseph Ghislain Warnant, le plus jeune frère de Célestin, devenu cultivateur au village.

30 octobre 2026

La fille de l’autre Victor Joseph

Une photo de plus au guichet de Profondeville, et un décès : le 1ᵉʳ mai 1920 meurt à Lesve Marie Catherine Eugénie Warnant, cinquante-neuf ans, épouse de Gustave Joseph Genin, cultivateur. Elle est la fille de Victor Joseph Warnant, l’oncle homonyme de l’arrière-grand-père Victor, et donc une cousine germaine de celui-ci. Le second déclarant est un visage connu, Joseph Félix Bodson, le menuisier, cousin du grand-père Célestin. Sa naissance a mis un moment à sortir : la table décennale des années 1860 déborde d’une page, et une lecture de septembre s’était arrêtée trop tôt. Elle est née à Lesve le 17 janvier 1861. Dans la foulée, le mariage de ses parents, le 15 mai 1858 : Catherine Joséphine Crasset fêtait ce jour-là ses vingt-sept ans, et le vieux Lupsin Warnant, le quadrisaïeul, était là pour consentir et signer à côté de son fils.

30 octobre 2026

Une seconde fille chez le maçon

Au guichet de Profondeville, un mariage que personne n’attendait : le 16 octobre 1920, Denise Sidonie Gislaine Warnant, vingt-cinq ans, épouse à Lesve Norbert Xavier Huens, un employé des contributions né à Doische et domicilié à Romedenne. Elle est une seconde fille d’Alexandre Joseph Warnant, le maçon, frère cadet de l’arrière-grand-père Victor : une cousine germaine du grand-père Célestin que l’arbre ignorait, entre Emma et Arthur. Son acte de naissance, retrouvé dans la foulée, la fait naître à Lesve le dimanche 26 mai 1895. Les quatre parents sont là et signent. Le témoin de la mariée est son oncle Joseph Warnant, soixante ans : badigeonneur au village en 1892, il est devenu négociant à Barvaux-sur-Ourthe.

30 octobre 2026

Deux femmes Warnant

En 1920, Angèle Warnant, la sœur du grand-père Célestin, épousait Armand Borbouse, « veuf de Warnant Emma ». Qui était Emma ? L’acte de son mariage, photographié au guichet de Profondeville, répond. Le 16 septembre 1916, en pleine occupation, Emma Marie Céline Gislaine Warnant, vingt-quatre ans, épouse à Lesve ce cultivateur de vingt-six ans né à Saint-Gérard. Elle est la fille d’Alexandre Joseph Warnant, maçon, le plus jeune frère de l’arrière-grand-père Victor, et de Marie Borbouse. Les quatre parents sont présents et signent. Son acte de naissance, retrouvé dans la foulée, la fait naître à Lesve le 3 juillet 1892 ; son oncle Joseph est témoin. Son acte de décès, retrouvé ensuite sur FamilySearch, corrige une lecture ancienne de la table : elle ne meurt pas en 1920, mais le 21 février 1919, à vingt-six ans, trois mois après l’armistice. C’est son père qui va déclarer le décès. Dix-sept mois plus tard, son veuf épouse sa cousine germaine.

30 octobre 2026

Cécile Jadot, septante-huit ans

En feuilletant les décès de Lesve de 1920, où l’on cherchait Emma Warnant, un autre nom de la famille : Cécile Jadot, la sœur de Julien Jadot, le père de l’arrière-grand-mère Pélagie. Elle meurt à Lesve le 2 avril 1920, à septante-huit ans, près de cinquante ans après son mariage avec Jean Baptiste Pochet. Lui vit encore : maçon de septante-sept ans, c’est lui qui va déclarer le décès, et qui signe. Elle, en 1870, avait déclaré ne savoir écrire.

28 octobre 2026

Un mineur de vingt ans

Armand Jadot, le frère de l’arrière-grand-mère Pélagie, se marie à Lesve le 10 août 1906 à dix-huit heures. Il a vingt ans, il est ouvrier agricole, et comme il est encore mineur, ses parents, présents, donnent leur consentement. Sa femme, Maria Sidonie Collette, vingt-trois ans, est servante au village. Elle est née à Longchamps le 13 juin 1883, et sa mère est morte l’année d’avant. Le feuillet de famille l’écrivait « Colette » ; l’acte et sa propre signature disent « Collette ». Le bourgmestre Gustave Misson, qui les marie, a ainsi célébré les mariages des quatre enfants de Julien Jadot et de Béatrix Misson.

28 octobre 2026

Le beau-frère témoin

Clotilde Jadot, une autre sœur de Pélagie, épouse à Lesve le 25 octobre 1902 Victor François Buisseret, journalier, né à Saint-Gérard. Elle a trente-deux ans, il en a vingt-trois. Le père de Victor est mort à Namur dix ans plus tôt ; sa mère consent, et ni elle ni Victor ne savent signer. Parmi les quatre témoins se trouve Sébastien Defleur, vingt-neuf ans, journalier, l’arrière-grand-père, que l’acte dit « beau-frère de la future » : il a épousé Pélagie trois ans plus tôt. Le bourgmestre qui les marie est encore Gustave Misson.

28 octobre 2026

Le jour des bans

Alix Jadot, sœur de l’arrière-grand-mère Pélagie, avait un mari, Jules Mélin, connu par le feuillet de famille, et une date tirée d’un index, le 7 avril 1895. L’acte de mariage la corrige : le 7 avril était le dimanche des publications, et le mariage se célèbre le 26 avril, à huit heures du matin. Jules Julien Joseph Mélin a vingt-sept ans, il est journalier, né au village de père inconnu ; sa mère, Marie Thérèse Mélin, consent et ne sait pas signer. Alix a vingt-trois ans. L’échevin qui les marie, Gustave Misson, est sans doute le frère de Béatrix, la mère de la mariée.

28 octobre 2026

Un feuillet de famille

Un feuillet de notes de famille, écrit à la main, dresse la descendance de Julien Jadot, le garde champêtre de Lesve, et de Béatrix Misson. Il redit leurs quatre enfants, Clotilde, Alix, Marie (c’est Pélagie, l’arrière-grand-mère) et Armand, et les six enfants de Pélagie et de Sébastien Defleur. Surtout, il donne ce qu’aucun acte trouvé ne disait encore : les conjoints. Clotilde a épousé Victor Buisseret, Alix Jules Mélin, Armand Maria Colette puis Mathilde Serin ; chez les Defleur, Adelin a épousé Léa Belgeonne, Aline Fernand Jaspart, Joseph Félix Denise Collart, et Gustave n’a qu’un tiret. Ce sont des souvenirs de famille : chaque mariage reste à trouver dans les registres.

28 octobre 2026

Les deux frères maçons

Camille Warnant, le frère aîné du grand-père Célestin, n’avait jusqu’ici qu’un acte de naissance, en 1886, et aucune trace ensuite. Son acte de décès, photographié au guichet de Profondeville, le montre maçon à Lesve, marié à Victorine Mélin. Il meurt au village le 1er avril 1940, à onze heures du soir, à cinquante-quatre ans. Le lendemain, Célestin, maçon lui aussi, va le déclarer avec leur cousin Arthur, et les deux signent. L’acte dit au passage « feue » leur mère, Marie Élise Beaupère : on la savait vivante en 1923, elle est morte avant 1940.

28 octobre 2026

La veuve d’Alexandre

Un arbre familial faisait mourir Hortense Brostaux en 1911, sans dire d’où il le tenait. La table des décès de Lesve pour 1911-1920, lue en septembre pour d’autres noms, la portait pourtant : une ligne, « Brostaux Hortense », 22 mai 1911. L’acte est sur le microfilm de FamilySearch. Elle meurt à Lesve le 21 mai 1911, à une heure, à quatre-vingt-un ans, veuve depuis seize ans. Le lendemain, ses deux fils Camille, entrepreneur à Profondeville, et Alexandre, maçon au village, vont la déclarer et signent. Elle ne savait pas écrire son nom ; l’officier l’écrit cette fois comme à sa naissance.

28 octobre 2026

Le 24 avril 1895

On savait seulement qu’Alexandre Joseph Warnant, l’arrière-arrière-grand-père, était mort avant 1918. La table des décès de Lesve donnait 1895, mais le registre de cette année manque aux Archives de l’État en ligne. Il est sur un microfilm de FamilySearch, dont l’index a lu son nom « Wamant ». Il meurt à Lesve le 24 avril 1895 à quatre heures du matin, cultivateur, à soixante-huit ans. Son fils Camille et son gendre Célestin Dufaux vont le déclarer. L’acte le dit « époux » d’Hortense : elle vit encore.

28 octobre 2026

La couturière de Lesve

L’acte de décès d’Alexandre Joseph Warnant, en 1926, disait qu’il avait un fils, Arthur, mais pas qui était sa mère. Son acte de naissance est sorti en ligne, relié au dos de la table décennale de Lesve : Arthur Camille naît au village le 5 novembre 1896 à sept heures du soir, fils d’Alexandre, maçon, qui le déclare et signe, et de Marie Joseph Gislaine Borbouse, couturière, que son père avait épousée cinq ans plus tôt.

28 octobre 2026

Le maréchal-ferrant

Quand Alexandre Joseph Warnant, le frère cadet de l’arrière-grand-père Victor, meurt à Lesve en mars 1926, c’est son fils Arthur, forgeron de vingt-neuf ans, qui va le déclarer. On ne savait rien d’autre de lui. Didier a rapporté du guichet de Profondeville deux actes où il paraît encore : il s’appelle Arthur Camille, il est né à Lesve vers 1896, il est devenu maréchal-ferrant au village et il a épousé Albine Cornet, venue de Mormont. C’est lui qui va déclarer ses enfants, et il signe « A Warnant ». Arthur était le cousin germain de Célestin, le grand-père de Didier.

28 octobre 2026

Quatre fois à la maison communale

Des quatre enfants de Célestin Warnant et de Léa Defleur, seule Angèle avait son acte de naissance ; les trois autres n’étaient connus que par des avis de décès, et Joseph, le seul garçon, n’avait même pas de date. Didier a photographié les trois autres actes au guichet de Profondeville : Marie naît à Lesve le 16 septembre 1924, Lucienne le 1er août 1926, Joseph le lundi 7 mars 1932 à midi. Sur la photo, l’année de Joseph se perd dans le pli de la reliure, mais les âges de ses parents, trente-neuf et trente et un ans, la fixent sans hésitation. Les quatre fois, c’est Célestin, maçon, qui va déclarer l’enfant et qui signe. Les deux aînées reçoivent le prénom de leur grand-mère Warnant, Élise ; Joseph celui de leur grand-père, Victor. Du même voyage vient l’acte de naissance de Jean André, le futur mari de Lucienne, né au village le 3 septembre 1925.

28 octobre 2026

Ouvrier de glacerie

Manœuvre à son mariage, ouvrier d’usine quand naît son troisième enfant : on ne connaissait de Franz Heyvaert que ces deux métiers. Les actes de naissance de ses deux aînés, que Didier a photographiés au guichet de Profondeville, en donnent un troisième, plus précis : il est ouvrier de glacerie, et le ménage vit déjà à Lesve, dans le village d’Angèle. C’est sans doute la même usine, nommée de plus en plus vaguement. Les deux fois, c’est lui qui vient déclarer l’enfant et qui signe, sous les prénoms flamands de son acte de naissance, Franciscus Ludovicus Maria. Le bourgmestre qui reçoit ces actes, Arsène Rossomme, est aussi celui de son mariage.

28 octobre 2026

Le mariage de Lucienne

Lucienne Warnant, la sœur d’Angèle, la tante de Didier, n’était connue que par son avis de décès de 2014, qui la disait veuve de Jean André, sans rien de plus sur lui. Leur acte de mariage, que Didier a photographié au guichet de Profondeville, leur rend un jour : le vendredi 23 mars 1951, à cinq heures de l’après-midi, à la maison communale de Lesve. Jean André a vingt-cinq ans, il est cultivateur comme son père ; Lucienne en a vingt-quatre. Célestin et Léa sont présents, consentent et signent, et le témoin de Lucienne est Jacques Michaux, le mari de sa sœur Marie. La mère du marié, Marie Hélène Beaupère, était morte six semaines plus tôt. Son nom est celui de la grand-mère paternelle de Lucienne ; rien ne dit encore si les deux femmes étaient parentes.

28 octobre 2026

Deux fois veuve

Marie Joseph Defleur, la sœur de Sébastien et donc la grand-tante d’Angèle Warnant, avait épousé à Sommière en 1907 Joseph Félix Bodson, un menuisier de Lesve ; ensuite, on ne savait plus rien d’elle. Son acte de décès, que Didier a photographié au guichet de Profondeville, la retrouve à Lesve, rue des Hayettes : elle y meurt le mardi 31 janvier 1961 à six heures et demie du matin, à quatre-vingt-deux ans, pensionnée. Il apprend surtout qu’elle s’était remariée : l’acte la dit veuve de Joseph Félix Bodson en premières noces, et en secondes d’Adelin François Joseph Clobert, dont aucune pièce ne parlait. Ce sont son gendre, Constant Louis, et son petit-fils, André Beguin, cultivateurs au village, qui viennent la déclarer.

28 octobre 2026

Un dimanche de juillet 1962

28 octobre 2026

Le maçon et le forgeron

Alexandre Joseph Warnant, le plus jeune frère de Victor, l’arrière-grand-père de Didier, était maçon à Lesve en 1891, quand il y épousait Marie Borbouse ; ensuite, plus rien. Les arbres en ligne le faisaient mourir en 1926, sans acte. Didier a photographié l’acte au guichet de Profondeville : il meurt à Lesve le lundi 29 mars 1926, à une heure de l’après-midi, à cinquante-huit ans, toujours maçon, et sa femme lui survit. Le lendemain, c’est son fils Arthur, forgeron de vingt-neuf ans, qui le déclare : le premier enfant du ménage dont nous connaissions le nom. L’âge déclaré tombe juste sur le 20 mars 1868, la date que son acte de mariage citait contre la table de Bois-de-Villers.

28 octobre 2026

Deux témoins de la famille

Le 30 août 1935, Marie Joséphine Defleur, la sœur cadette de Léa, épouse Ernest Michel à la maison communale de Lesve. L’acte, rapporté par Didier du guichet de Profondeville, montre Sébastien Joseph Defleur, leur père, présent à soixante-deux ans ; il consent et signe « J Defleur », comme sur sa carte d’identité de 1919. Les deux témoins sont des siens : son fils Adelin, vingt-cinq ans, menuisier, dont on ne savait rien depuis sa naissance, et son gendre Célestin Warnant, maçon, le grand-père de Didier.

28 octobre 2026

Un soir de juin 1956

Franz Heyvaert et Angèle Warnant, les parents de Didier, se sont mariés à la maison communale de Lesve le vendredi 1er juin 1956, à sept heures et demie du soir. Aucune pièce ne donnait encore la date ; c’est l’acte, rapporté par Didier du guichet de Profondeville, qui la fixe. Franz a vingt-sept ans, il est manœuvre ; Angèle en a vingt-six. Les quatre parents sont vivants : Louis, cultivateur, et Léontine à Bois-de-Villers, Célestin, maçon, et Léa à Lesve. L’acte confirme ainsi un souvenir de famille qui n’avait pas de date : les Heyvaert, venus de Merchtem, ont bien vécu à Bois-de-Villers avant de partir pour Falisolle. L’officier écrit les prénoms flamands de Franz et de son père, Franciscus Ludovicus Maria et Judocus Ludovicus. L’un des deux témoins est Jacques Michaux, ouvrier maçon, le mari de Marie, la sœur aînée d’Angèle.

28 octobre 2026

Un jeudi d’octobre 1929

Angèle Warnant, la mère de Didier, est née à Lesve le jeudi 3 octobre 1929, à deux heures de l’après-midi. Jusqu’ici, c’étaient son faire-part et les papiers de sa succession qui le disaient ; son acte de naissance, que Didier a rapporté du guichet de Profondeville, le constate. Il est aussi la première pièce d’état civil qui nomme ses parents : Célestin Warnant, maçon, trente-six ans, et Léa Defleur, vingt-huit ans, installés à Lesve. Célestin vient la déclarer le lendemain matin devant le bourgmestre Georges Pochet, et signe. Elle reçoit trois prénoms, Angèle, Adeline et Ghislaine ; le premier était celui de la sœur aînée de son père.

28 octobre 2026

Le garde champêtre de Lesve

Julien Joseph Jadot, le père de Pélagie et l’arrière-arrière-grand-père de Didier, avait été garde champêtre de Lesve pendant plus de trente ans ; après janvier 1918, on perdait sa trace. Deux arbres en ligne le faisaient mourir le 2 juin 1923. L’acte, que Didier a trouvé au guichet de Profondeville, leur donne raison au jour près : il meurt à Lesve ce jour-là, à dix heures du matin, à septante-neuf ans, et l’acte le dit encore garde champêtre. Ce ne sont pas ses enfants qui le déclarent, onze jours plus tard, mais le bourgmestre Joseph Pochet et Camille Ancia, l’autre garde champêtre du village. L’échevin qui reçoit la déclaration s’appelle Armand Jadot, comme son fils, et c’est le même qui mariera sa petite-fille Léa deux mois plus tard.

28 octobre 2026

Février 1954, à Lesve

Sébastien Joseph Defleur, le père de Léa, avait disparu des papiers après la guerre : une carte d’identité encore visée en octobre 1944, puis plus rien. Didier a trouvé son acte de décès au guichet de Profondeville. Il est mort à Lesve le 5 février 1954, à cinq heures de l’après-midi, onze jours avant ses quatre-vingt-un ans. L’acte le dit pensionné de vieillesse et veuf de Pélagie Marie Jadot, à qui il a survécu trente-six ans. Le lendemain, c’est son gendre Ernest Michel, ouvrier de glacerie, qui vient déclarer le décès avec un voisin. La veille, Ernest avait eu quarante-trois ans.

28 octobre 2026

Un vendredi d’août, à Lesve

Célestin Warnant et Léa Defleur, les grands-parents maternels de Didier, se sont mariés à la maison communale de Lesve le vendredi 3 août 1923, à six heures du soir. Les arbres en ligne disaient le 4 : ils avaient l’année, pas le jour. L’acte n’est pas numérisé ; Didier est allé le photographier au guichet de Profondeville. Célestin a trente ans, il est maçon à Bois-de-Villers ; Léa en a vingt-deux. Son père, veuf, est présent et signe « J Defleur ». La mère de Célestin, veuve elle aussi, a consenti onze jours plus tôt par un acte passé à Bois-de-Villers : c’est la dernière trace que nous ayons d’elle, et elle recule de trois ans. Le premier témoin, Constant Demarcin, l’avait déjà été au mariage des parents de Léa en 1899. L’échevin qui célèbre s’appelle Armand Jadot, comme le frère de la mère de Léa — sans doute lui, mais rien ne le prouve encore.

26 octobre 2026

Une petite fille de Gerlin

Marie Joseph Morimont, la mère de Cécile Borbouse et belle-mère du journalier Nicolas Joseph Jadot, était morte à Lesve en 1826 sans que l’officier inscrive le nom de ses parents ; il la disait seulement née « à Gerlin, présentement commune d’Arbre ». Gerlin est un hameau entre Arbre et Bioul, et c’est dans le registre de Bioul qu’on la retrouve, sans doute : le 29 septembre 1754, le curé y baptise une Maria Josepha, fille de Claude Joseph Morimont et de Jeanne Joseph Lambrez. Le nom, l’année que donne son âge au décès et le lieu concordent ; aucun acte ne le dit en toutes lettres. Nous la tenons donc pour leur fille, en le disant probable, et deux ancêtres de plus entrent dans l’arbre. Le registre que nous avions lu à Bioul en octobre n’était pas le bon : la paroisse en a deux, et le baptême est dans l’autre.

17 octobre 2026

Ni Balimont, ni Marlet

Les relevés en ligne mariaient deux de nos grand-tantes à des hommes qu’elles n’ont pas épousés. Marie Anne Melot, sœur aînée de Sélestine, serait morte en 1851 « épouse de Gilles Balimont » : son acte de décès la dit épouse de Jean Joseph Pirson, qui vient la déclarer, et recopie sa naissance du 15 mai 1795. Joseph Félicitée Cécile Durant, sœur de Rosalie, serait morte en 1856 épouse d’un « Martin Marlet » : son acte la dit femme de Ferdinand Joseph Marron, berger, qui signe la déclaration. Elle meurt le 30 août, à trente-trois ans ; une petite Félicitée, née la veille ou presque, ne lui survit que vingt jours.

17 octobre 2026

Deux Pierre Joseph Melot

Sélestine Melot, la cabaretière de Sommière, était la dernière de sept enfants. Ses parents, Pierre Joseph Melot et Marie Joseph Suray, ont fait baptiser à l’église Pierre Joseph en 1793, Marie Anne en 1795 et Marie Rose Joseph en mai 1796. Elle est le dernier baptême du registre paroissial, clos à l’automne suivant au nom de la République. Les relevés en ligne l’appelaient « Marie Anne », comme sa sœur, si bien que l’on croyait la première morte au berceau : les deux ont vécu. Viennent ensuite Thérèse Rosalie en 1798, Jean Joseph en 1801, qui ne vit qu’un jour, Joséphine en 1804, et Sélestine en 1806. À la maison commune, le père, cultivateur puis berger, déclare ses enfants devant un homme qui porte exactement son nom : Pierre Joseph Melot, fermier, agent municipal puis maire, marié à une autre femme. Nous nous demandions si le maire n’était pas notre ancêtre ; les actes montrent les deux hommes face à face. Le fils aîné, lui, deviendra instituteur à Natoye.

17 octobre 2026

Le domestique de Graux

Rosalie Durant, la femme du berger Gaspard Defleur, avait sept frères et sœurs, tous nés à Sommière et retrouvés par leur acte : Anne Joseph, l’aînée, née en avril 1811, moins de trois mois après le mariage de ses parents ; puis, après Rosalie, Marie Catherine, Eugénie, Joseph Félicitée Cécile, Marie Thérèse, et deux garçons, Sébastien en 1828 et Jacques Alphonse en 1833. Leur père, Hubert Michel Durant, était domestique, et souvent ailleurs : en 1825 et en 1828, les actes le disent demeurant à Graux, quand sa femme vit à Sommière avec les enfants. En 1820, c’est la mère qui vient déclarer Eugénie, deux mois après sa naissance.

11 octobre 2026

Dix enfants, dix signatures

Julien Jadot était le dernier de dix enfants. Son père, Nicolas Joseph Jadot, scieur de long à Lesve, et sa mère, Cécile Julienne Borbouse, ont eu leur premier fils le 28 mai 1820, quatre mois et dix-neuf jours après leur mariage, et le dixième, Julien, en avril 1844. Entre eux, cinq garçons, puis Henriette, la première fille, Félicien — né le 28 juin 1837, et non le 30 que dit son mariage —, Joséphine Philomène, morte à un mois en 1840, et Cécile Désirée. Le père a déclaré chacun de ses enfants, et signé chaque acte de sa main. Deux Jadot que l’on croyait leurs filles ne le sont pas : Gislaine Alexandrine est leur nièce, la fille du frère aîné de Nicolas ; Julienne, celle d’un autre ménage Jadot du village.

11 octobre 2026

La signature de l’aoûteron

Béatrix Misson avait cinq frères et sœurs, tous retrouvés par leur acte de naissance à Lesve : Jean Joseph, né en janvier 1836, quatre mois après le mariage de ses parents ; Pierre Joseph Éloy en 1837 ; elle-même en 1841 ; Gislain Joseph en 1843 ; Marie Joseph en 1846 ; Gustave en 1850, très probablement le futur bourgmestre du village. Leur père, Pierre Joseph Misson, aoûteron, déclare à chaque naissance qu’il ne sait pas signer — sauf en 1846 et en 1850, où une signature à son nom paraît au bas de l’acte. En 1869, il le déclare de nouveau.

11 octobre 2026

Le berger parti à Fosses

Hadelin Defleur n’était pas fils unique. Ses parents, Gaspard Defleur, berger, et Rosalie Louise Durant, ont eu cinq enfants entre 1842 et 1855. Le deuxième, Sébastien Joseph, est né en février 1845 à Fosses, où le ménage était parti quelque temps : la table décennale de Fosses le range sous « Dessecu », et seul un autre arbre en ligne l’avait vu. Revenus à Sommière, ils y ont eu Sophie en 1849, Ferdinand en 1851 — le 9 octobre, et non le 9 novembre que donnent les relevés —, et Valentin en août 1855, mort à six mois.

11 octobre 2026

Six enfants au cabaret

Joséphine Collard n’avait pas trois frères et sœurs, mais cinq. Ses parents, Jacques Joseph Collard et Sélestine Melot, qui tenaient le cabaret de Sommière, ont eu six enfants entre 1841 et 1851. La première, Rosalie Antoinette, née en mars 1841, est morte à dix-huit mois ; six semaines plus tard naissait Ambroise, et la fille suivante, en 1844, a reçu les mêmes prénoms que la morte. Après Joséphine viennent Marie, en 1848, et Ernest, en avril 1851 : sa mère meurt quatre semaines après sa naissance, et lui une semaine après elle — à cinq semaines, et non à deux mois comme le dit son acte de décès.

10 octobre 2026

Une année sans registre

Nous cherchions où Jean Joseph Misson avait épousé Marie Joseph Donot, avant la naissance de leur aîné à Arbre en décembre 1807. Le registre d’Arbre pour l’an IX — de septembre 1800 à septembre 1801 — ne contient qu’une lettre. Le 3 septembre 1802, le nouveau maire répond au préfet, qui lui réclame l’état civil de l’an IX : il n’a trouvé, dans les papiers de son prédécesseur, « aucunes notes » de cette année-là, et « tous les registres en blanc ». Pendant un an, à Arbre, personne n’a écrit ni naissance, ni mariage, ni décès. Si les Misson se sont mariés à ce moment-là, leur acte n’a jamais existé.

9 octobre 2026

Quatre voisins

En 1869, Julien Jadot jurait ignorer où et quand était mort son grand-père, Philippe Joseph Jadot, et nous en avions conclu qu’il était mort loin de Lesve. Nous avions tort. Le 20 avril 1828, quand Martin, un fils aîné jusqu’ici inconnu, se marie au village, l’officier ne trouve pas l’acte de décès du père. Quatre voisins viennent alors certifier que Philippe Joseph est mort à Lesve le 1er février 1801 et a été enterré le lendemain. L’acte manquait parce qu’il n’avait jamais été dressé : le registre des décès que la mairie ouvre cette année-là est paraphé, et il est resté vide.

9 octobre 2026

Deux Jean François

Nous cherchions le mariage de François Joseph Borbouse et de Marie Joseph Morimont après 1787, puisque leur fille Cécile était née en 1798. Il avait eu lieu vingt ans plus tôt : le 28 février 1778, à Lesve, la date que donnait un arbre en ligne. Le curé écrit le marié « Jean François Bourbouse », et le premier témoin porte le même nom : Jean François Bourbouse, « frère de l’époux ». Il y avait donc deux frères Jean François dans la famille. Leur fille Cécile est née vingt ans après le mariage, quand sa mère avait quarante et un ans.

9 octobre 2026

Le frère tuteur

Philippe Joseph Jadot, le scieur de long qui se marie à Lesve en 1791, est très probablement né au village le 9 mai 1759, fils de Louis Joseph Jadot et d’Anne Josèphe Biot. Aucun acte ne nomme ses parents. Mais il est le seul Philippe Jadot que le registre des baptêmes de Lesve connaisse de 1744 à 1778. Et en 1787, quand une Marie Joseph Jadot encore mineure se marie, c’est « Philippe Jadot, son frère et son tuteur » qui consent : le couple Jadot × Biot avait une Marie Joseph, née en 1763, et ni le père, mort en 1776, ni la mère, morte en 1781, n’étaient plus là.

9 octobre 2026

Mariés à Bruxelles

Hubert Michel Durant, le domestique de Sommière, a été baptisé à Fronville, près de Hotton, le 28 septembre 1773 : nous avons trouvé l’acte à la date que donnait son mariage. Le curé de Fronville note, pour chaque baptême, où les parents se sont mariés et où ils habitent. Pour Jean Baptiste Durant et Marguerite Dequenoy, il écrit seulement qu’ils « ont estés mariés a Bruxelles a la chapelle », sans doute à Notre-Dame de la Chapelle. C’est le seul couple de la page marié si loin, et le seul dont il ne dit pas la demeure. Leur mariage, à Bruxelles, dirait d’où ils venaient.

9 octobre 2026

Marie Françoise, et non Dorothée

La mère de Catherine Defleur s’appelait Marie Françoise Gaspard. Son propre acte de mariage, à Fosses le 19 août 1781, et le baptême de sa fille, quatre mois plus tard, le disent tous deux. Le prénom de « Dorothée », que nous lui donnions, ne venait que de l’acte de décès de Catherine, en 1871, déclaré par un beau-fils de la défunte.

8 octobre 2026

Quatre ans de trop ?

Catherine Defleur, la mère de Gaspard, disait avoir soixante-deux ans en 1840 ; on lui en donne nonante-trois à sa mort, en 1871 : elle serait née vers 1778. Nous avons lu tous les baptêmes de Fosses d’août 1777 à février 1782. Une seule Catherine Defleur y figure, baptisée la veille de Noël 1781 au hameau de Saint-Roch, fille de Jean Joseph Defleur et d’une Gaspar ; son parrain s’appelle Robert Gaspar. C’est très probablement elle — mais le curé appelle sa mère Marie Françoise, quand son acte de décès dira Dorothée. Si c’est bien elle, Catherine avait quatre ans de moins que ce que disent ses actes. Ses parents s’étaient mariés dans la même église quatre mois plus tôt, le 19 août 1781, après deux bans au lieu de trois ; là encore, le curé appelle la mariée Marie Françoise.

8 octobre 2026

Deux mariages à Lesve

Les registres de Lesve n’ont pas été relevés par l’association GéniWal : nous avons donc parcouru page après page les mariages de la paroisse, de 1787 à 1796. Deux couples de nos ancêtres y sont. Le 2 juin 1791, Philippe Joseph Jadot, le scieur de long, épouse Anne Marie Joseph Pochet ; il signe d’une main nette, elle fait une croix. Le 30 juin 1793, c’est l’inverse : Antoine Joseph Sohy fait une croix, et sa femme, Marie Joseph Legros, signe « M Legros ». Quarante-deux ans plus tard, au mariage de leur fille Béatrice, elle déclarera ne pas savoir signer.

8 octobre 2026

Une croix en 1792, une signature en 1806

Le 29 juillet 1792, dans l’église de Sommière, Pierre Joseph Melot, né à Sosoye, épouse Marie Joseph Suray, une fille du village. Sa mère est déjà veuve ; le père de la mariée est là. Le curé demande à chacun s’il sait écrire : tous signent, la mariée comprise, sauf lui, qui trace une croix. Quatorze ans plus tard, quand naît leur fille Sélestine, il signe l’acte de son nom. Entre les deux, le journalier a appris à écrire.

8 octobre 2026

Le domestique venu de Fronville

Hubert Michel Durant, mort à Sommière en 1839, était né selon son acte de décès dans un village nommé « Frouville », que nous ne trouvions sur aucune carte de la province de Namur. Son acte de mariage, du 6 février 1811, l’écrit en toutes lettres : il était né à Fronville, près de Hotton, le 28 septembre 1773. Il avait trente-sept ans, sa femme, Marie Catherine Piette, vingt-deux ; leurs deux mères ont consenti, et personne, dans la noce, ne savait signer. Le baptême de la mariée, à Sommière le 6 juillet 1788, nous dit qu’elle était née la veille à six heures du soir. C’est encore le relevé de l’association GéniWal qui nous a menés aux deux mariages.

8 octobre 2026

Septante-six ans, à Besinne

Nous avons lu l’acte de décès du berger d’Arbre. Il meurt à Besinne le 27 septembre 1806, à onze heures du soir, et il avait septante-six ans : il était donc né vers 1730, dans ce même hameau, qui relevait alors de la paroisse de Lesve. L’acte nous donne aussi son père, Jean François Misson. Lui-même y est appelé simplement Jean, comme à son mariage en 1769 et comme au mariage de son fils en 1824. Le lendemain matin, ce sont le garde champêtre, son voisin, et le forgeron, son ami, qui vont déclarer sa mort à la mairie.

8 octobre 2026

Le berger d’Arbre

Le père de Jean Joseph Misson était berger à Arbre, et il y est mort le 27 septembre 1806. Nous l’apprenons par un frère cadet dont nous ignorions l’existence : Pierre Joseph Misson, né à Lesve en 1790, qui se marie à Saint-Gérard le 23 octobre 1824 avec Jeanne Joseph Maturin. L’officier y lit l’acte de décès de « feu Jean Misson, berger ». La mère, Marie Catherine Beaupère, a fait la route depuis Arbre pour donner son consentement ; ni elle ni son fils ne savent signer.

8 octobre 2026

Le père signait, la fille non

Marie Joseph Donot, la femme du journalier de Besinne, est née à Biesmerée le 7 avril 1779, à une heure du matin, et le curé l’a baptisée le jour même. Au bas de l’acte, son père, Jean Joseph Donot, a signé de sa main. Elle-même ne saura jamais écrire : en 1835, au mariage de son fils, elle déclare ne savoir signer. Son acte de décès lui donnait septante-sept ans ; elle en avait septante-huit. C’est encore le relevé de l’association GéniWal qui nous a menés à la bonne page, et il lui donne six frères et sœurs, dont des jumeaux nés en 1791.

8 octobre 2026

Un mariage sans attendre les bans

Jean Joseph Misson, le journalier de Besinne mort en 1841, avait septante et un ans : il était né vers la fin de 1769. Ses parents se sont très probablement mariés le 1er novembre 1769 à Bioul, et le curé les a dispensés des bans, ces trois annonces qu’on faisait d’ordinaire à la messe avant un mariage. L’acte, en latin, tient en cinq lignes : « Joannes Misson » et « Catharina Beaupere », devant Jean Louis Misson et Jean Joseph Bertulot. Il ne dit rien de leurs parents, et ses prénoms ne sont pas ceux que donnera l’acte de décès de leur fils, Jean François et Marie Joseph. C’est le relevé de l’association GéniWal qui nous a menés à la bonne page.

8 octobre 2026

Le cabaretier n’était pas de Saint-Gérard

Quand Pierre Joseph Melot meurt à Sommière en 1839, ses deux gendres le disent né à Saint-Gérard, à soixante-treize ans. Nous l’y avions cherché en vain. Le relevé des registres paroissiaux fait par l’association GéniWal l’a trouvé ailleurs : il est baptisé le 28 avril 1768 à Sosoye, à dix kilomètres de Sommière, et il avait donc soixante et onze ans. Ses parents, Jean Hubert Melot et Marie Falmagne, s’étaient mariés dans la même église le 29 mai 1763, et le relevé leur donne six autres enfants. Le curé écrit la mère « Maria Falmagne », sans le Catherine que lui donnera l’acte de 1839.

5 octobre 2026

Née en danger de mort

Marie Joseph Suray, la cabaretière de Sommière, est née le 11 mars 1768. Le lendemain, le curé la baptise « sous condition », parce qu’on la croit en danger de mort : elle vivra soixante-neuf ans. Le registre corrige aussi une lecture : sa mère ne s’appelait pas « Mobert », comme nous avions cru le lire sur son acte de décès, mais Marie Louise Robert — six baptêmes d’enfants le disent, de 1766 à 1779.

5 octobre 2026

La fille du garde forestier

Marie Catherine Piette, la belle-mère de Gaspard Defleur, est morte à Sommière le 19 février 1849, à soixante ans. C’est Gaspard, le berger, qui va la déclarer — il ne sait pas signer. L’acte nous donne ses parents : Jean Charles Piette, garde forestier à Sommière, et une Marie Anne dont le nom de famille se lit mal. Les deux mères du couple Defleur × Durant ont maintenant leur acte de décès.

5 octobre 2026

Catherine Defleur, nonante-trois ans

Catherine Defleur, la mère de Gaspard, a vécu bien plus longtemps que nous le pensions. Elle s’est mariée sur le tard à un Pierre Ancelot, et elle est morte veuve à Fosses le 25 octobre 1871, à nonante-trois ans. Son acte de décès nomme enfin ses parents : Jean Joseph Defleur, journalier, et Dorothée Gaspard. Le prénom de Gaspard, son fils né hors mariage en 1804, venait donc de sa grand-mère.

5 octobre 2026

Deux Genin

Deux femmes du nom de Genin sont dans l’ascendance de Lesve, et les deux ont maintenant leur acte de décès. Marie Barbe Genin, la femme de Wilmart Pochet, meurt le 18 février 1804 à septante-neuf ans ; elle était née à Biesme, fille de Martin Genin et d’Anne Marie Guilleaume, et c’est son fils Wilmart qui la déclare. Marie Anne Genin, la mère des jumeaux Sohy, meurt sans doute le 18 décembre 1811, à septante-six ans, née à Lesve — l’acte ne nomme pas son mari. Dix ans et deux villages les séparent : rien ne dit qu’elles soient parentes.

5 octobre 2026

Un homme de passage ?

Jean Borbouse et Marie Josèphe Friquet se sont mariés à Lesve le 15 mai 1743. L’acte, en latin, tient en quatre lignes et ne nomme pas leurs parents. Mais le curé a écrit un mot après le nom du marié, qu’on lit « vagus » : un homme de passage, sans domicile au village. Si c’est bien cela, le premier Borbouse de Lesve venait d’ailleurs.

5 octobre 2026

Les parents de François Joseph Borbouse

Aucun acte ne nomme les parents de François Joseph Borbouse : ni son décès, ni ceux de sa famille. C’est son frère qui les a donnés. Mathieu Joseph Borbouse, scieur de long, qui avait déclaré sa mort en 1806, meurt lui-même en 1809, à soixante ans, « fils de Jean Joseph Borbouse ». Or le registre paroissial de Lesve ne connaît qu’un Mathieu Borbouse né vers 1749, baptisé le 2 juin, fils de Jean Borbouse et de Marie Josèphe Friquet — et ces mêmes parents font baptiser un François le 5 avril 1752, l’âge exact que notre ancêtre se donnait en 1798. Jean Borbouse et Marie Josèphe Friquet entrent dans l’arbre, comme parents probables.

5 octobre 2026

Anne Marie Pochet, née en 1758

Anne Marie Josèphe Pochet, la grand-mère de Nicolas Joseph Jadot du côté paternel, est née à Lesve le 18 septembre 1758 et baptisée le jour même. Sa marraine portait exactement ses prénoms. Ses parents, Wilmart Pochet et Barbe Genin, ont fait baptiser au moins trois autres enfants : Martin Joseph en 1757, Wilmart Joseph en 1762 et Jean Joseph en 1763. Pour François Joseph Borbouse, un seul candidat dans les registres : un François né en 1752, fils de Jean Bourbouse et de Marie Josèphe Friquet, qui avait un frère Mathieu — comme le nôtre. Mais rien ne le prouve encore.

5 octobre 2026

Les jumeaux Sohy

Le registre paroissial de Lesve a rendu les baptêmes d’Antoine Joseph Sohy et de Marie Joseph Legros, nés tous deux en 1770 et mariés plus tard ensemble. Ils sont sur la même page. Elle est baptisée le 11 juillet ; lui, le 11 septembre, juste après une sœur, Marie Anne Joseph, née des mêmes parents et baptisée le même jour : des jumeaux, que le curé n’appelle pas ainsi. Le parrain du garçon s’appelle Antoine Sohy, comme lui.

5 octobre 2026

Deux François Joseph Borbouse

Le matin, nous avions donné à François Joseph Borbouse, le père de Cécile, une mort en octobre 1812 et deux parents, Jean Pierre Borbouse et Marie Joseph Lambert. C’était une erreur : Lesve avait deux François Joseph Borbouse. Celui de 1812, marchand, plus jeune de douze ans, était marié à une Marchal. Le nôtre, journalier, est mort le 19 mars 1806, à cinquante-deux ans, « époux de Marie Joseph Morimont ». Son frère Mathieu et son fils Alexis Joseph l’ont déclaré, et tous deux ont signé — Alexis est le garçon de quinze ans qui signait déjà, en 1798, à la naissance de Cécile. Les noms de ses parents sont restés en blanc : ils sont à rechercher. Le greffier de 1869, qui devait prouver la mort des aïeuls pour marier ses petits-fils, avait fait la même erreur que nous.

5 octobre 2026

Les grands-parents de Pierre Misson et de Béatrice Sohy

Les quatre parents de Pierre Misson et de Béatrice Sohy, mariés à Lesve en 1835, ont maintenant leur acte de décès. Jean Joseph Misson meurt à Arbre en janvier 1841. Sa femme, Marie Joseph Donot, née à Biesmerée vers 1780, finit sa vie au hameau de Hun, à Annevoie, chez un gendre, en 1857. Antoine Joseph Sohy meurt à Lesve en 1851, à quatre-vingt-un ans, et sa femme, Marie Joseph Legros, en 1864, à nonante-quatre ans. Chaque acte nomme les parents : huit ancêtres de plus, nés vers 1740, entrent dans l’arbre.

5 octobre 2026

Trois décès à Lesve

Trois ancêtres de Lesve avaient une date de mort, mais pas leur acte. Les voici. François Joseph Borbouse, marchand, meurt en octobre 1812 ; il est le fils de Jean Pierre Borbouse et de Marie Joseph Lambert, et sa mère vit encore (⛔ corrigé le jour même : cet homme-là était un homonyme — voir plus haut). Sa veuve, Marie Joseph Morimont, meurt en janvier 1826 ; elle était née dans un hameau que l’acte appelle Gerlin, « présentement commune d’Arbre », et c’est son gendre qui la déclare. Anne Marie Pochet, veuve Jadot, meurt en octobre 1840 à quatre-vingt-trois ans ; elle est la fille de Wilmart Pochet et de Barbe Genin. Deux couples d’ancêtres de plus, nés vers 1730, entrent dans l’arbre.

5 octobre 2026

Les cabaretiers de Sommière

Pierre Joseph Melot et Marie Joseph Suray tenaient cabaret à Sommière. Leurs actes de décès, en 1837 et 1839, disent enfin d’où ils venaient. Elle était du village, fille de Jean Joseph Suray et d’une Marie Louise dont le nom reste difficile à lire. Lui était fils de Jean Hubert Melot et de Marie Catherine Falmagne ; l’acte le disait de Saint-Gérard, mais il était de Sosoye (voir le 8 octobre). Et ces deux cabaretiers avaient un fils instituteur à Natoye : c’est lui qui vient déclarer la mort de sa mère, et il signe.

2 octobre 2026

Le grenadier rentre à Lesve

Le livret militaire de Sébastien Joseph Defleur a été photographié en entier. Il était grenadier, au régiment des Grenadiers, en garnison à Laeken ; il a reçu son congé définitif au camp de Beverloo le 25 juin 1897, après près de quatre ans de service, et il est encore passé à la revue chaque automne jusqu’en 1900.

Les visas des bourgmestres, au milieu du livret, datent ce que les actes laissaient deviner. Il quitte Sommière le 2 février 1900 et arrive deux jours plus tard à Lesve, rue des Hayettes : cinq mois après son mariage, huit mois avant la naissance de Léa, sa fille aînée.

Plié dans le livret, un feuillet de 1894 au nom du « grenadier Defleur, vue moyenne » : à cent mètres, « je puis compter le nombre de boutons de la veste » ; à six cents, « je ne distingue presque plus rien ».

1ᵉʳ octobre 2026

Catherine témoigne pour son fils

Gaspard Defleur n’avait pas d’acte de naissance, et les registres de Fosses ne le connaissaient pas. Pour se marier, en 1840, il avait fait dresser un acte de notoriété, qu’on croyait perdu dans les archives d’une justice de paix. Il était dans les pièces de son mariage, que FamilySearch a filmées à Sommière.

Le 17 octobre 1840, sept habitants de Fosses jurent devant le juge de paix qu’il est né au village le 5 mars 1804. Parmi eux, sa mère, Catherine Defleur, soixante-deux ans. Gaspard est son enfant naturel ; elle l’a « constamment soigné, nourri et élevé ». S’il n’a pas d’acte, disent-ils, c’est « parce que sa mère a négligé de le faire inscrire ».

30 septembre 2026

Deux portraits de Sébastien Defleur

Nous n’avions de Sébastien Joseph Defleur que des actes : sa naissance à Sommière en 1873, son mariage à Lesve en 1899, les six naissances de ses enfants, la mort de sa femme en 1918. Après cela, plus rien.

Deux papiers à son nom ont été retrouvés chez une de ses petites-filles. Son livret militaire, d’abord : milicien de 1893, tiré au sort à Sommière sous le numéro 42, il est incorporé le 19 juin et passe au service actif en octobre. Il mesure un mètre septante-huit, a les yeux bruns et les cheveux noirs, et une photographie le montre en uniforme, à vingt ans. Puis sa carte d’identité, délivrée par la commune de Lesve le 25 avril 1919 : veuf, ouvrier agricole, il habite rue sur les Fosses, au numéro 151, et une seconde photographie le montre à quarante-six ans, moustachu, en veston. Il signe « J. Defleur ».

Le livret de mariage de sa fille Marie Joséphine, retrouvé au même endroit, le dit encore vivant et ouvrier agricole à Lesve le 30 août 1935.

30 septembre 2026

Cinq ans dans l’infanterie

Parmi les pièces réunies pour le mariage de Pierre Jean Heyvaert, à Merchtem en mai 1827, il y avait un certificat de milice. Nous l’avions classé il y a un mois comme une pièce de contexte, un signalement et une taille, et nous l’avions cru délivré à Merchtem avec les autres.

Relu en entier, il dit autre chose. Il a été délivré à Bruxelles, le 28 avril 1827, par le gouverneur de la province. Et il certifie que le jeune homme avait tiré au sort le numéro 39, qu’il avait été incorporé dans l’infanterie et qu’il en sortait après cinq ans de service. Le marié de 1827 avait vingt-cinq ans. Il avait passé ses premières années d’homme sous l’uniforme du roi des Pays-Bas, et il s’est marié trois semaines après ce certificat.

27 septembre 2026

La sœur de Besinne

La sœur de Jacques Joseph Colart est morte à Lesve en 1873, et son fils l’avait déclarée sous le nom de Marie Joseph, veuve de Martin Pirson. Il fallait lire ce nom de mari : une initiale ambiguë le donnait aussi bien Frison. L’acte de naissance de ce fils, à Arbre en 1818, a tranché : le père y signe lui-même, « martin j pirson ». Mais la mère y était une Marie Thérèse.

Un arbre en ligne donnait la date de leur mariage, le 30 mars 1817 à Arbre. L’acte y était, absent de la table du village. Il la nomme Marie Thérèse Collart, née à Besinne le 18 mars 1787, fille de feu Jean Joseph Collart et de Marie Reine Notte, ménagère au hameau. C’est bien elle, et il nous rend davantage : son père, que nous savions vivant en 1812, était mort en 1817 ; sa mère était veuve à Besinne ; et une seconde main écrit enfin, en clair, le prénom rare de cette mère, Reine.

Parmi les témoins, un François Defleur, domestique à Fosses, qui signe de sa main. Nous l’avons croisé à cinq actes d’Arbre, de 1816 à 1818.

27 septembre 2026

Il s’appelait Henri

Joannes Baptista Thomas se marie à Merchtem en 1826, et l’acte nomme son père, mort vingt ans plus tôt. Nous avions lu Joannes Bernardus. Une relecture a vu que le prénom était coupé en fin de ligne : Joannes hen-, puis ricus au début de la suivante. Plutôt que de trancher sur une coupure, nous sommes allés chercher son acte de décès. Il était dans le registre de 1806, à la page que la table indiquait.

L’acte, écrit en français sous l’administration française, l’appelle « Jean henry Thomas ». Il meurt le 30 janvier 1806, un jeudi, à huit heures du matin. Il était cultivateur et avait vingt-neuf ans. Son fils avait vingt-deux mois. L’acte nomme aussi ses parents, vivants cette année-là : Jean Baptiste Thomas, cultivateur de cinquante-deux ans, et Maria Goedgeselschap, de cinquante-six ans. Deux ancêtres de plus, nés vers 1750, et un nom flamand qui veut dire « bonne compagnie ».

27 septembre 2026

Quarante-trois ans, et non trente-trois

Une troisième relecture croisée a repris trente-cinq dossiers, de Merchtem à Lesve. Chaque constat a été relu à l’image par deux lecteurs avant qu’on touche à quoi que ce soit.

À Brussegem, en 1838, l’acte de décès de Maria Catharina De Donder lui donne quarante-trois ans. Nous y avions lu trente-trois, et bâti sur ce chiffre l’histoire d’un veuf qui se trompe de dix ans. L’encre est très pâle, mais le mot est veertig, et les deux registres de sa vie s’accordaient.

À Lesve, Marie Thérèse Warnant est née le 27 septembre 1823, et non le 24 : son acte est du 28, et la table du village le dit aussi. Au mariage de Jacques Joseph Colart, en 1812, c’est la mère de la mariée qui signe, et la mère du marié qui ne sait pas écrire ; nous avions lu l’inverse. Éléonore Lambert est morte à dix heures du matin, non à six. À Asse, Jacobus Van de Winkel était domestique, et non journalier, le jour de son mariage, le 23 avril 1817. À Arbre, en 1816, un François Joseph Defleurs de soixante-trois ans signe comme témoin au mariage de François Joseph Beaupère.

26 septembre 2026

Le neuf, et un seul gendre

Une seconde relecture, le même jour, a repris dix dossiers de Merchtem et de Lesve. Elle a surtout montré ce que nous avions mal lu.

L’acte de décès de Joanna Maria Roosemont, en 1871, la fait naître le 9 janvier 1791. Nous y avions lu le dix-neuf, et reproché à l’officier une erreur de quantième ; il avait écrit le vrai jour, celui que donne le registre des baptêmes. Même chose pour Maria Catharina De Proft : son acte de décès la dit née le 9 octobre 1826, comme son mariage et comme sa naissance. Le « conflit » que nous avions tranché la veille n’existait pas.

Le même acte de 1894 est déclaré par son gendre, Petrus Van Ransbeeck. Nous lui donnions soixante-deux ans ; il en a trente-deux. Cinq ans plus tard, c’est lui encore qui déclare la mort du veuf, mort chez lui, au numéro dix de la même rue. Nous avions cru à deux gendres et à deux filles mariées dans la même famille : il n’y a qu’un homme, et une seule fille dont nous ignorons encore le prénom.

À Lesve, le petit-fils naturel du garde champêtre Julien Jadot est né le 26 avril 1888 au soir, et non le 27 au matin ; le grand-père vient le déclarer le lendemain, « père de la mère de l’enfant ».

26 septembre 2026

Il s’appelait Félix

Le 3 mai 1881, à Lesve, Marie Élise Beaupère épouse Victor Joseph Warnant. Depuis la fin août, nous lisions dans cet acte que son père s’appelait « Joseph », et nous avions bâti là-dessus toute une explication : un homme baptisé Félix Joseph, appelé tantôt par un prénom, tantôt par l’autre.

Relu ce mois-ci, l’acte dit Félix, trois fois : quand il nomme les parents de la mariée, quand il les montre consentants, et au bas de la page, où le père signe lui-même « felix beaupière ». Il n’y a jamais eu deux prénoms en concurrence, seulement une mauvaise lecture.

La même relecture a repris une vingtaine d’actes des deux branches. Elle a corrigé un témoin qu’on disait boulanger alors qu’il était charron, un autre qu’on disait précepteur alors qu’il était percepteur, et l’échevin de Merchtem, qui s’appelait Edouard Buckens. Elle a rendu leur âge à deux témoins oubliés, retrouvé des signatures qu’on n’avait pas relevées, et Félix encore : en février 1855, le jour de son mariage, il était déjà jardinier.

25 septembre 2026

Joanna Navez

Jacobus Van de Winkel meurt chez lui, à Asse, le 12 janvier 1831, à huit heures du matin. Deux voisins viennent le déclarer. Ils lui donnent trente-neuf ans, trois mois et six jours, ce qui le ferait naître le 6 octobre 1791 à Essene : une date à chercher dans les registres de la paroisse.

Ils nomment aussi sa mère, en toutes lettres : Joanna Navez. Depuis la fin août, nous l’appelions « Nauwez », avec un point d’interrogation, faute de savoir lire la lettre qui suit la majuscule sur l’acte de mariage de son fils. Relu à la lumière de ce second acte, le premier dit la même chose. Sa page a changé d’adresse.

25 septembre 2026

Un matin de janvier, à la Breedstraeten

Anna Philippina De Leu meurt chez elle, à Merchtem, le 10 janvier 1869, à cinq heures du matin. Elle a quarante-neuf ans. Le lendemain, son mari, Joannes Franciscus Thomas, va la déclarer avec un charron du voisinage, et il signe. Leur fille a dix-sept ans.

Les deux hommes disent aussi à l’officier une chose qu’on ignorait : Francisca Goossens, la mère d’Anna Philippina, présente à son mariage en 1851, est morte avant elle.

25 septembre 2026

Anna Philippina

Anna Philippina De Leu naît à Brussegem le 13 juin 1819, à quatre heures du matin. Deux jours plus tard, son père, Emmanuel, trente-six ans, cultivateur au village, vient la déclarer ; il ne sait pas signer. On savait déjà la date par son acte de mariage. On apprend que la famille vivait encore à Brussegem en 1819, avant de passer à Merchtem, où le père mourra en 1844.

Jusqu’ici, l’arbre l’appelait Philippina Anna, comme son acte de mariage et ceux de ses enfants. Son acte de naissance met les prénoms dans l’autre ordre, dans le texte et en marge. C’est lui qui fait foi : elle s’appelle désormais Anna Philippina, et sa page a changé d’adresse.

25 septembre 2026

Le 9 octobre, et la même rue

Maria Catharina De Proft naît à Merchtem le 9 octobre 1826, à quatre heures et demie du matin, dans la maison de son père à la Breestraet. Il vient la déclarer à neuf heures, et il signe. Il a cinquante ans, sa femme en a quarante ; tous deux sont nés au village.

Il y avait un doute sur ce jour. Son acte de mariage disait le 9 octobre, son acte de décès le 19, et aucun des deux n’avait assisté à la naissance. Le père, lui, était là : c’est le 9. En le lisant, on apprend aussi qu’elle est morte en 1894 dans la rue où elle était née.

25 septembre 2026

Un enfant trouvé

Dominicus Vryders meurt à Merchtem le 7 janvier 1846, à onze heures du soir. Le lendemain, son fils Jacobus vient le déclarer avec un charron du village. Ils le disent âgé de soixante-sept ans, et ils ajoutent : « vaderlands kind zonder bekende ouders, geboren te Brussel ». Un enfant de la patrie, sans parents connus, né à Bruxelles.

La lignée des Vryders, celle de la mère de Louis Heyvaert, s’arrête donc là : Dominicus n’avait pas de parents connus. L’acte dit Bruxelles pour la seconde fois, après la déclaration de Dominicus lui-même en 1823. Il fait aussi paraître un fils qu’on ne connaissait pas, Jacobus, trente ans, qui ne sait pas signer.

25 septembre 2026

Un père venu de Bruxelles

Le 12 avril 1823, à neuf heures du matin, Dominicus Vryders se présente à la maison communale de Merchtem avec un garçon né la veille, qu’il appelle Jan Baptista : c’est l’arrière-grand-père de Louis Heyvaert. Des trois actes de sa vie, celui-là seul manquait. On connaissait la date par son mariage et par son décès. On la tient maintenant de l’acte même.

Le père se dit cultivateur, et né à Bruxelles. Un carnet de famille imprimé en 1995 l’affirmait déjà, sans source, et le même carnet se trompait de dix-neuf ans ailleurs : cette fois, il avait raison. Dominicus ne sait pas signer. Son fils, lui, signera son mariage et la naissance de ses enfants.

Le secrétaire écrit le nom Vrydens. Vingt-huit ans plus tard, pour marier le fils, l’officier fera jurer que Vrydens et Vryders sont un seul et même homme.

23 septembre 2026

Cinq frères et sœurs sortis des carnets

Cinq actes lus au début de septembre dormaient dans les notes de recherche : ils ont maintenant leur page. Chez Jacques Joseph Collard et Sélestine Melot, à Sommière, l’aîné Ambroise, né en 1842, qui signe son mariage en 1869 quand son père ne le sait pas, et le dernier, Ernest Joseph, mort à deux mois en mai 1851, huit jours après sa mère. Chez Nicolas Joseph Jadot et Cécile Julienne Borbouse, à Lesve, trois enfants de plus autour de Julien Joseph : Félicien Joseph, né en 1837, scieur de long comme son père ; Cécile, née en 1841 ; et Isidore Joseph, dont on ne connaît encore que la publication de mariage, en janvier 1865.

23 septembre 2026

Des résumés relus contre les actes

Les résumés placés sous le nom de chaque ancêtre de la branche de Lesve et de Sommière ont été relus, fait par fait, contre les actes. Plusieurs disaient un peu plus que les pièces. Un décès dont on ne connaît que le dernier domicile était placé au village. Gustave Misson était fait cousin de Pélagie Jadot, alors qu’il serait son oncle. Et la forme « Hadelin » est attestée dès 1873, non dès 1878. Les phrases qui expliquaient ce que les actes ne disent pas ont été retirées : le cabaret où une enfant « naît », la mère qui « meurt en couches ».

23 septembre 2026

Une double page de 1743

Antoine Beaupère, le grand-père de Félix, est baptisé à Lesve le 24 juin 1743. Il est le fils de Joseph Beaupère et d’Hélène Cossoux, et son parrain, un Antoine Cossoux, lui donne son prénom. Quatre-vingt-quatre ans plus tard, à sa mort, son neveu nommait les mêmes parents : deux actes que tout sépare disent la même chose, et deux ancêtres de plus entrent dans l’arbre.

Sur la page d’en face, dix mois plus tard, le curé baptise une Marie Hélène Colart, fille de Barthélemy Colart et d’Anne Ghislaine Melin. Le 31 mai 1769, Antoine épouse une Marie Hélène Colart, dans la même église. Est-ce la même ? Son acte de décès, à Besinne le 5 décembre 1811, le dit : il lui donne soixante-six ans et nomme les mêmes parents. Deux ancêtres de plus.

Ce même acte règle une vieille question : Marie Hélène est « née à Besinne, sous la ci-devant paroisse de Lesve ». Le hameau dépendait de Lesve, et c’est là qu’il faut chercher les baptêmes des familles de Besinne.

23 septembre 2026

Le neveu d’Antoine

Un Antoine Beaupère meurt à Arbre le 3 août 1827 : la table du registre le disait depuis la fin août, mais l’acte n’avait jamais été lu. C’est bien le grand-père de Félix Beaupère : l’acte le dit veuf de Hélène Colart. Journalier à Besinne, il avait quatre-vingt-quatre ans. Il était donc né vers 1743, bien plus tôt qu’on ne le pensait.

C’est son neveu, Charles Joseph Beaupère, qui va le déclarer, et qui signe, quand l’oncle, en 1784, traçait une croix. Le neveu donne aussi les parents du mort, Joseph Beaupère et une Hélène dont le nom se lit mal. Il reste à les confirmer par un autre acte.

23 septembre 2026

Le fils qui signait

D’Adrien Demanet et de Marie Louise Wautelet, nous savions qu’ils étaient vivants en 1821, au mariage de leur fille, et morts en 1843, quand l’acte de décès de cette fille les disait « feu ». Vingt-deux ans d’écart. Les tables des décès de Lesve n’avaient jamais été lues pour eux : elles donnent les deux actes.

Adrien meurt le 10 janvier 1824, à soixante-neuf ans, scieur de long. Marie Louise le 26 février 1831, à septante-quatre ans. Les deux fois, c’est leur fils Louis Gislain qui vient à la maison communale — celui-là même que son père avait fait inscrire devant le tribunal de Namur en 1821, parce qu’on avait négligé de le déclarer à sa naissance. Le père et la mère traçaient une croix ; le fils signe.

L’acte de la mère ajoute une ligne : elle était « fille de Dieudonné Watelet, décédé ». Un ancêtre de plus, connu par ce seul nom. Celui de sa femme est resté en blanc.

Les registres de la paroisse ont ensuite rendu quatre de leurs enfants, baptisés entre 1785 et 1795 : Marie Anne, l’aînée, née neuf mois après le mariage ; Anne Marie Joseph et Lambert Joseph, dont nous ignorions l’existence ; et Jean Baptiste. Avec Louis Gislain et Marie Louise, cela fait six.

23 septembre 2026

Le mariage était chez la mariée

Catherine Beaupère, la sœur de Félix, est morte à Lesve en 1914, « veuve de Henri Borbouse ». Un Henri Borbouse mort à Lesve en 1892 se disait, lui, « époux de Catherine Beaupière ». Deux actes qui se nomment l’un l’autre, le même gendre déclarant aux deux décès : c’était très probablement le même couple. Mais aucun des deux actes ne nommait à la fois le mari et les parents de l’épouse.

Nous avons donc cherché leur mariage. Les tables de Lesve, de 1843 à 1870, n’en disent rien, et elles ne portent qu’un seul Henri Borbouse mort dans les années 1890. Le mariage était ailleurs : on se marie chez la mariée, et la famille de Catherine vivait alors à Besinne, sur la commune d’Arbre. C’est là qu’il se trouve, le 8 février 1857. L’époux, aoûteron de Lesve, y est fils des mêmes parents qu’à sa mort ; l’épouse, fille de feu Joseph Beaupère et d’Éléonore Lambert, les parents de Félix. Le couple est désormais prouvé.

L’acte a corrigé Catherine au passage. Son acte de décès la disait née à Lesve, à quatre-vingt-deux ans. Elle était née à Arbre, le 24 novembre 1830 : elle avait quatre-vingt-trois ans, et elle n’était pas l’aînée de Félix, comme nous l’écrivions, mais sa cadette de quatre ans.

Le même jour, le petit-fils d’un de nos ancêtres a reçu sa page : Julien Gislain Joseph Jadot, né à Lesve en 1888, mort à un an, que son grand-père, garde champêtre, déclara deux fois.

23 septembre 2026

Chaque document dit enfin ce qu’il est

Sous la plupart des images de ce site, on lisait jusqu’ici le nom d’un fichier, à peine remis en français : « Acte naissance Lesve n19 ». C’était exact, et cela ne disait presque rien. Les quatre-vingt-six documents qui en étaient là portent désormais une vraie légende : ce qu’est la pièce, qui elle concerne, où et quand elle a été dressée.

Une précision a demandé du soin. La date d’un acte n’est pas toujours celle du fait qu’il rapporte : on déclare un décès le lendemain, parfois cinq jours après. La légende donne la date de l’acte, et celle du fait entre parenthèses quand elles diffèrent — « Acte de décès de Hadelin Joseph Defleur, Sommière, 19 février 1920 (décédé le 14) ». Trois légendes écrites trop vite confondaient les deux ; elles ont été reprises.

22 septembre 2026

Le bourgmestre mariait sa nièce

Le 2 septembre 1899, à Lesve, Sébastien Defleur épouse Pélagie Jadot devant le bourgmestre Gustave Misson. La mère de la mariée s’appelle Béatrix Misson. Nous avions noté la coïncidence, puis écrit sur plusieurs pages que le bourgmestre était « un cousin de la mère ». Aucune pièce ne le disait.

Les pièces disent autre chose. L’index des naissances de Lesve donne un Gustave pour fils de Pierre Misson et de Béatrice Sohy, les parents de Béatrix. À la mort de Béatrice, en 1891, Gustave Misson est l’échevin qui dresse les actes de la commune ; il dresse les trois autres de la page, mais pas le sien : le bourgmestre l’écrit, « l’échevin délégué étant intéressé ». À la mort de Pierre, l’année suivante, le bourgmestre écrit encore à sa place. Selon toute vraisemblance, Gustave Misson était donc le frère de Béatrix, et il mariait sa nièce.

Le même relevé a corrigé un autre lien. Adelin Jadot, charron, témoin de ce mariage, passait pour un frère de la mariée. Il est né dix-sept jours après elle : c’est un cousin.

22 septembre 2026

Sept pages qui n’avaient pas suivi

Une page de ce site s’écrit un jour, et l’acte qui la complète arrive un autre. Entre les deux, personne ne la relit. Nous avons fait le compte : sept pages disaient encore ce que les archives avaient déjà réglé.

Léa Defleur et Célestin Warnant y restaient mariés « vers 1920 ». Des arbres en ligne qui concordent les marient à Lesve le 4 août 1923, et nous le disons tel quel, puisqu’aucun des deux actes n’est encore sous nos yeux. Lupsin Warnant attendait sa mort, qui était lue depuis cinq jours : 30 janvier 1866, à Lesve, à cinq heures du matin. Son père Jacques était « né vers 1761 » ; son baptême à Bioul est du 18 mars 1762. Le père de Petrus Joannes Heyvaert gardait un prénom « qu’on n’avait pas tranché », alors que son baptême de Meuzegem, en avril 1769, l’avait tranché.

Les deux autres corrections tiennent à un jour. Le mariage des parents de Marie Louise Demanet est du 31 mai 1784, et non du 30 que le tribunal de Namur avait écrit en 1821. Rosalie Antoinette Collard est morte le 27 décembre 1919 ; le 29, que donnait la table des décès, est la date de l’acte.

Aucune de ces pages n’était fausse le jour où elle a été écrite. Désormais, chaque séance se termine par cette relecture.

21 septembre 2026

Le mariage d’une sœur qu’on ne connaissait pas

Il y a des actes qu’on va chercher pour ce qu’ils disent des autres. Celui-ci en est un : c’est le mariage d’une femme dont nous ignorions l’existence il y a deux jours, et il vient de dater quatre de nos ancêtres.

Le 14 novembre 1825, à dix heures du matin, Barbara Roosemont épouse à Merchtem un cultivateur venu d’Ossel, hameau de Brussegem à une lieue du village. Elle a trente-huit ans, et elle est née le 9 août 1787 — trois ans et demi avant sa sœur Joanna Maria, par qui la famille descend. C’est donc l’aînée, et personne ne le savait.

Ce mariage-là relie deux branches qui allaient se rejoindre autrement. Le marié, Petrus Joannes de Donder, a une sœur qui se mariera deux ans plus tard ; c’est par cette sœur que la lignée passe. Les deux familles se sont donc alliées deux fois en deux ans, et la première noce éclaire la seconde.

{{acte P247}}

Elle l’éclaire parce que les parents du marié sont là, debout, à donner leur consentement — et que l’acte les compte. Le père a septante et un ans, la mère soixante-sept. Ce sont deux chiffres que nous n’avions pas, et deux chiffres qui dérangent : jusqu’ici, nous les faisions naître cinq ans plus tard. L’acte du mariage de leur fille, dix-sept mois après celui-ci, donnera à la mère deux ans de moins qu’aujourd’hui. Les deux ne peuvent être vrais.

Au bas de la page, quatre signatures. Le marié ne sait pas écrire, sa mère non plus, la mariée non plus. Le père, lui, signe : P. de Donder, d’une écriture posée. Dans cette salle, ce matin-là, il est le seul de sa famille à tenir une plume.

Et une date que nous avions fausse depuis deux semaines

Pour établir qu’une mariée est libre, l’officier doit dire que ses parents sont morts, et quand. Celui-ci l’a fait consciencieusement : le père le 6 août 1816, la mère le 18 avril 1825, sept mois avant la noce.

Or notre fichier portait, pour le père, le 7 août 1814. Nous le tenions d’un autre acte, le mariage de sa fille Joanna Maria en 1821, où la reliure du registre mange la fin du millésime : on y lit viert-, et un mot néerlandais qui commence ainsi ne peut guère être que quatorze.

Il ne commençait pas ainsi. Et le sept août n’était pas le jour de sa mort : c’était celui où on est venu la déclarer.

21 septembre 2026

Quatre ancêtres en deux actes, et une maison qui a un nom

Quand on tient deux dates de mort, le reste est une formalité : il suffit d’ouvrir la table de l’année. Les deux registres étaient là, dans le même volume, à deux cents vues l’un de l’autre.

Judocus Roosemont est mort à Merchtem le 6 août 1816, à deux heures du matin. Il avait soixante et un ans, il était né dans ce village et n’en était pas parti. Ce sont deux voisins qui viennent le déclarer le lendemain, un boulanger de trente-neuf ans et un charpentier de quarante. L’acte les nomme gebueren — les voisins du mort. Aucun de ses enfants ne paraît, alors que l’aîné connu en a vingt-trois. Les deux voisins signent, tous les deux.

{{acte P249}}

Maria Anna van Herrewegen, sa femme, lui survit neuf ans. Elle meurt le 18 avril 1825, à une heure de l’après-midi, et cette fois l’acte dit où : in haer huis op d’Holbeke, dans sa maison du lieu-dit Holbeke. Ces registres donnent la commune et s’arrêtent là ; ici, d’un mot, on tient la maison. Elle avait septante-quatre ans — ou soixante-onze, si l’on en croit le mariage de son fils trois ans plus tôt, qui lui en donnait soixante-huit.

{{acte P250}}

C’est ce fils, Thomas, qui vient le dire. Trente-deux ans, cultivateur, et l’officier précise ce qu’il est : zone van de overledene, fils de la défunte. Il ne sait pas écrire, non plus que le voisin qui l’accompagne.

Ce que les deux actes ajoutent au-dessus d’eux

Un acte de décès doit nommer les parents du mort, même quand ils sont morts depuis longtemps. C’est une obligation de forme, et c’est ce qui fait de ces papiers-là les plus généreux de tous.

Celui de 1816 dit que Judocus était fils d'Arnoldus Roosemont et de Catharina De Kempeneer, morts l’un et l’autre à Merchtem. Celui de 1825 dit que Maria Anna était fille de Jan Baptista van Herrewegen et d'Elisabeth Geerens, morts l’un et l’autre à Merchtem. Quatre noms, quatre personnes de plus, une génération que rien n’annonçait la veille.

Et l’un de ces noms en écarte un autre. Au baptême de leur fille, en janvier 1791, un certain Judocus van Herrewegen avait signé comme parrain, d’une grande main sûre — la seule signature de ce nom que cette famille nous ait laissée. On pouvait croire que c’était le grand-père de l’enfant. Il ne l’était pas : le grand-père s’appelait Jan Baptista. Ce Judocus-là est autre chose, un frère sans doute, et il reste à trouver.

21 septembre 2026

Trois actes trouvés en en cherchant un seul

Nous cherchions le mariage des parents de Josephus De Backer. Nous ne l’avons pas trouvé — et la journée a tout de même rapporté trois actes, dont aucun n’était celui-là.

Le premier est l’acte de décès du père lui-même. Nous le cherchions depuis deux semaines dans les annexes du mariage de 1821, où l’acte dit qu’on l’a produit ; ces liasses ont été microfilmées deux fois, incomplètement, et celle de novembre 1821 manque aux deux. Nous en étions à envisager d’écrire aux Archives de l’État.

Or la pièce jointe au dossier n’était qu’une copie. L’original était là où l’acte de mariage disait qu’il devait être : au registre des morts de Merchtem. La table de l’année — cent dix décès pour 1819, rangés par ordre alphabétique — y menait en une lecture.

Laurentius De Backer, cultivateur, soixante-sept ans, né au village, y est mort le 1er septembre 1819 à six heures du matin. Celui qui vient le déclarer est son fils Jan Baptist, journalier, trente-cinq ans : un frère aîné de notre Josephus, dont nous ignorions l’existence. Ni l’un ni l’autre des deux comparants ne savait écrire.

{{acte P243}}

Et l’acte dit de qui Laurentius était né : Cornelius De Backer et Joanna Maria Van Camp, morts tous deux à Merchtem avant lui. Deux noms de plus, et une génération que rien n’annonçait.

Restait le mariage. Soixante-dix pages du registre des mariages de la paroisse ont été lues, couvrant 1771 à 1785 et 1790 à 1796 — c’est-à-dire, largement, la fenêtre où ce mariage devait tomber. Il n’y est pas. Mieux : le nom de l’épouse n’apparaît pas une seule fois dans ces soixante-dix pages. Ils se sont mariés ailleurs, et tout désigne le village voisin d’Opwijk, d’où vient cette famille-là. Ce sera pour une autre fois.

Mais en tournant ces pages, deux autres mariages sont apparus, qui n’avaient rien à voir et que nous cherchions depuis des mois.

Le 16 septembre 1794, Egidius Lely, de Merchtem, épouse Anna Maria Fieremans, d’Ossel. Les deux témoins sont le père du marié et un parent de la mariée ; les quatre signent d’une croix.

Le 16 août 1795, Josephus Egidius Heyvaert, de Meuzegem, épouse Joanna Petronella Lombaert, de Merchtem. Elle est mineure : son père comparaît, consent, sert de témoin — et signe. Elle signe aussi, de la même écriture qu’on retrouvera trente-deux ans plus tard au mariage de son fils. Le marié, lui, déclare ne pas savoir écrire.

{{acte P244}}

Deux cases vides du tableau des actes manquants se sont remplies ce jour-là, par accident. Cela vaut d’être noté : on ne trouve pas toujours ce qu’on cherche, mais on ne trouve jamais ce qu’on ne cherche pas.

21 septembre 2026

Ce que les autres généalogistes savaient déjà

Nous avons demandé aux arbres en ligne ce qu’ils savaient de Josephus De Backer, pour voir si l’un d’eux expliquait le désaccord entre son acte de mariage, qui le fait naître en 1796, et son acte de décès, qui dit 1794.

Aucun ne dit 1794. Six sources indépendantes disent 1796 — cinq arbres Geneanet et l’arbre collaboratif de FamilySearch. L’une d’elles, tenue par un généalogiste de Merchtem, cite ses registres fait par fait, et donne en plus la date exacte de son enterrement, le 18 septembre 1871, ainsi que le nom de sa rue. Notre acte de la semaine dernière est confirmé de trois manières.

Mais la recherche a rapporté autre chose, et de moins agréable. Tous ces arbres font naître sa femme en 1791 ; nous avions écrit 1790, d’après l’acte de mariage. Nous sommes retournés voir l’image, au zoom, sur le mot lui-même. L’acte porte bien 1791 : un petit mot de trois lettres que nous avions lu comme un autre.

Ce qui veut dire que l’acte de mariage n’a jamais rien dit de faux. Il donnait le 10 janvier 1791 — le jour du baptême, exactement comme le registre de la paroisse. Et les deux semaines passées à fouiller l’année 1790 dans les deux copies du registre cherchaient une date qu’aucun document n’avait jamais portée.

C’est la deuxième fois en quinze jours. La règle existait déjà, écrite noir sur blanc après la première : quand deux sources indépendantes disent la même chose contre ce que nous croyons lire, c’est notre lecture qu’il faut rouvrir — avant d’écrire la moindre explication savante du désaccord. Elle est désormais formulée comme une procédure, pas comme une vigilance.

20 septembre 2026

Un papier de l’occupation, et l’adresse qu’on cherchait depuis un mois

Un document de famille, photographié et transmis ce matin, vient de donner ce que vingt-cinq actes d’état civil n’avaient jamais dit : une adresse.

C’est un certificat d’identité délivré le 18 novembre 1915 par la commune de Lesve, sous l’occupation allemande, à Marie Jadot, épouse Defleur. Le formulaire est imprimé en trois langues — l’allemand en gros caractères, le néerlandais en italique, le français en romain — et l’employé communal a rempli les cases en français.

L’occupant voulait savoir qui habitait où. Il a donc fallu répondre à des questions qu’un acte de naissance ne pose jamais.

Elle habite rue sur les Fosses, à Lesve. Elle mesure un mètre soixante-cinq. Elle est ménagère, belge, née le 7 juillet 1874 au village — ce que nous savions déjà, mais qui se trouve ici confirmé par une quatrième source, le registre de population. Et à la question de savoir depuis quand elle réside dans la commune, l’employé écrit trois mots qui valent une biographie : « depuis sa naissance ».

Quarante et un ans au même endroit. Les actes le laissaient deviner ; la case 8 l’affirme.

Une photographie est collée au bas du document, sous deux cachets communaux. Elle est à moitié visible sur le cliché que nous avons. Si c’est bien son portrait, c’est le seul que nous ayons d’une femme de cette génération.

Un dernier détail, à la case des témoins. Un nom, et un numéro : Michel, 2248. Il n’y a qu’une seule famille de ce nom au village à cette date. Trente ans plus tard, un de ses fils épousera une des filles de cette femme-ci. Ce jour de novembre 1915, il n’est qu’un voisin qu’on appelle pour attester d’une identité, et personne ne sait rien de la suite.

20 septembre 2026

Une petite Joanna, née un 9 janvier à quatre heures de l’après-midi

Nous cherchions le baptême de Joanna Maria Roosemont depuis des semaines, et nous le cherchions dans la mauvaise année.

Nous avions lu sur son acte de mariage qu’elle était née à Merchtem le 10 janvier 1790. Le registre de la paroisse avait été ouvert à cette date, puis relu dans sa seconde copie, puis balayé sur l’année entière : aucun enfant Roosemont en 1790. Nous en avions tiré des hypothèses — une autre paroisse, un ondoiement, une date recopiée de travers — et la seule pièce qui aurait tranché, le dossier d’annexes de son mariage, n’existe plus en ligne.

C’est sa mort, retrouvée le matin même, qui a donné la réponse. L’acte de 1871 la disait née en janvier 1791. Une année plus loin ; et 1791 n’avait jamais été ouverte.

Elle l’a été. Le registre des baptêmes de 1791 commence au 3 janvier ; le troisième acte de la première page est le sien. Le 10 janvier 1791, on baptise une petite Joanna — le Maria ne viendra que plus tard —, née la veille à quatre heures de l’après-midi, fille de Judocus Roosemont et de Maria Anna van Herrewegen. Le père n’est pas là. C’est un Judocus van Herrewegen, du côté de la mère, qui la tient sur les fonts, et il signe d’une grande main assurée ; la marraine trace une croix.

{{acte P242}}

Le double déposé au greffe porte le même acte, d’une autre main, et ne diffère que d’un mot. Deux copies indépendantes, ce qui est rare et ce qui ferme la question.

L’acte de mariage de 1821 donnait la date du baptême, non celle de la naissance. Celui de 1871, lui, donnait le vrai jour — nous ne l’avons compris que six jours plus tard, en le relisant.

Nous avons appliqué la même méthode à son mari, dont l’acte de décès le faisait naître deux ans avant ce que disait son mariage. Là, elle n’a rien donné : ni 1793, ni 1794, ni 1795 ne portent d’enfant De Backer ce 8 novembre-là. Sa naissance reste où elle était — en novembre 1796, trois semaines après la dernière page que la paroisse ait écrite, et quatre ans avant la première que l’état civil ait tenue. Il est le seul de son ménage dont l’acte manque encore.

20 septembre 2026

Une semaine de septembre, Galgestraet numéro 5

De Josephus De Backer et de Joanna Maria Roosemont, nous savions le mariage — Merchtem, un matin de novembre 1821 — et rien de la fin. Un acte de 1877 les disait morts tous les deux, sans dire quand. Entre les deux, quarante-cinq ans de registres à feuilleter.

Il a fallu en ouvrir un seul. La table des décès de 1871 les porte l’un et l’autre, à quelques lignes d’écart, et les deux actes tiennent sur la même page ouverte du registre.

Elle est morte le 10 septembre 1871, à cinq heures du matin, dans sa maison de la Galgestraet. Il est mort le 16, à huit heures du soir, dans la même maison. Six jours.

{{acte P240}}

Ce qui frappe n’est pas seulement la coïncidence des dates. C’est l’homme qui vient les déclarer. Les deux fois, c’est le même : Philippus Heyvaert, trente ans, cultivateur de la même rue, gendre des défunts — il avait épousé leur fille seize mois plus tôt. Il signe le 11 septembre, il revient signer le 18. Avec lui, la première fois le garde champêtre, la seconde le charron : les voisins.

{{acte P241}}

Les deux actes apprennent encore deux choses. La mère de Josephus, Catharina Puttemans, qui était vivante et consentante à la noce de 1821, est dite défunte : c’est la seule borne que nous ayons sur elle. Et les deux actes se contredisent avec celui de 1821 sur l’année de naissance des époux — d’un an pour elle, de deux ans pour lui, avec le même jour et le même mois. Chez lui, l’écart change tout : né en 1796, il tombe dans un trou de registres et reste introuvable ; né en 1794, son baptême est à portée de main. C’est la prochaine page à ouvrir.

18 septembre 2026

Deux Séraphine, et une date que nous avions mal lue

Jacques Joseph Colart et Marie Thérèse Dantar se sont mariés à Lesve le 17 mai 1812. Nous ne leur connaissions qu’un enfant : Séraphine, née en 1830, quand sa mère avait quarante-six ans. Entre les deux, dix-huit ans de silence, et la certitude qu’il y avait des aînés à trouver.

Il y en avait deux. Pas davantage.

Le premier est un garçon, Ferdinand Joseph, né le 24 février 1818 — près de six ans après le mariage. Deux arbres en ligne le connaissaient ; son acte, lui, n’avait jamais été lu.

{{acte P237}}

Sur la même page, l’acte juste au-dessus est celui d’un garçon né la veille chez le voisin. Les deux pères se sont servi de témoin l’un à l’autre, et leurs deux signatures se répondent au bas des deux actes. Un index moderne, qui ne voit que des noms et des dates, avait confondu les deux enfants.

La seconde est une fille, et elle n’était dans aucun arbre. Elle s’appelait déjà Séraphine. Née en mai 1826, elle est morte le 29 janvier 1830, à quatre ans. Son père est allé la déclarer avec son frère Charles Joseph, qui était le parrain de la petite ; les deux hommes ont signé l’un sous l’autre.

{{acte P239}}

Dix mois plus tard naissait l’autre Séraphine, celle qui allait vivre, se marier et transmettre. On donnait souvent à un enfant le prénom d’un aîné mort ; cela n’a rien de remarquable. Ce qui l’est, c’est que l’usage suffit à effacer une petite fille de toutes les généalogies : qui ne connaît que la seconde n’a aucune raison de chercher la première.

Restaient les deux longs silences — six ans avant le premier enfant, huit ans entre les deux premiers. Nous les avons vérifiés plutôt que supposés : les trois tables de naissances de Lesve ont été lues d’un bout à l’autre, de 1802 à 1832. Elles portent quatorze enfants Colart sur la seule décennie 1823-1832, et il a fallu ouvrir neuf actes pour les rendre à leurs familles — il y avait quatre ménages Colart au village, et seul le nom de la mère permet de les distinguer. Deux de ces quatorze enfants sont les nôtres. Les creux sont donc des faits, et nous ne savons pas ce qu’ils recouvrent.

Une dernière chose, moins agréable. En vérifiant une discordance de date, nous avons relu l’acte de naissance de Séraphine — celle de 1830 — et découvert que nous l’avions mal lu. Il ne dit pas le vingt-neuvième jour de novembre, mais le vingt-unième. Son acte de mariage et un index disaient le 21 depuis le début ; nous les avions écartés, en expliquant doctement pourquoi l’original devait l’emporter. Il l’emportait en effet — mais il fallait le lire.

18 septembre 2026

Le troisième Warnant était un frère

Didier a eu le bon réflexe : avant d’aller feuilleter la table décennale, regarder ce que les arbres en ligne disent. Ils disaient tout.

Quatre arbres portent le couple que nous cherchions, et l’un d’eux donne la lignée entière. Le mariage est du 23 juin 1832, à Lesve. Mieux : cet arbre est le premier que nous rencontrions qui connaisse les parents de notre ancêtre — un couple que nous avions décrit, il y a peu, comme inconnu de tous les arbres consultés. Il faudra corriger cette phrase-là.

La table décennale a confirmé la date au jour près, à la ligne nonante. Trois sondages plus tard, l’acte était sous les yeux.

{{acte P236}}

Jacques Joseph Warnant, trente-sept ans, né à Lesve, scieur de long, fils de Jacques Warnant, journalier, et de Marie Barbe Melin, ménagère, l’un et l’autre domiciliés à Lesve. Ce sont les parents de notre ancêtre. Ce troisième homme, dont nous ne savions rien avant-hier, est son frère, de quatre ans son cadet.

Deux choses de plus, que nous n’attendions pas.

La première : la mère est dite vivante et domiciliée au village. Nous ne savions d’elle que qu’elle était morte avant février 1843 ; nous savons maintenant qu’elle vivait encore en juin 1832. Onze années de moins à chercher.

La seconde : le père est présent. Il a septante ans, il vient donner son consentement, et l’employé note qu’il ne sait pas signer. C’est la troisième fois que nous le voyons faire sa croix, et à chaque fois dans l’acte d’un de ses enfants.

L’acte garde le meilleur pour sa dernière ligne. Elle excepte de la signature Jacques Warnant, qui a déclaré ne savoir signer — et juste en dessous s’étale une grande signature qui dit jacques warnant. Deux hommes portent le même nom sur la même page, le père qui ne peut pas et le fils qui peut, et rien ne les distingue qu’un second prénom.

17 septembre 2026

Un troisième Warnant à Lesve, et il signe

Deux actes restaient à lire dans la table du village. Ils devaient être de simple ménage : vérifier que le second Victor Joseph appartenait bien à la famille du berger, et voir de qui était cette Marie Thérèse de 1833. Le premier a répondu comme prévu. Le second a défait une certitude.

Commençons par celui qui s’est bien tenu. Le 14 mai 1837, un homme vient déclarer un fils né la veille à dix heures du matin, et il s’appelle Victor Joseph Warnant, exactement comme l’enfant que notre famille avait déclaré vingt-et-un mois plus tôt.

{{acte P235}}

C’est le fils du berger, de Gislain Joseph et de Marie Thérèse Piette. Les deux homonymes sont donc séparés par les actes eux-mêmes, et non plus par le calcul d’âge dont nous nous étions contentés hier. Le calcul était juste. Il aurait pu ne pas l’être.

Puis vient le 3 mai 1833.

{{acte P234}}

Une petite Marie Thérèse Warnant, née à six heures du matin, déclarée le soir même. Fille de Jacques Joseph Warnant, scieur de long, et de Marie Julienne. Ni la famille du berger, ni la nôtre : une troisième.

Depuis quatre actes, nous départagions les Warnant de Lesve par un détail qui n’avait jamais failli : le berger déclare ne savoir signer, notre ancêtre signe partout. Le détail marchait si bien qu’il était devenu une preuve. Or ce Jacques Joseph signe, lui aussi. La signature ne dit donc plus que ce n’est pas le berger ; elle ne dit pas de qui c’est.

Rien de ce que nous avions conclu ne tombe, et il faut le dire aussi franchement que le reste : les onze actes Warnant tirés de ce registre nomment les deux parents en toutes lettres. Le bas de page n’a jamais servi qu’à confirmer. Mais la leçon reste, et elle est de celles qui coûtent cher ailleurs : un signe qui sépare deux familles ne prouve rien tant qu’on n’a pas vérifié qu’il n’y en a que deux. Chaque fois qu’il fonctionne, il renforce la croyance qu’il n’y a pas de troisième candidat — et c’est précisément ce qu’il ne peut pas établir.

Reste que ce troisième homme est intéressant. Scieur de long, comme notre ancêtre et comme deux de ses fils : le métier de la maison. Il signe, ce qui est rare au village et constant chez les nôtres. Il vit à Lesve, où la famille est installée depuis 1788 au moins. Et il se prénomme Jacques Joseph, ce qui, à l’usage du temps, ferait de son père un Jacques — le prénom de notre aïeul de Bioul.

Un frère de notre ancêtre, peut-être. Son mariage le dirait en une ligne, et nous savons déjà où ne pas le chercher : il n’est pas dans la table des mariages de 1813 à 1822, que nous avons relevée en entier ce matin.

17 septembre 2026

Sept enfants, sept actes : la table qui manquait était au bout du volume

Il restait deux naissances à trouver, et les deux dépendaient d’une table décennale que deux campagnes de recherche n’avaient pas su localiser. Le registre de Lesve est rangé par décennie puis par type d’acte, et nous la cherchions entre les décennies. Elle est tout au bout du volume, juste avant les actes de 1833.

Elle valait le détour, et elle enseigne trois choses d’un coup. Ses trois tables — naissances, mariages, décès — se suivent sans changer de page : les mariages commencent au bas de la dernière page des naissances. Un en-tête n’y décrit donc que ce qui le suit, et nous avons d’abord cru lire des décès là où couraient encore des naissances ; seule la continuité des numéros nous a remis d’aplomb. Enfin, les trois familles les plus nombreuses du village débordent sur deux pages de rattrapage placées après tout le reste. Une table n’est finie qu’à la signature du greffier.

Quatre Warnant y sont inscrits pour ces dix années. Une Marie Thérèse en mai 1833, un Auguste en août de la même année — trois mois d’écart, donc deux mères, encore une fois. Et deux Victor Joseph : l’un déclaré le 2 août 1835, l’autre le 14 mai 1837.

Lequel est le nôtre ? Son acte de décès lui donne soixante-sept ans en août 1902, ce qui désigne l’enfant de 1835. Et comme la table des morts de ces mêmes dix années ne porte aucun Warnant, le petit de 1835 n’est pas mort en bas âge : le second appartient à l’autre famille.

{{acte P232}}

Il est né le 1ᵉʳ août 1835 à onze heures du matin, et son père l’a déclaré le lendemain. C’est le dernier des sept. Sa mère avait quarante-six ans, et son frère aîné était né dix-neuf ans plus tôt, au mois d’août lui aussi. Le père signe une huitième fois.

La fratrie est donc complète, et tenue par sept actes de naissance sur sept. C’est la première du vault dans ce cas.

Restait le dernier intrus, cet Auguste Gislain Joseph que la table datait du 9 d’un mois lu novembre, et que deux sondages de novembre n’avaient pas trouvé. Nous savions depuis la veille que ces abréviations trompent. Nous avons cherché en septembre.

{{acte P233}}

Il y était, à la première tentative : fils de Gillain Joseph Warnant, journalier, et de Marie Thérèse Piette. Le troisième enfant que la table nous prêtait, et le troisième qui retourne chez le voisin. Chaque fois, la même ligne au bas de la page : le déclarant a déclaré ne savoir écrire.

L’acte a aussi son étrangeté. Il est dressé à une heure de l’après-midi et dit l’enfant né le même jour à quatre heures de l’après-midi — trois heures après sa propre rédaction. L’employé s’est trompé quelque part, et nous ne saurons jamais où.

17 septembre 2026

L’autre Warnant venait de Namur, le nôtre de Bioul

La question se posait depuis que nous avions mis un nom sur l’autre ménage Warnant de Lesve, celui qui encombre toutes les tables du village à côté du nôtre : Gislain Joseph Warnant, berger, marié à Marie Thérèse Piette. Un homonyme dans un village de quelques centaines d’âmes, cela ressemble beaucoup à un cousin. Il fallait vérifier.

La table des mariages de la décennie a donné les deux ménages sur la même page, à deux lignes d’écart : au numéro septante-trois, Lupsin Warnant et Philippine Gillard, mariés en février 1816 ; au numéro septante-cinq, Gislain Joseph et Marie Thérèse, mariés le 29 novembre 1821. Deux sondages ont suffi pour trouver l’acte.

{{acte P230}}

Il nomme les parents du marié : Joseph Warnant, tailleur d’habit, demeurant à Namur, et Élisabeth Berte. Ce ne sont pas ceux que nous cherchions. Le père de notre Lupsin s’appelait Jacques, il était journalier, et sa femme Marie Barbe Melin.

Restait à savoir d’où venait ce Joseph. Le registre paroissial de Lesve l’a dit en une ligne.

{{acte P231}}

Gislain Joseph est baptisé le 2 août 1789, né la veille vers sept heures du soir, fils de joseph Warnant natif de Namur. Notre souche, elle, vient de Bioul : c’est là que son grand-père vivait en 1760, là que son père a été baptisé en 1762. Deux villages, deux familles, arrivées séparément dans le même petit village à la même génération.

Le baptême ajoute une confirmation que nous n’attendions pas. Le parrain est Gislain Joseph Legros — d’où le prénom de l’enfant — et la marraine Marie Joseph Metillon. Aucun Warnant ne tient l’enfant sur les fonts. Quand une famille est là, elle est au baptême.

Il y a enfin, dans ces deux actes, une petite histoire tenue en deux signatures. Au bas du baptême de 1789, Joseph Warnant signe son nom d’une large main d’homme de ville. Trente-deux ans plus tard, au mariage de son fils, l’employé note que les mariés et la veuve déclarent ne savoir signer. Le tailleur d’habit est venu de Namur avec sa plume ; elle s’est éteinte avec lui, et son fils gardera les moutons.

Une prudence, pour finir : rien de tout cela n’interdit un ancêtre commun deux générations plus haut. Mais rien ne le suggère non plus, et un nom partagé n’a jamais fait une parenté.

17 septembre 2026

Sept enfants, six actes, et une table qui mentait de trois mois

La fratrie de Lupsin Warnant et de Philippine Gillard est close. Sept enfants, et six d’entre eux ont maintenant leur acte de naissance sous les yeux : Nicolas en 1816, Jacques Joseph en 1819, Ferdinande en 1821, Marie Thérèse en 1823, Alexandre — notre ancêtre — en 1826, Marie Catherine en 1830. Le septième, Victor Joseph, né vers 1835, est tenu par d’autres pièces.

Le père les a tous déclarés lui-même, et il a signé les six fois.

Deux enfants de plus traînaient dans les tables du village, une Henriette en 1822 et une Pauline en 1826, qu’aucun arbre ne réclamait. Leurs actes les rendent à qui de droit : toutes deux sont filles de Gislain Joseph Warnant, berger, et de Marie Thérèse Piette — l’autre ménage Warnant de Lesve. Et chaque fois, la dernière ligne de l’acte le confirme sans qu’on le demande : ce père-là ne sait pas signer.

Restent deux curiosités, dont la seconde est une vraie leçon.

La première est un hasard de calendrier. Jacques Joseph naît le 31 mars 1819 ; Ferdinande naît le 31 mars 1821. Deux enfants du même couple, le même jour de l’année, à deux ans d’écart, déclarés tous deux le 1ᵉʳ avril.

{{acte P227}}

La seconde nous a corrigés. La table décennale place la naissance de Nicolas au 6 décembre 1816 — c’est la date de l’acte, nous le savions. Mais l’acte, lui, dit que l’enfant est né le 18 août. Trois mois et demi. La loi accordait trois jours pour déclarer une naissance ; ce père-là en a pris cent dix, et personne ne s’en est ému.

{{acte P225}}

Nous supposions, depuis des semaines, qu’une date de table valait la naissance à un jour près. Elle peut en être à un trimestre. Et tant qu’à corriger nos habitudes : dans cette même table, les 7bre se lisent 9bre. Deux enfants que nous croyions nés en novembre — Marie Thérèse et Alexandre — sont nés en septembre.

17 septembre 2026

L’autre Warnant de Lesve avait un nom, et il ne savait pas signer

Il y avait, dans les tables de naissances de Lesve, trois enfants Warnant que personne ne réclamait : une Henriette en 1822, un Auguste Gislain en 1824, une Pauline en 1826. Les arbres en ligne ne les connaissaient pas. Étaient-ils de notre famille ?

Pour Pauline, l’arithmétique répondait déjà : la table la fait naître le 21 novembre 1826, et notre ancêtre Alexandre est né le 21 septembre de la même année. Deux mois. Aucune mère n’accouche deux fois en deux mois. L’un des deux appartenait donc à un autre ménage — mais lequel, et à qui ?

{{acte P224}}

L’acte du 21 novembre le dit en une ligne : Pauline est fille de Gislain Joseph Warnant, berger, et de Marie Thérèse Piette. Voilà l’autre famille nommée. Depuis des semaines, elle brouillait toutes les tables du village sans qu’on sache qui elle était.

Et l’acte offre, en prime, le moyen de ne plus s’y tromper. À la dernière ligne, l’employé note que tout le monde a signé « à l’exception du déclarant qui a déclaré ne savoir signer ». Gislain ne sait pas écrire. Lupsin, lui, signe partout — sept fois entre 1816 et 1849, à son mariage, à la naissance de ses enfants, à la mort de sa femme, à la mort de son père, à la mort de son fils. Deux hommes du même nom dans le même village, et l’un tient la plume quand l’autre ne la tient pas. Désormais, sur un acte douteux, il suffira de regarder le bas de la page.

Le même jour, une naissance de plus est entrée dans la famille par la porte principale : Marie Catherine, née le 4 janvier 1830 à six heures du soir. Son acte ouvre le registre de l’année, et son père l’a déclarée lui-même.

{{acte P223}}

17 septembre 2026

Un arbre qui donne sa cote vaut mieux que dix qui donnent une date

Lupsin Warnant, scieur de long à Lesve, était l’un des rares ancêtres dont nous ne savions pas quand il était mort. Sa fiche disait, depuis des semaines : « sa mort n’a pas été retrouvée ». Nous savions seulement qu’il vivait encore en mars 1852, à soixante et un ans, quand il vint donner son consentement au mariage de son fils.

En cherchant tout autre chose — les enfants de ce couple — nous avons ouvert les arbres en ligne. Dix-sept portent le ménage, et sept lui donnent la même date de mort : 1866. Une date seule ne vaut pas grand-chose ; on l’aurait notée comme une piste. Mais l’un de ces arbres, celui de Martine Baquet, ne se contente pas de dater. Sous chaque fait, il écrit le lien de l’image d’archive et la page : « actes mélangés de Lesve 1861-1880, page 156 sur 878 ». Un autre, celui de Jean-Pierre Warnant, donne la même chose autrement. Il n’y avait plus qu’à ouvrir la vue.

{{acte P221}}

Il est mort le 30 janvier 1866 à cinq heures du matin, veuf depuis vingt-deux ans, et l’acte le dit scieur de long — le métier qu’il avait à son mariage cinquante ans plus tôt, et qu’un greffier de 1852 lui avait retiré pour le faire cultivateur. Il aura scié des troncs toute sa vie.

L’acte se trompe sur son âge de deux ans, comme presque tous les actes de décès : l’âge s’y déclare, il ne s’y constate pas. Mais il ne se trompe pas sur les vivants. Deux hommes viennent l’annoncer. Le premier est son fils Victor, trente ans, scieur de long comme son père, et il signe. Le second se présente comme le beau-fils du défunt, c’est-à-dire son gendre : il s’appelle Henri Devigne, il a cinquante-deux ans, et il ne sait pas écrire.

Ce nom-là règle une querelle. Les arbres en ligne ne s’accordaient pas sur le mari de sa fille Marie Catherine : quatre disaient Devigne, un disait Sohy. L’acte a tranché sans qu’on le lui demande — il suffisait qu’un gendre vienne déclarer une mort.

17 septembre 2026

L’explication qui tombait bien était fausse

Il y a une heure, en lisant l’acte de décès de Rosalie Antoinette Collard, j’ai buté sur le nom de sa mère : Mélot Catherine Antoinette Félicité. Or cette femme s’appelait Sélestine. Les deux prénoms qui suivent étaient exacts, le premier ne l’était pas, et l’explication était sous la main : la belle-fille de la maison s’appelait précisément Catherine Melot. Un déclarant de 1919 qui n’avait connu ni l’une ni l’autre avait mélangé les deux. J’ai écrit qu’il ne fallait surtout pas retenir cette forme.

Puis nous sommes allés chercher son acte de naissance.

{{acte P220}}

Il est du 22 janvier 1844. Elle est née la veille à neuf heures du matin, dans le cabaret que ses parents tiennent au village. Son père vient la déclarer lui-même, et l’acte écrit, noir sur blanc : fille de Jacques Joseph Collard, cabaretier, et de Catherine Félicité Antoinette Melot, cabaretière.

Du vivant de la mère. Sur la déclaration du père. Septante-cinq ans avant l’autre acte.

Ce n’était donc pas une bévue de greffier, mais un usage — un prénom que cette femme portait vraiment, à côté de celui que lui donnent ses trois actes à elle. La forme retenue ne bouge pas, mais la variante entre au dossier au lieu d’en être chassée.

Il y a une leçon là-dedans, et elle n’est pas agréable. L’hypothèse de la confusion était élégante : elle expliquait tout, elle avait même un coupable. C’est exactement pour cela qu’il fallait la vérifier. Une explication qui tombe bien n’est pas une preuve.

Deux gains en passant, puisque l’acte était sous les yeux. Le père tient déjà cabaret en janvier 1844 — nous le croyions journalier jusqu’en 1846. Et les deux témoins sont ceux qu’on retrouvera au berceau de sa petite sœur deux ans plus tard : le fermier du village et l’instituteur de Haut-le-Wastia, qui signaient pour un père qui ne savait pas écrire.

17 septembre 2026

L’oncle maternel avait une femme

Il y avait, depuis le matin, une phrase qui ne collait pas. Au mariage de Rosalie Defleur, en septembre 1893, un témoin s’avance et se fait inscrire ainsi : Joseph Macaux, ouvrier agricole, quarante-six ans, oncle maternel de l’épouse. Or la mère de la mariée, Joséphine Collard, n’avait qu’un frère connu, et il s’appelait Collard. Pour qu’un Macaux soit l’oncle, il fallait une sœur.

Dix-neuf ans plus tard, au mariage de la cadette, un Alexandre Monceaux se dit cousin sous-germain de l’épouse. Le même nom, sous une autre plume. Et dans le même registre de 1912, quelques pages plus loin, un couple marie sa fille : Pierre-Joseph Makau et Antoinette Rosalie Collard. Trois indices qui tournaient autour d’une femme que personne ne nommait.

La table des décès du village pour 1911-1920 l’a nommée en une ligne : Collard Rosalie Antoinette, épouse Macaux, morte le 29 décembre 1919, acte quatorze. C’est le dernier acte de l’année ; le registre est clos deux jours plus tard.

{{acte P219}}

Elle est morte chez elle le 27 décembre à onze heures du soir, à septante-cinq ans. L’acte la dit fille de feu Jacques Collard, journalier, et d’une Melot dont le greffier écorche le premier prénom mais dont les deux autres sont exacts. Ce sont les parents de Joséphine. C’est sa sœur.

Son âge la range tout seul dans la fratrie : née en 1844, entre Ambroise et Joséphine. Elles étaient trois enfants dans notre arbre, elles sont quatre. Et l’on comprend enfin pourquoi, d’un mariage à l’autre pendant cinquante ans, les mêmes Macaux venaient s’asseoir à la table des Defleur : ils étaient de la famille.

Celui qui vient la déclarer est son fils Jules, journalier de quarante-trois ans — le même homme qui, sept ans plus tôt, servait de témoin au mariage de sa sœur. Il signe.

17 septembre 2026

Une ligne laissée en blanc

En cherchant quand étaient morts les quatre enfants d’Hadelin Defleur, je suis allé ouvrir l’index des décès du village pour les années 1911 à 1920. Aucun des quatre n’y est — ils ont tous vécu bien au-delà. Mais leur mère y est, à la première ligne de l’année 1915.

{{acte P218}}

Joséphine Collard meurt chez elle, à Sommière, le 27 février 1915 à onze heures du matin. Elle a soixante-neuf ans. Nous savions cette date depuis longtemps, mais par un arbre familial : la voici sur le registre, avec l’heure.

Celui qui vient la déclarer le soir même est son gendre, Sébastien Frérotte, maçon de vingt-sept ans, qui a épousé sa fille Aline trois ans plus tôt. Cinq ans plus tard, ce sera encore lui qui viendra annoncer la mort de son beau-père. Il aura déclaré les deux.

Et puis il y a cette ligne. Le formulaire imprimé demande le nom des parents de la défunte. Pour le père, l’employé écrit tout : feu Collard Jacques Joseph, profession de journalier, domicilié en dernier lieu à Sommière. Pour la mère, il écrit « et de feue », et s’arrête. Le trait reste vide jusqu’au bout de la page.

Sélestine Melot était morte le 6 mai 1851, huit jours après avoir mis au monde un enfant qui ne lui a pas survécu non plus. Sa fille avait cinq ans. Soixante-quatre ans plus tard, dans la salle de la maison communale, il y avait un gendre de vingt-sept ans et un bourrelier qui se disait ami de la défunte. Ni l’un ni l’autre ne savait comment s’appelait cette femme.

17 septembre 2026

Le registre était clos, le mariage a eu lieu quand même

Il restait un acte à trouver : le mariage d’Aline Defleur, la dernière-née, avec le maçon du village dont le nom flottait entre Frérotte et Fiérotte. Les arbres le dataient de 1912. Le registre des mariages de Sommière pour 1912 est en ligne. Cela paraissait simple.

L’index décennal du village donne la ligne aussitôt : « Defleur Aline Ghis., à Frérotte Sébastien Jh. », le 1ᵉʳ novembre 1912, acte numéro… « 2 s ». Ce petit s accolé au chiffre, on le prend d’abord pour une rature. Puis on ouvre le registre, on le feuillette jusqu’à novembre, et l’on tombe sur une phrase qui arrête net : « Le présent registre principal aux actes de mariage de la commune de Sommière contenant six actes a été clos et arrêté aujourd’hui vingt juillet mil neuf cent et douze. »

Six mariages, et le livre est refermé en juillet. Ceux qui voulaient se marier ensuite ont été inscrits ailleurs : sur un registre supplémentaire de deux feuillets, coté et paraphé par le président du tribunal de Dinant, ouvert en septembre et clos le 31 décembre à six heures du soir. Deux actes y figurent. Le second est le nôtre. Voilà ce que voulait dire le s.

{{acte P217}}

L’acte règle la question du nom. L’en-tête l’écrit Frérotte en belles lettres, et le marié comme son père signent ainsi. Le Fiérotte de 1920, quand il viendra déclarer la mort de son beau-père, n’était qu’une oreille distraite.

Neuf personnes signent au bas de cette page, et pas une croix. Les deux mariés, les quatre parents, les deux témoins, le bourgmestre. Dans cette famille où le grand-père faisait sa marque, c’est la troisième génération qui écrit son nom.

Une dernière chose, pour l’honnêteté du dossier. L’acte de mariage recopie l’acte de naissance de la mariée et la fait naître le 19 avril 1888. Son acte de naissance, lui, est du 20 et dit qu’elle est née le jour même. Nous avons pris l’habitude de faire confiance aux actes de mariage, qui ont corrigé trois fois les tables du village. Cette fois, c’est lui qui se trompe. Un acte de mariage ne vaut pas par sa nature : il vaut par la pièce qu’il recopie, et une copie peut fauter.

17 septembre 2026

Quatre berceaux, quatre fois la même signature

Les quatre enfants d’Hadelin Defleur et de Joséphine Collard ont maintenant leur acte de naissance : Rosalie en 1870, Sébastien Joseph en 1873, Marie Joseph en 1878, Aline en 1888. Les deux qui manquaient étaient sur les registres de Sommière, en ligne aux Archives de l’État, et il a fallu deux sondages pour l’un et un seul pour l’autre.

Mis côte à côte, ces quatre actes racontent une chose simple et que rien d’autre ne dit. À chaque fois, c’est le père qui vient déclarer l’enfant. À chaque fois, il signe. Journalier en 1870, journalier en 1873, journalier en 1878, journalier encore en 1888 — il ne se dira ouvrier agricole qu’au mariage de sa fille aînée, en 1893, puis à celui de son fils en 1899, avant de redevenir journalier pour mourir. Cinquante ans de registres, un seul métier ou presque, et une main qui sait tenir la plume.

L’acte de 1878 rend en passant un service qu’on n’attendait pas. Cet homme a été écrit Halain à sa naissance en 1842, Halain encore à son mariage en 1869 et à la naissance de Rosalie en 1870, Adelin en 1888, en 1893 et à sa mort en 1920, Alain par les arbres en ligne. La forme que nous avons retenue, Hadelin, ne tenait que sur un seul acte, celui du mariage de son fils à Lesve en 1899. La voici dans son propre village, vingt et un ans plus tôt, sous la plume du bourgmestre de Sommière.

Et un troisième homme traverse ces actes sans qu’on l’ait cherché. Joseph Henuset, qui a épousé une sœur d’Hadelin, est premier témoin à la naissance de Marie Joseph en 1878 : il est carrier. Il est premier témoin à la naissance d’Aline en 1888 : il est directeur de carrière. Il vient déclarer la mort du grand-père en 1889 : il est maître de carrière. Trois actes, onze ans, et une ascension qu’aucun document n’a jamais eu l’intention de raconter.

17 septembre 2026

Neuf signatures au bas d’un acte

Les deux filles qui manquaient à la famille ont maintenant leur acte, et ce sont deux actes qui se répondent à vingt-trois ans de distance.

Le premier est une naissance. Le 20 avril 1888, à six heures du soir, Hadelin Defleur, journalier, quarante-cinq ans, se présente à la maison communale de Sommière pour déclarer une fille née le matin même à sept heures : Aline Ghislaine, la dernière de ses quatre enfants. Il amène deux témoins, l’instituteur du village et son propre beau-frère, Joseph Henuset, directeur de carrière. Seize mois plus tard, ce même Joseph Henuset reviendra dans la même salle déclarer la mort du grand-père. Les mêmes hommes tournent autour des mêmes registres, et c’est ainsi qu’on finit par reconnaître une famille.

Le second est un mariage. Le 29 septembre 1893, à quatre heures du soir, l’aînée, Rosalie, vingt-trois ans, journalière, épouse Valentin Piette, ouvrier agricole du village, fils d’un couvreur. L’acte cite son acte de naissance et la fait naître le 25 avril 1870 — la table décennale disait le 27, mais la table date les actes, pas les naissances, et c’est une erreur qu’on ne compte plus.

Puis vient le bas de la page. Neuf personnes signent : les deux mariés, les quatre parents, deux témoins, le bourgmestre. Une seule ne signe pas, et l’acte prend soin de le dire — la mère du marié, « qui a déclaré ne savoir signer ». Il faut avoir lu le mariage des parents de Rosalie, vingt-quatre ans plus tôt, pour mesurer ce que cette ligne raconte : ce jour-là de 1869, les trois grands-parents présents avaient tous fait une croix.

Un fil dépasse, et je le laisse dépasser. Le premier témoin, Joseph Macaux, quarante-six ans, se déclare oncle maternel de l’épouse. La mère de Rosalie n’a pourtant qu’un frère connu, un Collard. Il faudrait donc une sœur, mariée à un Macaux, dont nous n’avons pas encore entendu parler.

17 septembre 2026

Neuf ans de silence, et ce qu’ils ne cachaient pas

Suite du matin. Hadelin Defleur et Joséphine Collard, mariés à Sommière en 1869, ont quatre enfants d’après les arbres en ligne : Rosalie en 1870, Sébastien Joseph en 1873, Marie Joseph en 1878, Aline en 1888. Entre les deux dernières, dix ans. C’est le genre d’écart qui, dans un ménage de journaliers du dix-neuvième siècle, veut presque toujours dire des berceaux oubliés.

Le village avait une difficulté de plus à offrir : deux ménages Defleur y vivaient en même temps, et les deux hommes étaient frères. Sébastien Joseph, l’aîné, a eu neuf enfants au moins ; Hadelin, le cadet, est le nôtre. Les tables décennales, qui ne donnent que le nom de l’enfant et la date, ne savent pas les distinguer. Sept naissances Defleur entre 1871 et 1881 : lesquelles sont de qui ?

J’avais cru pouvoir trancher par le calendrier. Une petite fille née neuf mois avant un garçon ne peut pas avoir la même mère que lui ; en écartant les paires impossibles, il restait deux enfants qui comblaient joliment les trous de notre couple, une Hélène en 1875 et un François en 1880. Le raisonnement était juste et la conclusion fausse : l’index, interrogé par le nom des parents de l’autre ménage, les lui a rendus tous les deux, avec trois de leurs frères et sœurs. Un intervalle vraisemblable écarte une hypothèse ; il n’en démontre jamais une.

Restait la dernière décennie, celle que les Archives de l’État n’ont pas numérisée. Elle existe sur un microfilm, et sa table décennale tient en huit vues. Elle porte deux naissances Defleur pour dix ans — Aline, et une fille de l’autre ménage — et, aux décès, un seul Defleur : le grand-père Gaspard, mort en 1889. Aucun enfant. Les neuf ans de silence ne cachaient rien.

La table datait pourtant la naissance d’Aline du 27 avril 1888. L’acte dit autre chose : l’enfant est née « le jourd’hui à sept heures du matin », et l’acte est du 20 avril, à six heures du soir. La table se trompait de sept jours — et moi, d’un jour, parce que j’avais d’abord lu ce « jourd’hui » comme un « jour d’hier » sur l’écran de la visionneuse. L’image en pleine résolution tranche. Le père, journalier de quarante-cinq ans, est venu déclarer lui-même et il a signé. Son premier témoin est Joseph Henuset, directeur de carrière — le mari de sa sœur, celui-là même qui viendra déclarer, seize mois plus tard, la mort de leur père.

17 septembre 2026

Une sœur aînée que personne n’avait comptée

Hadelin Defleur, journalier et soldat au deuxième régiment de ligne, épouse Joséphine Collard à Sommière le 8 novembre 1869. Nous leur connaissions deux enfants : Sébastien Joseph, né en 1873, dont nous descendons, et sa sœur Marie Joseph, née en 1878, qui épousera un Bodson en 1907.

Dix arbres en ligne portent ce ménage, et neuf d’entre eux lui donnent quatre enfants, pas deux. Le premier est une fille, Rosalie, née en 1870 ; la dernière s’appelle Aline et naît en 1888. Aucun de ces arbres ne dit d’où il tient ses dates — ils se recopient d’ailleurs les uns les autres, ce qui fait moins de sources qu’il n’y paraît. Restait à le vérifier au registre.

La table décennale des naissances de Sommière, de 1861 à 1871, tient en quatre pages et ne porte que trois Defleur pour toute la décennie. Les deux premiers sont des jumeaux nés le 5 janvier 1870, qui appartiennent à l’autre ménage Defleur du village — celui de Sébastien Joseph, le frère aîné d’Hadelin, dont le prénom nous a déjà tendu plus d’un piège. Le troisième est le bon : « Defleur Rosalie Jos. », 27 avril 1870.

Cinq mois et demi après les noces. Sauf naissance très prématurée, l’enfant était en route quand le soldat a demandé à son commandant l’autorisation de se marier. Rosalie a vécu : elle épouse Valentin Piette vers 1893 et met encore des enfants au monde à Sommière en 1901 et en 1909.

Au passage, une petite énigme se referme. L’acte de décès d’Hadelin, en février 1920, est déclaré par « Fiérotte Sébastien, trente-deux ans, maçon », qui se dit le gendre du défunt. Nous ne savions pas laquelle de ses filles il avait épousée. C’est Aline, la dernière-née, mariée en 1912 — et son nom s’écrit Frérotte partout ailleurs. L’employé de 1920 a entendu de travers.

Reste le plus intéressant : entre Marie Joseph, née en 1878, et Aline, née en 1888, il y a dix ans de silence. Dans un ménage où les enfants viennent tous les trois ans, dix ans ne sont pas un silence, ce sont des berceaux que personne n’a comptés.

16 septembre 2026

Cinq mariages, et une famille qui déménage

Alexandre Warnant et Hortense Brostaux ont eu sept enfants entre 1853 et 1868, tous nés à Bois-de-Villers. Cinq se sont mariés, et nous avons désormais les cinq actes. Mis bout à bout, ils racontent autre chose qu’une suite de noces : ils racontent un déménagement et un métier qui change.

23 février 1883, Bois-de-Villers. L’aînée, Sédonie Joséphine, vingt-neuf ans, épouse Célestin Dufaux, journalier de Lesve de neuf ans son aîné. Les quatre parents sont dans la salle. Le père de la mariée est dit cultivateur, domicilié à Bois-de-Villers.

3 mai 1881, Lesve. Victor, notre ancêtre, avait épousé Marie Élise Beaupère deux ans plus tôt.

27 juillet 1888, Lesve. Édouard, maçon, épouse Marie Thérèse Laval, accoucheuse venue de Noiseux. Le père est cette fois cabaretier, domicilié à Lesve.

11 juin 1890, Lesve. Joseph, plafonneur, épouse Flore Pochet, orpheline du village. Le père est toujours cabaretier.

10 octobre 1891, Lesve. Le benjamin, Alexandre Joseph, maçon, qui porte les prénoms de son père, épouse Marie Borbouse, couturière. Le père est redevenu cultivateur. Les deux mariés signent.

Entre février 1883 et juillet 1888, donc, le ménage a quitté Bois-de-Villers pour Lesve — le village d’où il était parti trente ans plus tôt. Et l’homme qui sciait du bois en long à son propre mariage, en 1852, a tenu un cabaret, puis est retourné à la terre. Aucun de ces changements n’est écrit nulle part : ils se déduisent d’une ligne de formulaire répétée cinq fois, à cinq dates.

Une dernière chose, pour les curieux de méthode. Chaque acte de mariage recopie la date de naissance des époux, tirée de leur acte de naissance. Ces citations ont corrigé la table du village trois fois sur cinq : Joseph est né le 5 mai 1860 et non le 6, Édouard le 22 avril 1862 et non le 24, Alexandre le 20 mars 1868 et non le 21. La table ne mentait pas — elle notait le jour où le père était venu déclarer l’enfant. Seule Sédonie concorde : née le 30 mai 1853, déclarée le jour même.

15 septembre 2026

Le cabaretier de Lesve

On croyait savoir ce qu’avait été Alexandre Warnant. À son mariage, en 1852, il était scieur de long comme son père — un métier de forêt, qu’on exerce à deux sur un chevalet, l’un en haut, l’autre dessous dans la sciure. Au mariage de son fils Victor, en 1881, il s’était fait cultivateur à Bois-de-Villers.

Deux actes retrouvés cette semaine le montrent ailleurs, et autrement.

Le 27 juillet 1888, à sept heures du soir, son fils Édouard, maçon, épouse à Lesve Marie Thérèse Laval. Elle a vingt-trois ans, elle vient de Noiseux, dans la province de Luxembourg, à soixante kilomètres — et elle est accoucheuse, c’est-à-dire sage-femme : un métier qui s’apprend, qui se déclare, et qu’aucune femme de cette famille n’avait exercé.

Deux ans plus tard, le 11 juin 1890 à dix heures du matin, son fils Joseph, plafonneur, épouse au même endroit Flore Pochet, orpheline du village : son père menuisier est mort six ans avant, sa mère six mois.

Aux deux actes, la même mention : fils majeur d’Alexandre Warnant, cabaretier, et de Hortense Brostaux, ménagère, tous deux domiciliés à Lesve. Et aux deux actes, les parents sont là, dans la salle, et donnent leur consentement.

Le ménage est donc revenu au village d’où il était parti. Le dernier des sept enfants était né à Bois-de-Villers en 1868 ; vingt ans plus tard les voilà à Lesve, et l’homme qui sciait des planches tient un café. C’est une trajectoire ordinaire et elle ne se lit nulle part ailleurs que dans ces deux lignes de formulaire.

Un détail encore, pour qui compte les jours. Chacun de ces actes cite l’acte de naissance du marié. Édouard, que la table du village inscrivait au 24 avril 1862 sous le prénom d’Edmond, est né le 22, et s’appelle Édouard. Joseph, que la table portait au 6 mai 1860, est né le 5. La table ne se trompait pas : elle datait le jour où le père était venu déclarer l’enfant, pas celui où l’enfant était né. Personne ne l’avait jamais relu.

15 septembre 2026

La fille née un mois avant le mariage de ses parents

C’est une histoire qui se raconte toute seule, et elle est fausse.

Alexandre Warnant et Hortense Brostaux se marient à Lesve le 7 mars 1852. Lui a vingt-cinq ans et sert aux grenadiers — il a fallu l’autorisation de son colonel. Elle en a vingt-deux et ne sait pas écrire. Les publications de bans sont des 22 et 29 février.

En cherchant leurs enfants dans la table du village, une ligne saute aux yeux : Warnant, Hortense Victorine, 10 février 1852. Un mois avant les noces. Et l’enfant porte le prénom de la mariée.

Tout concordait. Ce n’est pas rare, et la famille en compte déjà un cas avéré : une aînée née sept ans avant le mariage de ses parents, portant d’abord le nom de sa mère, reconnue et légitimée le jour des noces. On tenait, semblait-il, le même récit.

L’acte a mis quatre minutes à le défaire. Fille de Nicolas Warnant, scieur de long, et de Maximilienne Biot, son épouse. Nicolas est le frère aîné d’Alexandre, il vit à Lesve, il exerce le même métier, et sa fille naît par hasard un mois avant le mariage de son oncle. Trois ans plus tard, le même couple fait déclarer un garçon dont la naissance tombait, elle aussi, dans une année où nous cherchions.

Deux frères, le même nom, le même métier, le même village, et des enfants qui naissent aux mêmes années. Rien, dans la table, ne permet de les départager : elle ne donne que le nom de l’enfant. C’est l’acte qui nomme les parents, et c’est pour cela qu’une table ne prouve rien.

Le vrai compte, lui, est venu d’ailleurs. Alexandre et Hortense se sont installés à Bois-de-Villers dans l’année qui a suivi leur mariage, et c’est là que naissent leurs six enfants, de 1853 à 1868 : Sidonie, Victor — notre ancêtre —, Camille, Joseph, Edmond et un second Alexandre. Les tables des deux villages, lues d’un bout à l’autre, n’en montrent pas un septième.

15 septembre 2026

Le septième enfant était à la ligne suivante, et chez le voisin

On croyait la fratrie close. Félix Joseph Beaupère et Séraphine Colart, mariés à Lesve en février 1855, avaient eu six enfants, tirés un à un du registre trois jours plus tôt, chacun avec son acte. Six, et la question paraissait réglée.

Restait une vérification de routine : la table décennale des naissances de la commune pour les années 1851 à 1861, pour s’assurer qu’aucun Beaupère ne s’y cachait en plus. Elle en portait huit. Trois étaient à nous, deux naissaient avant le mariage, un troisième trois mois après une sœur — impossible. Il en restait deux à trancher, et l’un des deux était sur la page suivante.

C’est celui-là. Beaupère — Henri Jh — acte 4 — 2 février 1858. La table range les noms par paquets, et le paquet des Beaupère débordait d’une ligne sur la page d’en face : sept entrées en bas de l’une, la huitième en haut de l’autre. Qui referme le registre au bas de la première page compte six enfants et s’en va content.

L’acte, lui, ne laisse aucun doute. Henri Joseph Beaupère, né à Lesve le jour d’hier à deux heures de l’après-midi, fils de Félix Joseph Beaupère, cultivateur, et de Séraphine Colard, ménagère. Le père est venu le déclarer avec le maréchal ferrant et le charron du village, et il a signé de sa main, comme il signait tout.

Douze jours plus tard, il revient. L’enfant est mort le 11 février à onze heures du soir. L’acte lui donne quatorze jours ; il en avait dix — un père qui enterre son quatrième enfant ne compte plus très bien. C’est la huitième déclaration de décès que cet homme signe en vingt-deux ans.

Onze mois après, le dernier jour de 1858, Séraphine met au monde une fille. Elle s’appelle Marie Élise, et c’est par elle que passe notre ligne. L’étroitesse de cet intervalle — onze mois — est précisément ce qui avait rendu la fenêtre invisible : on ne cherche pas un enfant entre deux naissances aussi rapprochées.

Il reste à dire comment nous l’avons trouvé, parce que c’est la partie instructive. Il existe une méthode, elle est écrite, et elle commence par : regarder d’abord ce que les autres généalogistes ont mis en ligne sur ce couple. Nous ne l’avons pas fait, et nous sommes allés droit aux registres.

Quand nous sommes retournés voir, après coup, trois arbres tenus par d’autres portaient l’enfant depuis longtemps, avec son prénom et ses deux dates. L’un d’eux cite même le numéro du microfilm où nous venions de peiner. Ces gens-là travaillent la même famille, ils avaient lu la même page, et ils l’avaient lue mieux.

Cela n’enlève rien aux deux actes : un arbre en ligne est une indication, l’acte seul prouve, et personne avant nous n’avait publié ces deux images ni transcrit ce que le père a signé. Mais la leçon vaut d’être écrite ici plutôt que tue. Un registre ne ment pas ; il ne dit rien non plus à qui ignore quelle page ouvrir — et c’est souvent quelqu’un d’autre qui le sait déjà.

Deux lignes dans les tables du village, un père qui signe deux fois, et un détour qu’on aurait pu s’épargner.

15 septembre 2026

Le fils qu’on a trouvé en lisant la mort du père

On avait l’acte de décès de Judocus Walravens depuis des jours, rangé dans son dossier avec sa cote, et on ne l’avait jamais transcrit. En le faisant enfin, ligne à ligne, une phrase de formulaire a livré ce qu’aucune recherche n’avait donné.

Il meurt à Ossel, hameau de Linthout, en mars 1837, à septante et un ans, dans sa maison, à une heure de la nuit. Sa femme était morte avant lui. Le matin même, à neuf heures, deux hommes vont le déclarer : un meunier de vingt-quatre ans qui se dit une connaissance du défunt, et un cultivateur de trente-huit ans que l’officier désigne d’un mot — zoone van den overleden, fils du défunt.

Ce fils s’appelle Cornelus, il a trente-huit ans, il cultive la terre à Ossel comme son père. Nous ne connaissions de Judocus qu’un seul enfant, celui dont nous descendons. En voici un second, plus âgé de quelques années, et c’est en venant déclarer la mort de son père qu’il nous apprend son existence.

Il ne sait pas signer. L’officier le note comme il l’avait noté dix ans plus tôt, au mariage du frère, où cinq comparants sur six avaient déclaré ne pas savoir écrire. Dans cette famille-là, on ne laisse de trace que dans ce que d’autres écrivent pour vous — et cette trace-ci aura mis cent quatre-vingt-neuf ans à être lue.

15 septembre 2026

Elle signe Vrijders, son père signe Vryders

Au bas de l’acte de mariage du 14 août 1901, à Merchtem, tout le monde signe — ce qui n’allait pas de soi dans ce village-là. La mariée écrit M. Vrijders. Son père écrit J. L. Vryders. Le même nom, dans la même famille, au bas du même acte : l’i-j de la fille, l’y du père.

Ce n’est pas une erreur de greffe, c’est la vie ordinaire des patronymes flamands. Mais c’est un avertissement pour qui cherche : les Vryders s’écrivent aussi Vrijders, et une table dépouillée à l’y seul en laisse passer.

Un autre nom a retrouvé son porteur le même jour. Deux hommes de cette ascendance, nés à quarante-trois ans d’écart, s’appelaient Joannes Franciscus à l’état civil et Jan Frans dans la vie de tous les jours. Pour l’aîné, c’est ce nom-là qui l’a rendu : la table des décès de 1899 ne le connaît pas autrement, et cherché sous ses prénoms de baptême il serait resté introuvable.

Chacun des deux le porte maintenant sur sa page, avec les autres formes de son nom. Une orthographe n’est pas une faute à corriger : c’est une trace, et elle sert à chercher.

14 septembre 2026

Deux arrière-arrière-grands-pères dans la même page

L’année 1899 avait été choisie pour une raison précise : un ancêtre y était attendu, et un autre avait disparu des registres depuis dix-huit ans. La table des décès de Merchtem, cette année-là, les a rendus tous les deux — deux lignes sur la même page.

Le premier est Jean François Thomas, mort chez lui le 19 janvier 1899, à septante-huit ans. Il avait perdu sa femme trente ans plus tôt et ne s’était jamais remarié. Encore fallait-il le trouver : le registre ne le nomme pas Joannes Franciscus, comme son acte de naissance, mais Jan Frans, son nom de tous les jours. C’est sous cette forme-là, et sous aucune autre, qu’il figure dans la table. Cherché à son nom d’état civil, il serait resté introuvable.

Et c’est là que l’acte devient autre chose qu’une date. Celui qui vient le déclarer, ce matin de janvier, est son gendre : Judocus Ludovicus Vryders, quarante-quatre ans, cultivateur — notre propre ancêtre, celui dont nous venions de reconstituer les huit enfants. Il signe l’acte de sa main. Le lien entre ces deux hommes, nous le tenions jusqu’ici d’un acte de mariage de 1901 ; le voilà écrit par l’état civil deux ans plus tôt, en un seul mot : schoonzoon.

Le second est Jean Baptiste Vrijders, mort le 23 octobre de la même année, à septante-six ans. Son acte réserve une petite surprise : il ne meurt pas chez lui. Veuf depuis cinq ans, il s’était installé chez un gendre, à l’autre bout du village, et c’est là qu’il s’éteint, un soir d’octobre, à cinq heures.

Ce gendre-là pose d’ailleurs une question que nous n’avions pas vue venir. Celui qui avait déclaré la mort de sa femme, cinq ans plus tôt, portait exactement le même nom — mais il avait alors soixante-deux ans, quand celui-ci en a trente-sept. Ce ne peut pas être le même homme. Deux gendres du même nom, donc deux filles mariées dans la même famille : toute une branche que nous ignorions s’ouvre sur ce simple mot, répété à cinq ans d’intervalle.

Les deux actes disent enfin la même chose sur les générations d’avant : chacun nomme les parents du défunt, tous morts. Ce que le mariage de 1851 avait livré pour l’un, l’acte de 1899 le confirme — et c’est ainsi qu’un arbre tient : non par une source, mais par deux qui se répondent à un demi-siècle de distance.

14 septembre 2026

La table des décès la nommait sous le nom de son mari

Maria Catharina De Proft, née à Merchtem en 1826, nous était connue par son mariage et par ses enfants. Rien après 1855. Les arbres en ligne la disaient morte en 1894, sans plus.

Le registre de Merchtem se clôt chaque année par une table alphabétique, et celle des décès a une particularité : les femmes mariées y sont rangées sous deux noms accolés, le leur et celui de leur époux. C’est ainsi qu’elle apparaît — non pas à De Proft, où nous la cherchions, mais à Vryders - De Proft, suivie du prénom de son mari. Une ligne, un numéro d’acte, et la voilà retrouvée.

Elle meurt le 29 mai 1894, à six heures du soir, chez elle, à la Breedstraeten. Elle avait soixante-sept ans. La déclaration est faite le lendemain par son gendre et par un voisin, tous deux cultivateurs comme elle.

L’acte dit trois choses que nous n’avions pas. Son mari lui survit — il est là, cultivateur, septante et un ans : il faudra chercher sa mort ailleurs. Ses propres parents sont nommés, l’un et l’autre déjà morts, ce qui confirme la génération d’avant. Et le déclarant est son gendre : une de ses filles avait donc épousé un Van Ransbeeck, ce que nous ignorions — toute une branche s’ouvre par ce seul mot.

14 septembre 2026

Huit enfants, des noces d’avril, et une nièce prise pour une fille

De Judocus Ludovicus Vryders et de Francisca Ludovica Thomas, cultivateurs à Merchtem, nous ne connaissions que deux filles : Maria Catharina, née en juin 1882, et Anna Florentina, née treize mois après elle, dans la même maison de la Bredestraeten. C’était tout — et c’était peu pour un ménage de cette époque.

Seize arbres en ligne touchent ce couple. Presque tous n’en portent qu’un enfant, celui dont leur auteur descend. Deux font exception et donnent la famille entière ; surtout, ces deux-là ne se recopient pas, puisqu’ils se contredisent sur des détails. Ils s’accordent pourtant sur sept enfants, et le second en ajoute un huitième que personne d’autre ne nomme : un garçon né en 1895, mort l’année suivante. C’est précisément le genre d’enfant qu’un arbre oublie et qu’un registre garde.

Huit enfants, donc, dont deux seulement nous étaient acquis par leur acte. Restait à vérifier les six autres. Chaque année du registre de Merchtem se clôt par une table alphabétique : une page à lire, et elle dit si un Vryders est né cette année-là. Nous les avons lues l’une après l’autre, de 1885 à 1896.

Les six manquants sont tous là. Laurentius en février 1885, Joanna Josephina en octobre 1886, Theresia Seraphina en janvier 1890, Petrus Augustus en août 1891, Maria Victorina en décembre 1893, Joseph Corneille en août 1895. Huit enfants en treize ans, tous nés dans la même rue, et aucun neuvième : les années creuses ont été lues jusqu’au bout, et elles sont vides.

Vides, mais pas silencieuses — et c’est là que l’affaire devient instructive. Dans le trou de quatre ans qui nous inquiétait, entre 1886 et 1890, deux petits Vryders naissent bel et bien à Merchtem. Ils ne sont pas de notre couple : leur père est le frère cadet, qui s’est marié de son côté et habite à l’autre bout du village. L’un de ces enfants s’appelle Sylva. Or c’est précisément une « Sylvia » que l’arbre en ligne le plus détaillé donnait à notre ménage pour l’année 1890 — en lui prêtant, par-dessus le marché, les dates d’une autre. L’arbre avait pris la nièce pour la fille.

C’est tout l’intérêt d’ouvrir le registre : il ne se contente pas de confirmer, il explique l’erreur qu’on allait recopier. Dans ce village et ces années-là, « Vryders » ne désigne pas une famille mais trois ménages à la fois — les deux frères, et leur sœur, dont l’enfant née hors mariage est inscrite en 1890 puis reconnue dix-huit ans plus tard.

Restait à dater leur mariage. Les arbres le mettaient en avril 1881, sans s’entendre sur le jour : le vingt pour l’un, le vingt-sept pour quatre autres. Le registre de Merchtem s’ouvre à la fin de l’année sur une table alphabétique des mariages ; une seule ligne à y lire, et elle donnait le numéro de l’acte. Le 27 avril 1881, à dix heures du matin, le septième mariage de l’année. Le vingt était faux.

L’acte donne bien davantage que sa date. Les deux mariés sont nés dans le village et y sont restés. Trois de leurs parents sont présents et consentent ; le quatrième manque, et l’acte dit pourquoi : la mère de la mariée est morte à Merchtem le 10 janvier 1869, une date que nous n’avions nulle part. Trois jours avant les noces, les fiancés étaient passés chez le notaire de Wolvertem pour leur contrat. Quatre témoins signent — deux charrons, le garde champêtre, un cultivateur —, et le greffier prend soin de noter qu’aucun n’est de la famille.

Un dernier détail, qui en dit long sur une génération : le marié signe, la mariée signe, leurs deux pères signent. Une seule personne déclare ne pas savoir écrire, et c’est la mère du marié.

14 septembre 2026

Il ne s’appelait pas Egidius, et son mariage était à la septième paroisse

Le plus ancien Heyvaert que nous connaissions n’a longtemps existé que par une ligne — et cette ligne était fausse.

Elle vient de l’extrait de décès de son fils, mort à Merchtem en 1831. Pour désigner le défunt, le greffier remonte d’une génération et nomme le père : Egidius. C’était tout ce qu’on avait de lui. Pas une date, pas un lieu, pas un acte à son nom.

Retrouver son mariage voulait dire ouvrir les registres du canton, paroisse par paroisse. On a commencé par la sienne, Meuzegem, où ses enfants sont baptisés : rien. Puis Wolvertem, dont Meuzegem dépend — rien non plus, et un trou de sept mois exactement là où l’acte aurait dû tomber. De quoi croire un moment qu’une page manquait. Vérification faite, le bas de la feuille est resté blanc et la numérotation ne saute rien : c’est un silence, pas une lacune. Puis Rossem, Imde, Mollem, les trois autres paroisses du même village. Puis Opwijk, où il était né. Six paroisses, six fois rien.

La septième a répondu au premier coup.

Le 17 janvier 1764, à Brussegem, les trois bans publiés, Andreas Heyvaert, de Meuzegem, épouse Anna Maria Sergonne, de Wolvertem. Deux hommes assistent : Egidius Sergonne, du côté de la mariée, et un homme de son propre nom, sans doute un frère.

Pourquoi Brussegem ? Parce qu’on se marie chez l’épouse — la règle est vieille comme les registres, et nous l’avions suivie. Mais nous cherchions le village où elle était née. Le prêtre qui les unit écrit de lui-même qu’il est le curé propre de l’épouse : elle était donc de sa paroisse à lui. Née dans un village, paroissienne d’un autre. Six registres avaient été ouverts sur la mauvaise moitié de la règle.

Reste le prénom, et il se règle tout seul. Trois actes écrits de son vivant l’appellent Andreas : son mariage, le baptême de son fils cinq ans plus tard, sa propre sépulture en 1783. Un seul le dit Egidius, et c’est une copie faite quarante-huit ans après sa mort. L’explication est assise à sa table de noces. Egidius Sergonne, le témoin de la mariée, tiendra leur fils sur les fonts en 1769 et lui donnera son prénom : l’enfant sera baptisé Josephus Egidius. En 1831, le greffier a sous les yeux un mort nommé Josephus Egidius — il écrit Egidius pour le père. Le prénom venait du parrain, pas de l’aïeul.

Le mariage daté, un baptême qu’on n’osait pas rattacher a trouvé sa place. Celui d’un Josephus Egidius, né à Meuzegem le 14 avril 1769, fils d’Andreas et d’Anna Maria : c’est bien lui. Au mariage de son propre fils, en mai 1827, il se déclarait âgé de cinquante-sept ans. L’âge tombe juste, au jour près.

Il meurt à Meuzegem le 20 juillet 1783, vers sept heures du soir, et le curé l’enterre le surlendemain sans écrire ni son âge ni le nom de ses parents. D’où il venait, on ne le sait que par un détour : quand un de ses fils se marie en 1800, l’acte note que le père était né à Opwijk. C’est la porte suivante.

14 septembre 2026

Une enfant retrouvée à la dernière ligne d’une page

Didier lisait l’histoire de Joseph Félix Defleur, le dernier-né du ménage, et il a relevé une contradiction : le texte en faisait le sixième enfant, l’arbre n’en montrait que cinq.

Les deux venaient de nous. Le sixième était une Aline Léa Ghislaine, née le 18 février 1911 selon un arbre généalogique en ligne qui ne cite aucune source. La veille, nous avions cherché son acte : la table décennale des naissances de Lesve pour 1911-1920 ne portait, à la lettre D, que deux Defleur — ses deux frères cadets. Faute de mieux, nous l’avions laissée en attente, et elle n’était donc pas dans l’arbre.

Il aurait été facile d’en rester là et de corriger le texte. Didier a demandé qu’on vérifie.

L’acte était à la quatrième vue du registre de 1911. « Du vingtième jour du mois de février mil neuf cent et onze, à quatorze heures. Acte de naissance d’Aline Léa Ghislaine Defleur, née à Lesve le dix-huit courant à vingt-deux heures, fille de Sébastien Joseph Defleur, âgé de trente-huit ans, profession d’ouvrier brasseur. » Le père avait eu trente-huit ans deux jours avant la naissance de sa fille. Il déclare, et il signe, comme aux cinq autres.

Restait à comprendre pourquoi la table nous l’avait cachée. Elle ne nous l’avait pas cachée du tout : Aline y est, au numéro 40, à la dernière ligne d’une page. Ses deux frères, 41 et 42, ouvrent la page suivante — celle que nous avions lue. Nous avions commencé une ligne trop tard.

Le ménage de Sébastien Joseph Defleur et de Pélagie Jadot a donc bien eu six enfants entre 1900 et 1913, et les six ont aujourd’hui leur acte. Le deuxième prénom d’Aline, Léa, est celui de son aînée, qui avait dix ans à sa naissance — et qui est l’arrière-grand-mère de Didier. De sa vie après 1911, on ne sait rien.

13 septembre 2026

Marie Élise Beaupère est vivante en 1920, et elle vient le dire elle-même

On cherchait le mariage de Célestin Warnant et de Léa Defleur, les grands-parents de Didier. Il n’est ni dans les tables de Lesve ni dans celles de Bois-de-Villers : les deux communes ont été lues lettre par lettre pour la décennie 1911-1920, et le nom Defleur n’y paraît pas une seule fois. La raison est venue ensuite, et elle est simple : ils se sont mariés à Lesve le 4 août 1923, trois ans après la dernière année consultable. Leur fille aînée naîtra treize mois plus tard, le 16 septembre 1924 — la date se tient.

En revanche, la table de Bois-de-Villers portait deux mariages Warnant, et à cette date les seuls Warnant du village sont les enfants de Victor et de Marie Élise. On a lu celui de 1920.

C’est celui d’Angèle, la sœur aînée de Célestin — celle dont il reprendra le prénom pour sa propre fille neuf ans plus tard. Elle épouse le 14 juillet 1920, à sept heures, Armand Borbouse, un cultivateur de Lesve né à Saint-Gérard, de son âge et déjà veuf : sa première femme, elle aussi une Warnant, venait de mourir. Un certificat du bourgmestre de Lesve, joint au dossier, le dit indigent. Il n’y a pas de contrat de mariage ; il n’y avait rien à partager.

Mais c’est une autre ligne de l’acte qui compte. Le père d’Angèle est mort en mai 1918, et il faut donc le consentement de la mère. Le bourgmestre énumère les pièces qu’il a lues, et la septième est celle-ci : « du consentement au présent mariage donné par Beaupère Marie-Élise, avec attestation du décès de son époux Warnant Victor-Joseph, pardevant moi officier de l’état civil ». Elle est venue à la maison communale, à soixante-et-un ans, consentir au mariage de sa fille et attester elle-même que son mari était mort.

On la croyait perdue après le 8 mai 1918, jour où un de ses fils, en déclarant la mort du père, l’avait dite vivante sans plus. Elle l’est encore vingt-six mois plus tard, et cette fois l’acte dit où : ménagère, domiciliée à Bois-de-Villers. On supposait qu’elle avait suivi un de ses enfants dans une autre commune, et qu’il faudrait la chercher au hasard des villages. Elle n’avait pas bougé.

13 septembre 2026

Les frères et sœurs de Pélagie Jadot : quatre enfants, une cabaretière, un secret déclaré

Après la fratrie de Léa, celle de sa mère. Les tables de Lesve donnent une dizaine de Jadot nés entre 1870 et 1890 ; il a fallu lire chaque acte pour savoir qui était à qui, car quatre ménages Jadot faisaient des enfants en même temps dans le village. Ceux de Julien Jadot et de Béatrix Misson sont quatre : Clotilde en 1870, Alix en 1871, Pélagie en 1874, et Armand en 1886, douze ans après, quand la mère avait quarante-cinq ans.

Les actes disent le père journalier, puis aoûteron, puis garde champêtre dès 1886, cinq ans plus tôt qu’on ne le savait. Et celui d’Armand donne à la mère un métier qu’aucun autre acte ne lui donne : cabaretière. Chez le garde champêtre, on tenait un cabaret.

Une autre chose est sortie des registres. En avril 1888, Alix, seize ans, met au monde un fils de père inconnu. C’est son père qui vient le déclarer, comme « père de la mère de l’enfant », et l’enfant reçoit son prénom, Julien. Un an plus tard, il vient déclarer sa mort, comme aïeul maternel. Il signe les deux fois. Les tables l’avaient rangé sous « Jadot Julien », et on aurait pu prendre ce petit mort pour le grand-père.

13 septembre 2026

Béatrix Misson en mars 1917, sa fille Pélagie en janvier 1918

Les deux actes que la table des décès de Lesve venait de désigner sont lus. Béatrix Misson, la grand-mère de Léa, meurt à Lesve le 27 mars 1917, à onze heures du soir, à septante-six ans, son mari toujours vivant. C’est un fils qu’on ne connaissait pas, Armand, cultivateur de trente ans, qui vient la déclarer et qui signe ; le prénom qu’un neveu avait reçu en 1909, Adelin Armand, trouve là son origine.

Dix mois plus tard, le 12 janvier 1918, à cinq heures du matin, sa fille Pélagie Jadot meurt à son tour, à quarante-trois ans. Son mari, ouvrier agricole, déclare et signe. L’acte dit le père de la défunte vivant, toujours garde champêtre du village à septante-trois ans, dans la dernière année de l’occupation. Six enfants restent, de quatre à dix-sept ans.

Un arbre en ligne donnait le 12 janvier, la table de Lesve le 15 : l’un datait la mort, l’autre l’acte, et les deux avaient raison. Une fausse piste est tombée au passage : le « Jean Joseph Jadot » mort en septembre 1917, qu’on pouvait prendre pour Julien, est le fils d’un autre scieur de long, d’une troisième souche Jadot du village.

13 septembre 2026

Les frères et sœurs de Léa Defleur, et un brasseur dans la famille

On a cherché la fratrie de Léa Defleur, l’arrière-grand-mère née à Lesve en 1900. La méthode est celle des dates : d’abord les arbres en ligne, qui donnent six enfants au ménage Defleur × Jadot ; puis les tables décennales de Lesve, naissances et décès, de 1901 à 1920 ; puis les actes.

Quatre cadets sont maintenant prouvés par leur acte : Marie Joséphine en 1906, Adelin en septembre 1909, Gustave en mars 1912 et Joseph Félix en août 1913. Une table avait fait naître Adelin en décembre ; c’était une abréviation mal lue, et l’acte dit septembre. La sixième enfant que donne un arbre, une Aline née en 1911, n’est pas dans la table de Lesve : on la laisse en attente. Aucun Defleur ne figure aux décès de 1901 à 1920, aucun de ces enfants n’est mort au berceau.

Les quatre actes se ressemblent, et c’est ce qui les rend précieux : le père déclare et signe chaque fois, les âges des parents tombent juste, le ménage ne bouge pas de Lesve en quatorze ans. Seul le métier du père change. Journalier à son mariage, ouvrier agricole en 1906, il est ouvrier brasseur en 1909 et en 1912, puis ouvrier agricole de nouveau en 1913. On ne lui connaissait pas la brasserie.

Les prénoms disent qui entourait la famille. Gustave porte celui du bourgmestre qui dresse l’acte, selon toute vraisemblance l’oncle de la mère. Joseph Félix porte ceux de son premier témoin, un menuisier nommé Bodson, dont la famille est celle d’une fille de Félix Beaupère. Sept ans plus tard, Léa épousera un petit-fils de ce Félix : les deux familles se tenaient déjà au berceau l’une de l’autre.

En passant, la table des décès a livré deux dates qu’on croyait hors d’atteinte : la mère de Léa, Pélagie Jadot, morte en janvier 1918, et la grand-mère, Béatrix Misson, morte en mars 1917. Les deux actes sont en ligne ; ils restent à ouvrir.

13 septembre 2026

Pierre Misson a suivi sa femme de six mois, et sa mère était morte à Annevoie

L’acte est enfin lu. Pierre Misson meurt à Lesve le 8 février 1892, à une heure du soir, six mois après Béatrix Sohy. L’acte le dit ouvrier agricole, là où tous les autres l’appelaient aoûteron, et lui donne quatre-vingts ans quand il en avait septante-neuf. Deux de ses fils déclarent, Joseph le cultivateur et Éloy le journalier, et tous deux signent, ce que leur père n’a jamais su faire. Comme pour leur mère, le bourgmestre tient la plume à la place de l’échevin, qui est leur frère ; cette fois il ne l’écrit pas, et il oublie même le nom de la commune.

La table des décès disait le 10, les arbres disaient le 8. Les deux avaient raison : la table date l’acte, l’arbre le décès.

L’acte apporte ce qu’on ne demandait pas. Les parents du défunt sont morts avant lui, et pas au même endroit : le père « domicilié en dernier lieu à Besinne », son hameau, la mère « à Annevoie », de l’autre côté de la Meuse. Personne n’avait jamais cherché cette femme à Annevoie. Et son nom s’y écrit « Hanot » ; on croyait à une faute d’index, c’est la plume du greffier de 1892.

Enfin, la page portait un autre acte, deux semaines plus tard : Henri Borbouse, journalier, soixante-deux ans, « époux de Catherine Beaupière ». C’est le mari de la sœur de Félix Beaupère, que deux gendres viennent déclarer. On lit une page entière, désormais, avant de la ranger.

13 septembre 2026

Béatrix Sohy est morte le 5 août 1891, et son acte était déjà sur le disque

On cherchait les décès de Pierre Joseph Misson et de Béatrix Sohy, les parents de Béatrix Misson, à Lesve. Les arbres en ligne donnaient deux dates : le 5 août 1891 pour elle, le 8 février 1892 pour lui. Sept arbres pour la même date, mais un seul compte : tous recopient le même.

La table décennale des décès de Lesve confirme l’année et donne le numéro d’acte. Et là, une surprise. L’image qui porte cet acte avait été téléchargée le 31 août, pour un autre défunt de la même page, le sacristain Constant Beaupère. Personne n’avait lu les trois autres actes de la page. Béatrix Sohy y attendait depuis treize jours, au-dessus du sacristain.

L’acte dit qu’elle est morte le 5 août 1891 à huit heures du matin, à quatre-vingts ans, encore « épouse de Pierre Misson » : lui vivait toujours. Ses parents, Antoine Sohy et Marie Joseph Legros, étaient morts avant elle, à Lesve. Deux hommes de la famille déclarent : son fils Éloy, journalier, et son gendre Julien Jadot, qui est déjà garde champêtre du village.

Et une phrase que le formulaire ne prévoyait pas. À Lesve, en 1891, c’est l’échevin délégué qui dresse les actes, et il signe Gustave Misson : c’est son fils, le futur bourgmestre. Pour sa mère, il ne peut pas être l’officier. Le bourgmestre Nicolas Culot prend la plume et l’écrit lui-même, « l’échevin délégué étant intéressé ».

Pour Pierre Joseph Misson, la table, l’index et les arbres concordent : l’acte est du 10 février 1892, le décès sans doute du 8. Le film est identifié ; il reste à l’ouvrir.

13 septembre 2026

C’est elle qui était du village, pas lui

On cherchait le mariage des parents de Jacques Collard. On ne l’a pas trouvé — mais l’acte de décès de la mariée, retrouvé à Falmagne, retourne la question.

Marie Joseph Blocy est morte le 15 septembre 1835 à Falmagne, à deux heures de l’après-midi, âgée de soixante-cinq ans. Et l’acte dit qu’elle était née à Mahoux — c’est-à-dire au village même de Mesnil-Saint-Blaise, où naîtront tous ses enfants.

On avait supposé l’inverse : un laboureur du pays qui épouse une femme venue d’ailleurs. C’est lui l’étranger. Elle est chez elle, et le ménage s’installe chez elle. La question change de sens : il ne s’agit plus de savoir d’où elle vient, mais d’où il vient, lui.

Le mariage, du coup, reste introuvable. Il n’est ni à Mesnil-Saint-Blaise — deux tables décennales, vingt et un ans, pas un seul Collard — ni à Falmagne, où les deux tables sont tout aussi muettes. Il est donc antérieur à 1803 et ailleurs, probablement du côté du marié.

Un détail de l’acte vaut d’être gardé. Le déclarant s’appelle Jean Baptiste Collard, comme le mari de la défunte, et l’on aurait pu croire que c’était lui. Ce n’est pas lui : l’homme a trente-deux ans, il se dit fils de la défunte, et il ne sait pas écrire — alors que le père, lui, signait son nom en 1808. Un fils portant le prénom de son père, dans un village où tout le monde s’appelle Joseph : il faut compter les âges avant de conclure.

13 septembre 2026

Le registre n’avait rien perdu : on lisait une copie trouée

Hier, on concluait que l’acte de naissance de Jacques Collard avait disparu. Le registre de 1808 de son village avait été lu en entier : trois naissances, et pas la sienne. C’était une erreur, et elle valait la peine d’être commise, parce qu’elle en apprend plus que la trouvaille.

Ce village fait une vingtaine d’actes par an. Trois naissances en 1808, c’était le premier signe qu’on ne lisait pas le bon cahier — et il a fallu deux jours pour le voir.

Le vrai registre était sous nos yeux : un bloc de cent quarante-sept vues que le catalogue date de « 1813 à 1813 ». Cent quarante-sept vues pour une seule année : c’est cette invraisemblance qui a fini par mettre sur la voie. Le bloc couvre en réalité seize ans, et il s’ouvre sur ses tables annuelles. Celle de 1808 porte quatorze naissances. La sixième est la bonne.

Quant à l’autre cahier, celui qu’on avait lu, c’est bien le même village : une seconde copie, gravement incomplète. On avait cru un moment qu’il s’agissait d’une commune voisine, parce qu’il porte en tête « Mairie de Mahoux » et qu’aucune des trois familles qu’il nomme n’apparaît dans la table. C’est la table de 1810 qui a tranché : elle est intitulée « Mesnil Saint-Blaise = Mahoux », de la main du greffier, et elle porte justement ces familles-là. Deux listes qui ne se recoupent pas ne prouvent pas deux villages ; elles peuvent prouver une copie à trous.

Jacques Joseph Collard est né le 13 avril 1808, à huit heures du matin. Son père est venu le déclarer douze jours plus tard, quand la loi en donnait trois.

13 septembre 2026

Le laboureur savait écrire, et personne ne l’avait cru

Au bas de l’acte de naissance de 1808, Jean Baptiste Collard signe son nom. D’une main posée, sans hésitation, comme un homme qui a l’habitude.

Trente-deux ans plus tard, au mariage de ce même fils, l’officier de l’état civil note que le père « a déclaré ne savoir signer parce qu’il a mal aux yeux ». On avait lu cette phrase et on l’avait classée avec les autres : dans cette parenté, presque personne ne signe, et l’on suppose l’illettrisme partout. La formule paraissait une politesse de greffier, une manière élégante de dire qu’il ne savait pas écrire.

Elle disait exactement ce qu’elle disait. L’homme savait écrire. C’est la vue qui lui avait manqué, entre ses trente ans et ses soixante.

Le détail change le portrait d’une famille. Dans ce ménage, le père signait ; le fils, lui, ne signera jamais — ni à son mariage, ni à la naissance de ses enfants, ni au mariage de sa fille. L’instruction avait reculé d’une génération à l’autre.

12 septembre 2026

Trois actes en un après-midi, et la République qui compte les mois

Nicolas Joseph Jadot et Cécile Julienne Borbouse sont nés dans le même village, à dix mois d’intervalle, et on ne savait d’eux que l’année, tirée de l’âge porté sur leurs actes de décès. On tient maintenant les trois actes : les deux naissances et le mariage.

Le chemin a commencé par le milieu. Une table décennale de mariage, une seule page, donne « Jados, Nicolas Joseph — Borbouse, Julienne Cécile — 9 janvier 1820 ». L’acte était à la vue suivante de celle qu’on avait estimée. Et cet acte-là porte les deux dates de naissance, écrites comme on les écrivait alors : neuf ventôse an six, vingt- sept frimaire an sept. Il n’a plus fallu que tourner les pages du bon registre. Cela fait le 27 février 1798 pour lui, à deux heures du matin, et le 17 décembre 1798 pour elle, à quatre heures.

Une précaution en sort. L’acte de mariage donnait les deux naissances à sept heures du matin ; les registres disent deux et quatre. Un acte de mariage recopie fidèlement une date, il invente l’heure.

Le reste est une affaire de mains. Les deux pères étaient morts avant le mariage : ce sont donc les deux mères qui consentent, et ni l’une ni l’autre ne sait signer. L’épouse non plus. Or son père, lui, signait — on a sa signature au bas de son acte de naissance à elle, avec celle d’un garçon de quinze ans qui devait être son frère. Et le père du marié signait aussi, en 1798. Chez les Jadot comme chez les Borbouse, à cette génération, l’écriture s’arrêtait aux hommes.

L’acte de naissance donne enfin l’âge des grands-parents, que rien ne disait : le père quarante-six ans, la mère quarante et un, en décembre 1798. Et il resserre la mort du grand-père Jadot de quarante-six années : on la savait « avant 1866 », on la sait maintenant avant le 9 janvier 1820.

12 septembre 2026

Il cherchait son mort dans la mauvaise commune

Jean Baptiste Collard est mort à Falmagne le 14 avril 1847, à six heures du soir, âgé de quatre-vingt-trois ans. Il aura fallu fouiller quatre décennies d’un village voisin pour finir par le trouver là où, depuis le début, tout disait qu’il vivait.

La faute vient d’une phrase. L’acte de décès de son fils, en 1884, le dit « domicilié en dernier lieu à Mesnil-Saint-Blaise ». On l’a cru et on a cherché là : la table de 1833-1842, celle de 1843-1851, celle de 1861-1871, puis, faute de table pour la décennie manquante, les dix listes annuelles de 1851 à 1860, année par année. Pas un Collard.

C’est la même phrase qui a fini par se dénoncer. Elle donne le même village pour la mère — or la mère est morte à Falmagne, douze ans plus tôt, et son acte le dit. Le déclarant de 1884, un beau-frère, avait recopié le berceau du défunt dans les deux cases des parents. Une case remplie de mémoire par un tiers quarante ans après les faits ne vaut pas un domicile attesté.

À Falmagne, la table décennale rend le nom en une lecture. Et l’acte donne enfin ce qu’on cherchait depuis quinze jours : il était né à Wiesme. Il n’était pas du village de sa femme, il y était venu.

Reste une phrase que le bourgmestre a écrite à la place d’un nom. À la case du père du défunt, il n’inscrit pas un patronyme mais un constat : le nom est inconnu à tous ses enfants et autres parents. Même chose pour la mère. Cet homme-là savait pourtant écrire — il avait signé, de sa main, l’acte de naissance de son fils en 1808, et il est le seul de cette lignée à l’avoir fait. Il savait écrire, et ses enfants ne savaient pas de qui il était le fils.

12 septembre 2026

Jacques Collard est mort veuf, après trente-trois ans de veuvage

On le perdait de vue en novembre 1869, le jour où il consentait au mariage de sa fille. Il est mort à Sommière le 6 février 1884, à six heures du matin, âgé de septante-six ans, toujours journalier. Sa femme était morte en 1851 : il aura vécu veuf plus longtemps qu’il n’aura été marié.

Il a été trouvé par un détour. Cherché par son nom et sa date de naissance, il ne sortait pas des index — ils ne portaient ni son berceau ni sa commune. Interrogés par ses deux parents, en revanche, ils rendent deux fiches en tout : la sienne, et celle d’une sœur qu’on ne connaissait pas, Thérèse, morte à Falmagne en 1900.

L’acte redit son village d’origine, Mesnil-Saint-Blaise, quarante-quatre ans après son mariage. Il dit aussi son père mort, et « domicilié en dernier lieu » là-bas — alors qu’en 1840 ce père vivait à Falmagne. Le vieux laboureur était donc rentré au pays.

12 septembre 2026

Une journée à chercher un acte dans le mauvais village

Corrigé le lendemain : voir l’entrée du 13 septembre. On avait conclu ici que l’acte de naissance de Jacques Collard était perdu. Il ne l’était pas ; c’est le registre qu’on avait ouvert qui n’était pas le sien.

Le raisonnement se tenait pourtant. Son acte a existé — on en a fait la lecture à son mariage en 1840, et le greffier en a noté la date. Deux actes, à quarante-quatre ans d’écart, le disent né à Mesnil-Saint-Blaise. Le registre de 1808 portant ce nom a été lu d’un bout à l’autre : trois naissances, et pas la sienne.

Ce qui manquait, c’était de se demander pourquoi un village de douze naissances par an n’en déclarait que trois cette année-là.

12 septembre 2026

Rosalie Durant est morte neuf jours avant ses quatre-vingt-sept ans

On la perdait de vue depuis 1842. Son mari, Gaspard Defleur, est mort en septembre 1889, et son acte de décès à lui la dit « épouse de », pas veuve : elle lui survivait. Après quoi, plus rien.

Elle est morte à Sommière, le 11 juillet 1901, à dix heures du matin, dans le village où elle était née quatre-vingt-six ans plus tôt. Elle n’en avait jamais bougé. L’acte ne se trompe sur rien — ni l’âge, ni le berceau, ni le nom de ses parents, qu’il dit l’un et l’autre morts. C’est plus rare qu’il n’y paraît : quatre actes de décès de cette même parenté donnent un faux lieu de naissance, parce que le déclarant a récité un domicile au lieu d’un berceau.

Le déclarant, justement. C’est son fils Ferdinand, quarante-neuf ans, berger comme l’était son père. On ne connaissait de ce ménage qu’un fils, Hadelin, né en 1842 ; en voici un second, né vers 1852, et attesté cette fois par un acte.

Et puis il y a la dernière ligne. Ferdinand signe — Ferdinand Defleur, d’une main posée, sans hésitation. Le jour de leur mariage, en 1840, ni Gaspard ni Rosalie n’avaient su écrire leur nom ; ils avaient dû faire signer quatre témoins à leur place, dont deux ne savaient pas écrire non plus. Une génération a suffi.

12 septembre 2026

Le berger de Fosses n’avait vraiment pas d’acte de naissance

Quand Gaspard Defleur se marie, en décembre 1840, il ne peut pas produire son acte de naissance. Il apporte à la place un acte de notoriété : sept personnes qui jurent devant le juge de paix se souvenir qu’il est né à Fosses le 5 mars 1804. C’est ainsi qu’on faisait quand un papier manquait — et on suppose d’ordinaire que le papier existait quelque part, mal classé.

Les registres de Fosses ont été ouverts. Ils ne portent rien.

La table des naissances de la commune, dressée en 1817 pour toute la décennie, passe d’une naissance du 28 février 1804 à la suivante, 26 mars. Le registre lui-même, qui n’est pas une copie et ne peut donc pas avoir oublié, fait pareil : 28 février, puis 12 mars. Le 5 mars n’existe pas. Sur ces onze années, la lettre D ne porte que deux enfants du nom, frère et sœur, nés d’un couple marié qui n’est pas le sien.

On pourrait croire que la naissance hors mariage explique ce silence. Elle ne l’explique pas : sur la page même où l’on a vérifié, un autre enfant est inscrit comme « fils naturel » de sa mère, qui vient le déclarer seule. Fosses enregistrait ces naissances-là comme les autres.

Il reste donc deux possibilités, et elles sont de poids différent. Ou bien Gaspard n’est pas né à Fosses, et « Fosses » n’était que l’adresse de sa mère — l’erreur classique de ces actes-là. Ou bien il y est né et personne n’est allé le dire. La pièce qui trancherait, c’est l’acte de notoriété lui-même : il nomme les sept témoins et rapporte ce qu’ils ont juré.

12 septembre 2026

Les deux familles étaient déjà alliées

Une piste donnée par Didier, tirée d’un arbre en ligne : Catherine Beaupère avait un fils, Joseph Félix Ghislain Bodson, marié à une Marie Joseph Defleur née en 1878. Le nom a fait dresser l’oreille — Defleur est l’autre moitié de cette ascendance.

Le mariage a eu lieu le 26 janvier 1907, à Sommière, et l’acte est formel : la mariée est née au village le 3 septembre 1878, fille d'Hadelin Jean-Joseph Defleur, journalier, et de Joséphine Collard. Ce sont nos arrière-arrière-grands-parents. C’est donc une sœur aînée de Sébastien Defleur.

Et le marié, menuisier de vingt-trois ans, est un petit-fils de Félix Beaupère.

L’acte rend un second service, et c’est celui qu’on cherchait. La mère du marié y est dite ménagère domiciliée à Lesve, son père cultivateur au même endroit, et aucun des deux n’est appelé « feu ». Catherine Beaupère est donc vivante le 26 janvier 1907, à cinquante ans.

Comme son nom n’apparaît dans aucune table de décès de Lesve entre 1881 et 1920, elle a vécu au-delà — au moins jusqu’à soixante-quatre ans — ou bien elle a fini ailleurs. Le registre du village s’arrête là où commence la question suivante.

12 septembre 2026

La tante qu’on a prise pour la nièce

Nous cherchions la mort de Catherine Beaupère, née en 1856, mariée à un Bodson. Une table décennale de Lesve donnait une Beaupère Catherine morte un 8 août. Même nom, même village, âge plausible : l’affaire semblait faite.

L’acte, tiré, dit autre chose. La défunte a quatre-vingt-deux ans, elle est veuve d’un Borbouse, et elle est fille de Joseph Beaupère, journalier, mort à Arbre, et d'Éléonore Joseph Lambert, morte à Lesve. Ce sont nos arrière-arrière-grands-parents. Cette femme n’est pas la nièce : c’est la sœur aînée de Félix, née vers 1832.

Ce qui a tranché, ce ne sont pas les noms — un Joseph Beaupère et une Éléonore Lambert, on en trouverait ailleurs. C’est que l’acte donne deux villages différents pour un couple marié : le père mort à Arbre en 1856, la mère morte à Lesve vingt ans plus tard, parce qu’elle avait suivi son fils. Deux actes que nous tenions déjà, et une phrase de 1914 qui les recolle.

La date aussi était fausse : la table porte 1914, pas 1911. Le dernier chiffre est un 4.

Elle meurt le 6 août 1914 à vingt heures, quelques jours après l’entrée en guerre, dans un village où le bourgmestre signe encore tranquillement les actes. Son gendre vient la déclarer — Léopold Siplet, plafonneur, quarante-neuf ans. Elle avait donc une fille mariée, et une branche entière dont nous ne savions rien.

Et elle se dit née à Lesve. C’est probablement faux : vers 1832 ses parents vivaient à Besinne, un hameau d’Arbre, où son frère était né six ans plus tôt. Quatrième fois dans cette famille qu’un acte de décès donne un domicile à la place d’un berceau.

Reste que le décès de la nièce, lui, n’est toujours pas trouvé — et qu’on sait maintenant qu’il n’est pas à Lesve. Un nom et un village ne font pas une identité.

12 septembre 2026

Les six enfants ont leurs actes, et une sœur sort du registre

Les cinq actes qui manquaient à la fratrie sont tirés. Ils étaient six en réalité, et ils sont tous là.

Catherine naît le 29 juillet 1856 à onze heures du soir — et non en 1857, comme le disent les répertoires : cette date-là vient de l’âge qu’elle a déclaré à son mariage, vingt-deux ans plus tard. Camille Antoine Joseph naît le 25 mars 1862 à huit heures du matin et meurt le 10 avril à dix-sept jours, exactement l’âge auquel son frère aîné était mort sept ans plus tôt. Félicie Marie naît le 2 décembre 1868, neuf ans après notre Marie Élise. Élise Marie Joséphine, la dernière, naît le 27 septembre 1873 — sa mère a quarante-deux ans — et meurt à un mois.

Les tables décennales ferment la série : aucun autre Beaupère né à Lesve entre 1861 et 1880.

Deux choses méritent d’être dites. La première : à la mort de la petite Élise, le second déclarant n’est pas un témoin de service mais un jeune homme de vingt-trois ans, Émile Brostaux, et le greffier écrit sa qualité — cousin de la défunte. Aucun document ne nommait jusqu’ici de parenté entre cette maison et les Brostaux.

La seconde tient à ce que le père traverse. Félix Beaupère aura déclaré sept morts en vingt-deux ans : trois de ses enfants et les quatre parents des deux ménages. Il signe les sept.

Et la sœur qu’on ne cherchait pas

Deux pages après l’acte de la petite Élise, une femme de quatre-vingt-six ans meurt à Lesve. Son acte nomme ses parents : Jean Joseph Colard, journalier, et Marie Notte — les parents de notre ancêtre Jacques Joseph. Cette femme est sa sœur.

Elle s’appelait Marie Joseph, elle avait épousé un Martin Pirson, et c’est son fils, scieur de long au village, qui vient la déclarer avec un petit-fils de vingt et un ans.

Son acte règle une question restée en l’air. Elle est née à Besinne, hameau de la commune d’Arbre, vers 1787 ; son frère était né à Lesve, neuf ans plus tôt. La famille a donc déménagé entre les deux. Cela éclaire — sans l’excuser — l’acte de 1855 qui disait le frère « né à Arbre » : le déclarant donnait le village des Colart, et les Colart étaient bien d’Arbre.

Un domicile juste ne fait pas un berceau juste. C’est la forme la plus coûteuse de cette erreur, parce qu’elle a l’air vraie.

La table décennale la portait pourtant, cette femme, et nous l’avions sous les yeux le jour même en cherchant tout autre chose. Nous l’avions lue de loin : veuve Pirson déchiffré veuf Persois, un homme au lieu d’une femme, et la ligne écartée.

12 septembre 2026

Six enfants, dont trois qui n’ont pas passé l’année

L’enfant mort à dix-sept jours en mai 1855 a maintenant son acte de naissance. La table décennale des naissances de Lesve le portait à une ligne : Beaupère, Félix Jh, 14 bis, 15 avril 55. Il est né ce jour-là à huit heures du matin, et son père est venu le déclarer le soir même, à cinq heures, avec deux témoins.

L’acte porte le numéro quatorze bis — le greffier avait déjà donné le quatorze à un autre enfant et n’a pas voulu renuméroter sa page.

Il corrige aussi ce qu’on avait écrit la veille. Le 15 avril, le père est dit demeurant à Arbre et la mère à Lesve : deux mois après leurs noces, ils n’habitent pas encore ensemble. C’est l’acte de décès, trois semaines plus tard, qui le domicilie enfin au village d’elle. Un acte de décès n’établit donc pas rétroactivement un domicile, et nous avions été trop vite.

Et puisqu’on cherchait la fratrie, l’index de la province de Namur, interrogé par le nom du père, l’a rendue d’un coup. Six enfants en dix-huit ans : Félix Joseph en 1855, Catherine vers 1856, Marie Élise en 1859 — la nôtre —, Camille Antoine Joseph en 1862, Félicie Marie en 1868, Élise Marie Joséphine en 1873.

Trois sur six n’ont pas passé leur première année. Félix Joseph à dix-sept jours, Camille à deux semaines, la petite Élise à un mois. Cinq actes restent à tirer, tous à Lesve, tous dans des registres déjà cartographiés — ce sera fait dans la journée.

Une chose mérite d’être dite pour elle-même. La dernière s’appelle Élise, quatorze ans après sa sœur Marie Élise — qui, elle, était bien vivante et le resterait jusqu’après 1918. On lit souvent la répétition d’un prénom comme le remplacement d’un enfant perdu. Ici, ce serait faux.

12 septembre 2026

Le couple Colart est complet, et l’année 1855 se remplit

Deux morts restaient à trouver : Jacques Joseph Colart et Marie Thérèse Dantar, les parents de Séraphine. On les savait vivants en février 1855, présents au mariage de leur fille, et plus rien après. Les arbres le disaient mort « en 1855 » sans dire ni le jour ni le lieu ; d’elle, ils ne disaient rien.

L’index nominatif de la province de Namur a donné la seconde en une requête — mais rangée sous le nom de son mari, au dossier de « Jacques Colart », et non au sien. C’est exactement le piège de la semaine, pris à l’envers cette fois : on l’a trouvée parce qu’on cherchait aux deux noms. Elle meurt à Lesve le 12 juin 1863, à onze heures du soir, veuve, ménagère.

Lui n’était dans aucun index. Il a fallu revenir aux tables décennales et les lire à la lettre C, décennie par décennie. Rien en 1861-1870, rien en 1871-1880 — et pour cause : il était mort bien avant, le 21 juin 1855 à onze heures du soir, quatre mois après avoir signé le mariage de sa fille. La table de 1851-1861 le portait depuis toujours, à une ligne : Colard, Jacques Jh, 17, 22 juin 55.

Son acte apprend deux choses. Il n’est plus journalier, il est cultivateur — le seul acte de sa vie qui le dise. Et son âge y est écrit en belge : septante et six ans. Le compte tombe juste sur son baptême, au mois près. Ces registres-là comptaient comme on compte ici.

Une seule chose y est fausse, et c’est la troisième fois de suite dans cette famille : on l’y dit « né à Arbre ». Il était né à Lesve, et il l’avait déclaré lui-même en 1812, en signant. Le déclarant — son gendre depuis quatre mois — a donné ce qu’il savait de la maison à la place de ce qu’on lui demandait.

12 septembre 2026

L’homme qui déclarait les morts, et l’enfant qu’on ne connaissait pas

En cherchant l’acte de Jacques Joseph Colart, la vue précédente en a livré un autre. Le 5 mai 1855, Félix Beaupère, vingt-neuf ans, jardinier à Lesve, vient déclarer la mort de son fils : Félix Joseph Beaupère, enfant, mort le 2 mai au matin, âgé de dix-sept jours.

C’était leur premier enfant, né vers le 15 avril, neuf semaines après le mariage. On ne savait pas qu’il avait existé.

En rangeant les actes de la famille, une figure se dessine. Félix Beaupère déclare son fils en mai 1855, son beau-père en juin, son propre père en 1856, sa belle-mère en 1863, sa mère en 1877. Cinq morts en vingt-deux ans, et la même signature au bas des cinq pages.

Ce n’est pas un hasard. Dans cette maison, presque personne n’écrit : sa femme, ses deux parents, sa belle-mère font une croix ou déclarent ne pas savoir. Lui sait. Alors c’est lui qui va, chaque fois, porter la parole à l’état civil. Ce n’était pas un privilège — c’était une corvée qui revenait toujours au même.

12 septembre 2026

Cherchée à la lettre L, elle était classée à la lettre B

Le décès d'Éléonore Lambert a résisté à quatre dépouillements. Les tables décennales des décès d’Arbre, cinq décennies de suite de 1851 à 1900 : sept Lambert, pas une Éléonore. Celles de Lesve, sur trente ans : rien. Celles de Bois-de-Villers : rien. Née en 1790, elle ne pouvait pas atteindre 1900 — les deux villages où elle avait vécu étaient donc couverts en entier, et elle n’y était pas.

Elle y était. La table de Lesve la porte, mais à la lettre B, sous le nom de son mari : Beaupère Éléonore, veuve Beaupère Joseph. Sur la même page, d’autres veuves sont rangées à leur nom de jeune fille. L’usage n’était pas constant, même d’une ligne à l’autre, et nous avions cherché à la seule lettre qui ne la portait pas.

C’est la leçon la plus utile de la journée, et elle tient en une phrase : une femme mariée se cherche aux deux lettres, la sienne et celle de son époux. Un relevé qui n’en lit qu’une ne prouve rien.

Et l’acte se trompe deux fois, des deux mêmes façons que celui de son mari : il la vieillit d’un an, et il la dit « née à Arbre » quand elle était née à Bioul. Le déclarant donne le dernier domicile, jamais le berceau. Dans cette seule famille, cette erreur-là nous a envoyés deux fois chercher un acte dans le mauvais village.

12 septembre 2026

Les Beaupère ne venaient pas d’Arbre : ils étaient de Lesve

Son acte de mariage, en 1816, disait François Joseph Beaupère né « à Besinne » le 31 août 1784 — Besinne, le hameau d’Arbre où il vivait alors. Nous cherchions donc son baptême dans les registres de la paroisse d’Arbre. Ils existent, ils couvrent 1580 à 1796, et ils ne sont pas numérisés : le serveur des Archives répond par une adresse vide. Impasse.

L’acte était à Lesve, à vingt minutes de là, dans un registre que nous avions ouvert la veille pour une autre aïeule.

L’an mil sept cent quatre-vingt-quatre le trente-un du mois d’août, a été baptisé François Joseph, né en légitime mariage le même jour à midi, fils de Antoine Beaupere et de Marie Helene Colart, natifs de la paroisse de Lesves, ses père et mère.

La date de 1816 était donc exacte au jour près, trente-deux ans après le fait ; c’est le lieu qui était faux, ou plutôt déplacé — le secrétaire avait écrit le domicile là où on attendait le berceau. L’erreur est banale, et elle nous a coûté une matinée du mauvais côté de la carte.

Ce que l’acte change dépasse un nom de village. Nous croyions cette famille originaire d’Arbre et descendue vers Lesve au fil des générations, en suivant les mariages. C’est l’inverse : ils étaient de Lesve, et n’ont fait qu’y revenir. Leur mariage, leurs propres baptêmes, la génération d’avant — tout cela se cherche désormais dans les registres de Lesve, qui sont en ligne, et non dans ceux d’Arbre, qui ne le sont pas.

Un détail, sous l’acte : trois croix. Le parrain, la marraine, et Antoine Beaupère, le père. On savait le fils illettré ; on sait maintenant d’où il tenait ça.

12 septembre 2026

Le trente décembre, un fils vient déclarer son père

Le même jour, l’autre bout de sa vie. François Joseph Beaupère meurt à Arbre le 29 décembre 1856, à onze heures du soir. Le lendemain à deux heures, son fils Félix — trente ans, cultivateur — se présente à la maison communale pour le déclarer, et signe au bas de l’acte, là où son père n’aurait pu tracer qu’une croix.

La table décennale nous l’avait mis sous les yeux sans qu’on le reconnaisse : elle l’appelle « Beaupière Joseph ». C’est le prénom composé raboté par l’usage, exactement comme l’acte de décès de Félix, cinquante ans plus tard, appellera son père « Beaupère Joseph » et lui-même « Beaupère Félix ». Dans cette famille, l’administration ne garde jamais qu’une moitié des prénoms — il faut le savoir pour ne pas croire à deux hommes là où il n’y en a qu’un.

L’acte se trompe sur deux points, et c’est instructif. Il le vieillit d’un an. Et il appelle son grand-père « Jean Joseph » quand trois actes antérieurs — dont un où l’homme comparaît en personne — écrivent Antoine. Un fils de trente ans ne sait de son aïeul que ce qu’on lui en a raconté, et celui-là était mort avant sa naissance. Les actes de décès sont dictés de mémoire ; les actes de baptême sont écrits devant le fait. Quand les deux se contredisent, c’est le baptême qui gagne.

Une ligne, enfin, vaut découverte à elle seule : le défunt est dit époux d’Éléonore Lambert, et non veuf. Sa femme lui survit. Nous ignorons toujours où elle est morte — les tables d’Arbre, lues de 1851 à 1900, ne la connaissent pas, et elle ne peut pas avoir atteint 1901, où elle aurait eu cent onze ans. Une veuve de soixante-six ans a quitté son village, et nous ne savons pas encore pour où.

11 septembre 2026

Quatre ancêtres inédits, et une rature qui confirme un prénom

Le mariage de Jacques Joseph Colart et de Marie Thérèse Dantar, à Lesve le 17 mai 1812, nomme les quatre parents : Jean Joseph Colart et Marie Reine Notte ; Jean Nicolas Dantar, déjà mort, et Julienne Marie Joseph Collart, veuve, qui consent et déclare ne pas savoir écrire. Quatre personnes dont nous ne savions rien. La date venait d’un arbre consulté en ligne ; trois tables décennales, lues à rebours, l’ont confirmée avant qu’on ouvre l’acte.

Les deux baptêmes ont suivi. Jacques Joseph naît le 19 novembre 1778 — le dernier acte de la dernière page de son registre. Le curé avait écrit « Josephæ » pour le prénom de la mère, l’a biffé, et a écrit « Reginæ » au-dessus : la rature confirme Marie Reine, que nous ne tenions que d’une seule main. Marie Thérèse naît le 9 août 1784 à sept heures du soir, et non le 24, que répétait son acte de mariage. L’acte de baptême constate ; le mariage recopie.

Deux choses en plus. Les parents Dantar sont dits « tous deux natifs d’Arbre » : leurs actes ne sont donc pas à Lesve. Et la marraine de 1784 vient de Chalon, en Bourgogne — le nom Dantar n’est pas du pays. Un arbre en ligne fait naître Jacques Joseph en 1796 ; c’est impossible, il aurait eu quinze ans à son mariage, où l’acte lui en donne trente-trois. Un homonyme du village.

11 septembre 2026

Un père indigent fait juger l’existence de ses enfants

L’acte de naissance de Marie Louise Demanet manquait au registre de l’an VIII parce qu’il n’y avait jamais été inscrit. Il a été rédigé le 29 juin 1821, la veille de son mariage, en exécution d’un jugement du tribunal de première instance de Namur du 13 juin. L’expédition du jugement est pliée dans le registre des naissances de 1821, et elle dit les choses sans détour : Adrien Joseph Demanet a « négligé de faire inscrire à l’état civil » deux de ses enfants, en 1797 et en 1800. Il ne sait pas écrire ; un avoué parle pour lui ; deux voisins témoignent sous serment, dont Marie Anne Demanet, trente-huit ans, la sœur aînée, marraine de son frère. La procédure est gratuite, « attendu l’indigence dûment constatée du pétitionnaire ».

Le tribunal se fait apporter les registres de la paroisse et y trouve ce que la commune ignorait : le baptême du 11 mars 1800, et le mariage des parents à Lesve en mai 1784. Le jugement cite ce mariage « sous la date du trente mai » ; l’acte lui-même, retrouvé depuis, porte « le trente un du mois de mai », et la même formule se relit mot pour mot sur le mariage suivant, de la même main. Le 31 mai 1784, donc. Les deux époux sont natifs de Lesve et signent d’une croix, treize ans avant que le père néglige de déclarer ses enfants.

Le jugement tranche aussi un nom. Trois pièces de 1821 — le mariage, l’acte de naissance et le jugement — écrivent Marie Louise Wautelet. Seul l’acte de décès de 1843, dicté par un gendre veuf, écrivait « Marie Joseph Watelet » — et le même acte se trompe sur l’autre belle-mère, qu’il appelle « Caroline ». La forme de 1821 est retenue.

11 septembre 2026

Le premier acte du registre de l’an XI

L’acte de naissance d'Henri Joseph Brostaux ouvre le registre neuf de Lesve pour l’an XI. Il le dit « né le jour d’hier » : la naissance est du 1ᵉʳ vendémiaire, le 23 septembre 1802, et le 2 vendémiaire que citaient son mariage et la table décennale est la date de l’acte, non celle de la naissance. Le père déclare et signe, ce qui tranche le prénom de la mère : Marie Catherine, et non « Caroline » comme s’en souviendra un petit-fils en 1878. Un troisième Henri Joseph Brostaux paraît, témoin de vingt ans.

Sa femme, elle, reste introuvable dans les registres. Celui de l’an VIII a été lu en entier : huit actes pour l’année, rien en ventôse. L’an IX saute de nivôse à floréal, et les baptêmes s’arrêtent en 1796. Lesve n’enregistrait pas — son état civil ne tient qu’à partir de l’an XI. C’est ce trou que le tribunal de Namur a dû combler en 1821.

10 septembre 2026

Un mariage cherché quinze fois, lu enfin

Philippus Jacobus Heyvaert épouse Isabella Theresia De Backer à Merchtem le 30 mai 1870. De cet acte nous n’avions ni la date ni la source ; un relevé en ligne a donné la date, la table alphabétique le numéro, et l’acte est tombé au deuxième sondage.

Il rend plus qu’on n’espérait. Cinq décès énoncés d’un coup — les parents du marié, ceux de la mariée et une grand-mère —, tous concordants avec ce que nous tenions. Les parents de la mariée, Josephus De Backer et Joanna Maria Roosemont, sont présents et consentants, cultivateurs, et déclarent ne pas savoir écrire ; l’officier leur donne soixante-cinq ans à chacun, alors qu’ils ont six ans d’écart — un âge rond commun à deux époux est une commodité de greffe. Isabella est née le 31 mai 1832, ce qui réfute le 1838 d’un index. Le marié est journalier et demeure à Wolvertem.

L’acte redit aussi ce qu’un autre disait déjà : la mère du marié, Maria Theresia De Baerdemaecker, est « fille naturelle reconnue » d'Elisabeth De Baerdemaecker. Mère seule nommée. Son père n’est pas inconnu, il est inexistant en droit. Reste une piste hors registre : un contrat de mariage passé devant le notaire Sacré, à Bruxelles, le 4 mai 1870.

10 septembre 2026

À Meuzegem, le baptême attendu depuis le premier jour — et le doute qu’il ouvre

On cherchait le baptême de Josephus Heyvaert dans les registres de Merchtem, et il n’y était pas. Il est à Meuzegem, paroisse de Wolvertem ; deux arbres en ligne le disaient, l’un nommant la commune, l’autre le hameau, et il fallait le voir. Le 14 avril 1769, le curé baptise « Josephus Egidius Hijvaert », fils légitime d'Andreas et de Maria Sergogne ; le parrain est Egidius Sergogne. Le second prénom vient donc du parrain, un maternel — et non du père, comme nous l’avions supposé.

D’où un doute, laissé ouvert. L’extrait de décès de 1831, copie de seconde main délivrée pour un dossier de mariage, dit le père « Egidius ». Le baptême, acte original, dit Andreas. Tout le reste concorde : la date au jour près, le nom de la mère, l’âge. Le départage tiendrait au mariage d’Andreas et de Maria Sergogne, et nous ne l’avons pas : trente-six mariages de Meuzegem lus un par un, puis trois ans de Merchtem, puis Ossel — il n’est dans aucune des trois paroisses.

Les baptêmes de Meuzegem ont rendu autre chose. Andreas Heyvaert s’est marié deux fois : trois enfants d'Emerentiana De Greef entre 1757 et 1762, cinq de Maria Sergogne entre 1765 et 1777. Il meurt le 20 juillet 1783 à sept heures du soir, dit époux de Maria Sergogne. Sa fille Catharina, du premier lit, meurt trois ans plus tôt à vingt-trois ans dans la paroisse d’Ossel, « presque subitement », et revient s’inhumer chez elle ; son acte nomme ses deux parents. Le premier mariage n’est plus déduit d’une série de baptêmes : un acte le dit.

10 septembre 2026

À Ossel, on cherchait un mariage et on en trouve un autre

Le registre d’Ossel ne porte pas le mariage d’Andreas Heyvaert. Mais la première entrée de la vue ouverte est celui qu’on cherchait depuis trois jours : le 17 août 1762, Henricus Fieremans épouse Catharina Van Meulebeeck, en présence de Petrus Fieremans, père de l’époux, et de Joannes Van Meulebeeck, père de l’épouse. Deux noms de plus, vivants et témoins à la noce de leurs enfants ; les mères ne sont pas nommées. Le curé ajoute qu’il marie « dans la paroisse propre de l’épouse » : Catherine est d’Ossel, son mari non.

L’acte tranche aussi une question d’orthographe. Il écrit Van Meulebeeck, pour elle et pour son père, d’une main nette — comme les baptêmes de ses deux enfants, en 1763 et en 1765. Le « Meulebeeck » sans particule venait de l’acte de mariage de sa fille, en 1809, rédigé en français par un greffier qui francisait aussi les prénoms. Trois actes, une seule forme : elle s’appelle désormais Catherine Van Meulebeeck sur ce site.

Ce registre mérite qu’on y revienne pour lui-même : ses actes nomment les témoins avec leur lien — père de l’époux, frère de l’épouse, beau-père — et disent de quelle paroisse vient chacun. Une génération de plus à chaque acte.

9 septembre 2026

Une table de 1826 porte deux couples d’ancêtres, à quatre lignes d’écart

Les deux naissances qu’on visait, à Merchtem, ont refusé de paraître : l’une tombe trois semaines après la dernière page des baptêmes de 1796, l’autre n’est pas au jour que son acte de mariage annonce, dans aucune des deux copies du registre. Trois échecs sur la même cible, c’est le signal d’un mauvais angle. On est passé aux mariages, dont les tables tiennent sur une vue par année.

La table de 1826 portait, à quatre lignes d’écart, Petrus De Decker « marié avec Maria Anna Lely » et Jan Baptist Thomas « avec Cornelia Cecilia De Backer ». Deux couples d’ancêtres, dont l’un qu’aucune piste n’annonçait. Le premier acte, du 26 janvier 1826, donne les deux naissances au jour — le 17 novembre 1790, le 23 février 1796 — et dit la mariée veuve. Le second, du 10 mai 1826, nomme les parents du marié, Joannes Bernardus Thomas, mort en 1806, et Maria Anna Herbosch, journalière : deux ancêtres de plus, et deux dates de naissance qui tranchent des âges contradictoires.

Les deux pages ouvertes en chemin ont donné deux mariages de frères et sœurs. L’un date la mort d'Anna Catharina De Kempeneer au 12 août 1793 ; l’autre montre Petrus De Backer et Maria Anna Vanden Elsen présents, à soixante-huit et septante-quatre ans, treize ans avant tout autre témoignage. Pour marier quelqu’un, l’officier doit établir qu’il est libre, et il remonte les générations jusqu’à trouver des vivants ou des dates de mort. Les mariages des collatéraux valent ceux des ancêtres.

Et le lot qu’on ne cherchait pas : en balayant les baptêmes de 1790 pour un Roosemont qui n’y était pas, la dernière ligne d’une page a rendu celui de Petrus De Decker, le 17 novembre 1790, « né ici aujourd’hui à onze heures du matin », fils de Joannes Baptista De Decker, de Malderen, et de Joanna Catharina Van Humbeeck. Le premier acte que nous tirons d’un registre paroissial de Merchtem confirme au jour la date que son mariage donnait trente-six ans plus tard.

9 septembre 2026

Une aïeule qu’on avait fait mourir dans une répétition de plume

Un acte de 1834 semblait dire Maria Anna Vanden Elsen déjà morte : après son nom, le mot « overleden ». Onze arbres en ligne la faisaient mourir en 1838. Il a fallu rouvrir l’acte : le greffier a écrit le même mot deux fois, en fin de ligne puis au début de la suivante. Le second est le verbe — c’est le mari qui « est décédé en cette commune » ; le premier n’est rien, une bavure. Nous avions lu la mort d’une femme dans une répétition de plume.

Elle meurt le 20 avril 1838, à quatre-vingt-huit ans, née à Merchtem, « fille de feu Jan Francis et de feue Anna Maria Roosemont » — la dixième génération s’ouvre sur ces deux noms. Son fils Cornelis De Backer, trente-sept ans, déclare et signe. Leçon versée aux règles de lecture : un mot isolé qui change tout se relit avec la ligne suivante, jamais seul.

La même journée a rendu deux actes que des arbres en ligne annonçaient à la date près. Joannes Baptist Lely meurt à Merchtem le 21 décembre 1804 — le 30 frimaire an XIII —, cultivateur. Et Maria Anna Fiermans est baptisée à Ossel le 27 septembre 1763, fille de Henricus Fieremans et de Catharina Van Meulebeeck, « époux » ; un second baptême, deux ans plus tard, redit les mêmes parents de la même main. Trente-huit tables alphabétiques avaient été cartographiées auparavant sans rien rendre : les arbres d’abord, le registre ensuite.

9 septembre 2026

Henri Joseph Brostaux : les arbres d’abord, le registre ensuite

De lui nous n’avions qu’un âge déclaré, « vers 1800 ». Une recherche dans les arbres en ligne et un relevé publié ont donné, en une page, son mariage avec les quatre parents, et deux années, 1802 et 1878. Six Henri Joseph Brostaux ont vécu à Lesve en un siècle ; on a trié par le conjoint, jamais par le prénom.

Le registre a confirmé. Il épouse Marie Louise Demanet à Lesve le 30 juin 1821 ; ses parents, Martin Joseph Brostaux, cultivateur, et Marie Catherine Toisoul, sont présents et consentants — aucun arbre ne les portait. Le père signe ; Adrien Demanet et la mariée déclarent ne pas savoir. La ligne de partage entre les deux maisons tient dans une phrase de l’acte. Il meurt le 11 septembre 1878, veuf, et son fils Martin, qui déclare, appelle sa grand-mère « Caroline » et fait de son grand-père un scieur de long : le nom d’usage et le métier dont la famille se souvient, pas ceux de 1821.

Trois actes lui donnent trois âges — dix-neuf ans en 1821, quarante-trois en 1843, septante-huit en 1878 —, soit trois années de naissance. L’âge situe, il ne date pas ; seul son acte de naissance tranchera. Cinq images ont suffi pour deux actes, là où un balayage en aurait coûté trente.

8 septembre 2026

Sept enfants, et un tisserand

Nous écrivions que Victor Joseph Warnant était distillateur : c’est ce qu’on avait lu sur son acte de mariage, en 1881. Relu en pleine résolution, l’acte porte « profession de tisserand », et quatre autres actes le confirment. Le mot fautif s’était répandu jusque dans le titre d’une section de ce site. Il est tisserand tant qu’il vit à Lesve, chez sa femme ; cultivateur dès qu’il revient à Bois-de-Villers, chez son père, et jusqu’à sa mort. Le métier change avec le village.

Nous écrivions aussi « six enfants ». Les tables décennales en donnent sept, et les neuf actes sont tirés. Joseph Alexandre naît le 30 juin 1881, cinquante-huit jours après le mariage, et meurt à douze jours. Édouard naît en janvier 1883 et meurt à dix-sept jours. Camille naît en janvier 1884 et meurt à six mois. Puis un second Camille en 1886, Angèle Catherine en 1889, Célestin en 1892 et Joseph Ghislain en 1894 — les trois derniers à Bois-de-Villers. Le déménagement se serre entre février 1886 et juillet 1889.

Ce sont les déclarants qui font l’histoire. Pour les deux premiers morts, le père vient avec Félix Beaupère, son beau-père, qui déclare « être aïeul du défunt » et signe de la même main appliquée qu’en 1859, à la naissance de sa fille. Pour le troisième, c’est un frère du père, Joseph Warnant, plafonneur de vingt-quatre ans, venu de Bois-de-Villers. Et à la naissance du benjamin, en 1894, Félix Beaupère est de nouveau témoin — domicilié à Bois-de-Villers. Les grands-parents avaient suivi leur fille. Cela explique deux actes que nous tenions sans les comprendre : Séraphine Colart meurt à Bois-de-Villers huit mois plus tard, et Félix y meurt en 1906.

8 septembre 2026

Le mur de 1910 n’en était pas un

On cherchait la mort de Marie Elise Beaupière, le premier blanc de l’arbre en partant de la souche. La borne dormait dans un acte que nous possédions : celui de son mari, à Bois-de-Villers le 9 mai 1918, le dit « époux de Beaupère Élise » là où la même plume écrit « feu » et « feue » pour ses parents. Le greffier distingue les vivants des morts dans le même acte, et le déclarant est leur fils. Elle vit le 8 mai 1918.

Nous tenions les archives pour closes en 1910. C’est vrai du Brabant, pas de la province de Namur : les registres de Bois-de-Villers et de Lesve sont filmés jusqu’en 1920, sans index, et chaque commune a sa table décennale des décès 1911-1920. Ces deux tables ont été lues aux lettres B et W, totaux compris, et les dix-neuf décès de Bois-de-Villers en 1918 acte par acte. Elle n’y est pas. Elle meurt donc après 1920, ou dans une autre commune — chez un de ses quatre enfants, où la suite se cherche.

7 septembre 2026

Elle était à la lettre C

De l’arrière-grand-mère maternelle, on savait qu’elle était morte entre le mariage de sa fille, en 1881, et celui de son mari devenu veuf, en 1906. Vingt-cinq ans de fenêtre. On l’avait cherchée dans trois communes, et trois relevés la disaient absente.

Les trois étaient exacts, et incomplets. À Bois-de-Villers, on avait lu les tables de décès de Beaufays à Beaussière, puis de Vandevastel à Wilmet : on y traquait deux patronymes, Beaupère et Warnant. Une femme mariée est rangée à son nom de jeune fille. Séraphine Colart attendait à la lettre C, dans une table ouverte deux fois.

Elle est morte le 29 décembre 1894 à cinq heures du soir, à soixante-quatre ans, ménagère. Son acte est le dernier de l’année — le vingt-deuxième. Il dit qu’elle est née à Lesve, ce qui ferme une autre piste : on la croyait peut-être issue des Collart d’Arbre, alliés aux Beaupère de génération en génération. Séraphine Colart est fille d’un Colard de Lesve, et le nom qu’elle partageait avec eux ne prouvait rien.

Le déclarant est un homme dont nous ignorions le nom : Auguste Joseph Disserant, carrier de trente ans, qui se dit gendre de la défunte. Une autre de ses filles avait donc épousé un Disserant. Et son mari Félix a vécu douze ans veuf, jusqu’en 1906, chez la fille dont nous descendons.

7 septembre 2026

Le nom manquait à la table de 1864

Nous avions lu, sur le mariage de 1868, que la mère du marié était morte le 29 avril 1864. La table alphabétique des décès de Merchtem pour 1864 tient sur une vue, et elle porte deux De Backer : aucune Cornelia. Une absence dans une table complète n’est pas un échec de recherche, c’est un renseignement — on a rouvert l’image du mariage au lieu de feuilleter le registre.

Le mot contesté est la fin d’un millésime écrit en toutes lettres. Trois lignes plus bas, sur la même page et de la même main, l’officier écrit zes en zestig pour une autre date : le z descend sous la ligne, franchement. Notre mot, lui, finit par le d bouclé de dertig. Ce n’était pas 1864 mais 1834 — et la table de cette année-là range bien De Backer, Cornelia Cecilia.

Cornelia Cecilia De Backer est morte le 29 avril 1834 à sept heures du matin, à trente-six ans. Son fils Cornelis avait trois ans. Son mari, le sosa 44, avait présenté ce garçon en 1831 en se disant cultivateur ; il revient pour la mort de sa femme en se disant journalier, et, comme trois ans plus tôt, il déclare ne pas savoir écrire. Trente ans d’erreur tenaient dans une lettre, et l’erreur était la nôtre.

7 septembre 2026

Un mot flamand écarte l’homonyme

Six actes de décès cherchés à Merchtem, six trouvés. Ils ont fait entrer dix ancêtres inédits — les sosa 90-91, et les huit de la génération suivante — et tranché deux âges qui se contredisaient.

Le pivot de la récolte est un homme : Petrus De Decker, le sosa 46, qui déclare trois de ces six morts. En 1838, il vient déclarer celle d'Egidius Lely, et l’officier écrit de lui qu’il est le schoon zoon du défunt — son gendre. Sans ce mot, l’acte ne prouvait rien : un autre Egidius Lely était mort à Merchtem quatre ans plus tôt, et rien ne disait lequel des deux était l’ancêtre. Deux syllabes écrites par routine, et la branche tient.

À Merchtem, les tables de décès d’avant 1848 renvoient à la page du registre, celle de 1848 au numéro d’acte : on ne peut pas extrapoler d’une année sur l’autre. Et le classement flamand a encore déplacé un nom : Van Humbeeck est rangée à la lettre H, le Van rejeté après le prénom.

7 septembre 2026

Trois erreurs sur la même femme, et un village de plus

Deux actes de la fin du XIXᵉ siècle nommaient la sosa 95 « Tieremans », et donnaient sa mort au 23 février 1809. Son propre acte, retrouvé dans un registre tenu en français au temps de l’Empire, corrige les trois choses qu’on croyait savoir d’elle.

Son nom d’abord : l’acte l’écrit Fiermans, et la table alphabétique de 1809 la range à la lettre F, entre Feijtens et Goeman, deux fois, d’une écriture ronde. Les deux pièces qui disaient « Tieremans » ont été écrites plus d’un demi-siècle après sa mort. La date, ensuite : l’acte est daté du vingt-troisième jour du mois de février, mais il dit qu’elle est décédée le vingtième jour à cinq heures du matin. L’officier de 1868 avait recopié la date de la pièce qu’on lui présentait, non celle de la mort. Le piège est connu pour les actes néerlandais ; il vaut aussi pour ce qu’un mariage énonce de seconde main.

Reste le lieu. Elle est née à Ossel — un village de plus dans l’ascendance directe, dont aucun registre n’a encore été ouvert.

6 septembre 2026

Un mariage d’orphelin remonte deux générations

Le mariage cherché depuis le 28 août est à Merchtem, le 8 juillet 1868. Dix-huit années étaient à balayer, sans table décennale ; neuf ont été écartées sur leur seule table annuelle, une image chacune, parce que la table de mariages donne le nom des deux époux. Neuf années pour neuf vues : la table annuelle est l’outil le plus économique du fonds.

L’acte a fait entrer quatre ancêtres d’un coup et six dates de décès. La raison en est juridique. Pour marier quelqu’un, l’officier devait constater qu’aucun ascendant vivant ne s’y opposait. Tant qu’un parent est vivant, il comparaît et consent : la chaîne s’arrête à lui. Mais s’il est mort, il faut le prouver — et monter d’un cran pour montrer que ses propres parents le sont aussi.

Ici, des quatre parents, un seul était vivant : le sosa 44, présent et consentant. La mariée étant orpheline de père et de mère, l’officier a dû réciter ses quatre grands-parents avec leurs dates. D’où une règle qu’on n’attendait pas : plus les parents sont morts jeunes, plus le mariage remonte loin.

3 septembre 2026

Le curé de Bioul avait gardé le nom

L’échevin de Lesve, en 1843, avait laissé quatre points à la place du nom de la grand-mère de Lupsin Warnant. Le registre de la paroisse de Bioul, lui, ne l’avait pas oublié. Le 18 mars 1762, le curé de Saint-Barthélemy baptise « Jacobus, fils de Lupicinus Warnant et de Marie Florence Genin, époux ». Deux ans plus tôt, il avait baptisé leur fille Élisabeth.

Deux choses en une ligne de latin. La huitième génération a désormais un nom de femme, Genin ; et le prénom Lupsin, qu’on ne rencontrait nulle part, redevient ce qu’il était : Lupicin, le nom d’un saint du Jura, que le village prononçait à sa manière. Jacques, lui, avait quatre-vingts ans et non quatre-vingt-deux quand il est mort — l’âge que donne un fils devant l’échevin n’est jamais qu’un souvenir.

Le registre a demandé neuf lectures, pas une de plus : trente années de latin serré tiennent en trente-deux pages, et la règle de trois plaçait 1760 en 1779.

2 septembre 2026

Le grand-père s’appelait Lupsin

On cherchait, dans la table des décès de Lesve, la mère d’Hortense Brostaux. On y a trouvé deux Jacques Warnant. Le premier, mort le 17 février 1843, avait quatre-vingt-deux ans : c’est notre plus ancien Warnant, le journalier illettré du mariage de 1816. Son fils Lupsin vient le déclarer, et signe.

L’acte dit deux choses qu’aucun papier ne disait. Jacques était né à Bioul, vers 1761 — les Warnant ne sont de Lesve que depuis lui. Et son père s’appelait Lupsin Warnant : ce prénom qu’on ne rencontre nulle part ailleurs, et que portait notre sosa 48, était celui du grand-père. Le nom de la grand-mère, Lupsin ne le savait plus ; l’échevin a laissé quatre points sur la ligne.

Le second Jacques, mort en 1849 à trente et un ans, était un fils de Lupsin — un frère d’Alexandre. Une génération gagnée d’un côté de la table, un frère de l’autre.

2 septembre 2026

Deux Henri Brostaux

La veille, on avait comparé deux signatures : celle de l’échevin de Lesve qui enregistre en 1826 la naissance d’Alexandre Warnant, et celle du père d’Hortense Brostaux, qui signe le mariage de sa fille en 1852. Même initiale minuscule, même barre sous le nom, même fuite du trait. On penchait pour un seul homme, et on avait écrit qu’il faudrait un acte de plus pour l’affirmer.

L’acte de plus est l’acte de naissance d’Hortense, le 26 juin 1829. Son père Henri Joseph, journalier, vient déclarer la petite fille née la veille. L’officier qui tient la plume s’appelle Henry Brostaux, assesseur. Et au bas de la page, ils signent tous les deux.

Deux mains, deux hommes. Ce qui se ressemblait, c’était l’écriture de l’école du village. Notre ancêtre n’était pas le magistrat de Lesve : il en portait le nom, et sans doute la parenté.

2 septembre 2026

Ses parents, sur l’acte de sa mort

Marie Louise Demanet n’existait, jusqu’ici, que par un mot : feue, dans les bans du mariage de sa fille. Son acte de décès est sorti du registre de Lesve : morte le 11 novembre 1843 à huit heures du soir, quarante-trois ans, née au village. Son mari vient le déclarer, et signe.

Et comme la loi l’exige, il dit de qui elle était née : « Adrien Demanet et Marie Joseph Watelet », tous deux déjà morts. Deux noms de plus dans l’arbre — la septième génération, du côté des Brostaux — et une fille de quatorze ans, Hortense, qui reste avec son père.

1ᵉʳ septembre 2026

Le volume qui contenait deux fois ce qu’il annonçait

Le catalogue est formel : ce volume-là, à Lesve, contient les publications de mariage des années 1851 à 1860. Les publications, ce sont les bans — l’annonce faite au village, deux dimanches de suite, que deux personnes veulent se marier. Utile, mais ce n’est pas l’acte.

On cherchait l’acte du mariage d’Alexandre Warnant et d’Hortense Brostaux, célébré le 7 mars 1852. On savait la date, par une table ; on avait lu les bans, qui donnaient déjà les quatre parents. L’acte lui-même, lui, restait introuvable — puisqu’il n’était pas censé être là.

Il y était. Les publications occupent la première moitié du registre ; les actes de mariage suivent, dans la seconde. Le libellé du catalogue n’en dit rien. Sept sondages ont suffi à s’y repérer, en lisant chaque fois l’année dans le corps d’un acte au lieu de faire confiance à une règle de trois.

Ce que l’acte a rendu, en une page : la date de naissance d'Hortense, le 25 juin 1829, dont on ne savait que « majeure en 1852 » ; la date de mort de sa mère, Marie Louise Demanet, le 11 novembre 1843, dont on ne savait que « avant » ; et deux dates déjà connues, redites par une pièce indépendante, ce qui les fait passer du probable au sûr.

Trois détails, aussi. Le père de la mariée signe — on le croyait de la génération des croix. Lupsin Warnant signe pour la quatrième fois en trente-six ans, à soixante et un ans. Et Alexandre, scieur de long, a dû produire l’autorisation de son colonel : il servait au régiment des grenadiers. Un détail d’archive fait sortir un homme de sa profession.

1ᵉʳ septembre 2026

Ce que le sondage de contrôle a trouvé

En cherchant le mariage de 1852, on avait tiré une image loin dans le volume, uniquement pour savoir où l’on se trouvait. On regarde toujours ce qu’on ouvre. Celle-là portait, en marge : « Beaupère avec Colart ».

C’était le mariage des arrière-arrière-grands-parents — Félix Joseph Beaupère et Séraphine Colart, Lesve, 11 février 1855 — cherché depuis trois séances. Il donne à Séraphine, qui n’avait aucune date, sa naissance ; il nomme ses parents, deux ancêtres qu’aucun arbre ne connaissait ; et il montre les parents du marié, qu’on croyait morts depuis longtemps, vivants et debout dans la salle, venus d’Arbre à Lesve pour donner leur consentement. Cinquante ans d’incertitude tombent en une ligne.

Sur les cinq personnes qui comparaissent ce jour-là, deux savent écrire. Les trois autres — dont la mariée — déclarent que non.

1ᵉʳ septembre 2026

Deux greffiers, une lettre, et une erreur réparée

Le nom de la mère de Séraphine commence par une lettre qui peut se lire B ou D. Pour trancher, il existe une méthode sûre : chercher la même lettre ailleurs sur la page. Chaque scribe a sa façon de tracer ses majuscules, et il s’y tient.

L’exercice a été fait sur l’acte de 1855. La lettre y est celle que le greffier emploie pour écrire Beaupère : un B. On a donc écrit Bantar, et on l’a annoncé.

Le lendemain — c’est-à-dire quelques heures plus tard — l’acte de naissance de Séraphine est sorti, de 1830, d’une autre main. Le même exercice y donne l’inverse : la lettre est celle du Du de ce greffier-là, et rien de son Boucher. Un D.

Les deux lectures étaient justes. Les deux hommes n’avaient pas écrit la même chose.

Il a fallu changer de question : non plus « qu’a tracé ce scribe ? », mais « lequel de ces deux documents était le mieux placé pour savoir ? ». L’acte de naissance est dressé trois heures après l’accouchement, sur la parole du père, présent, qui signe au bas de la page. Celui de 1855 recopie un extrait vingt-cinq ans plus tard. Le premier constate, le second répète.

Elle s’appelle Dantar. Et le même acte a corrigé au passage la date de naissance de sa fille, que le mariage de 1855 donnait au 21 novembre alors qu’elle est née le 29.

C’est le genre de correction qu’on préfère faire soi-même, vite, plutôt que de la laisser dormir dix ans dans un arbre.

31 août 2026

Deux mots dans un acte de 1918

On croyait Victor Joseph Warnant hors de portée. Les tables de Bois-de-Villers et de Lesve avaient été dépouillées année par année jusqu’en 1911 sans livrer son nom, et la numérisation des registres s’arrête là. Il fallait bien qu’il fût mort quelque part après, dans les années qu’aucun écran ne montre.

C’est un cercle généalogique de Dinant qui a indiqué où regarder. Le registre de Bois-de-Villers a fait le reste : le 9 mai 1918 à midi, en pleine guerre, le bourgmestre reçoit deux hommes de vingt-quatre ans — un voisin, et le propre fils du mort, maçon. Ils viennent déclarer que Victor Joseph s’est éteint la veille à sept heures du matin, à soixante-deux ans. L’acte le dit cultivateur : le tisserand de 1881 avait fini par quitter son métier.

Mais l’acte donne mieux que sa date. Pour dire qui était le mort, l’employé nomme ses parents — et il ajoute, comme le formulaire l’exige, où ils habitaient en dernier. Alexandre et Hortense y sont dits l’un et l’autre décédés, domiciliés en dernier lieu à Lesve.

Deux mots. On les cherchait à Bois-de-Villers, où le couple avait élevé ses enfants, et c’est pour cela qu’on ne les trouvait pas. Ils étaient rentrés au village d’où venait la famille.

Le registre de Lesve a alors rendu, en une soirée, ce qu’il gardait depuis deux siècles. D’abord la naissance d'Alexandre, le 21 septembre 1826 à six heures du soir, déclarée le lendemain matin par son père. Cet acte-là valait double : un arbre consulté en ligne rattachait Alexandre à ce père depuis longtemps, sans rien pour l’appuyer — la page le prouve enfin, en nommant les deux parents.

Et il glisse, en bas, un de ces détails que seuls les villages produisent. L’échevin qui tient la plume ce matin de septembre s’appelle Henry Brostaux. Trente ans plus tard, Alexandre épousera une Hortense Brostaux. Le magistrat qui enregistre votre naissance finit par être le père de votre femme.

31 août 2026

Le premier acte de 1816, et quatre inconnus

Le registre des mariages de Lesve pour l’année 1816 s’ouvre sur eux. Page de titre, puis, sans rien entre les deux : le 19 février à neuf heures du matin, Lupsin Joseph Warnant, vingt-cinq ans, scieur de long, épouse Philippine Joseph Gillard, vingt-sept ans, ménagère du village.

Un acte de mariage nomme quatre parents — c’est la loi, et c’est ce qui en fait la pièce la plus généreuse de tout l’état civil. Celui-ci en livre quatre que personne ne connaissait : Jacques Warnant, journalier, et Marie Barbe Melin, ménagère ; Louis Gillard, maçon, et Marie Joseph Côme, dont l’acte ne dit qu’un mot, décédée.

Il donne aussi les deux naissances qui manquaient : Lupsin le 11 janvier 1791, Philippine le 24 septembre 1788, tous deux à Lesve. Le quantième de Lupsin a demandé un détour : « onze » y est écrit ouze, le n tracé comme un u, et rien dans le mot seul ne permet de trancher entre onze et douze. La réponse était sur la même page, sous la même plume — les publications du mariage, faites « les quatre et onze février », deux dimanches de suite, avec exactement le même tracé.

Reste ce que le bas de l’acte raconte sans le dire. Les deux pères sont là, debout, pour consentir, et tous deux « ont déclaré ne savoir signer ». La mariée non plus ne signe pas. Lupsin, lui, signe — d’une main nette, en toutes lettres. Il signera encore la naissance de son fils en 1826, puis, le 28 janvier 1844, l’acte de décès de sa femme qu’il vient déclarer lui-même : morte la veille à six heures du soir, cinquante-cinq ans, l’âge qui concorde au jour près avec la date de 1816.

Trois signatures, trois moments d’une vie. Dans cette famille de journaliers et de scieurs de bois, l’écriture entre avec lui.

30 août 2026

Le premier acte de l’année, et ce qu’il refuse de dire

Le baptême de 1790 disait les parents « résidents en la paroisse de Bioul ». Leur mariage devait donc s’y trouver, et peu avant. Le registre des mariages de 1789 s’ouvre — littéralement, c’est le premier acte sous le titre — sur cette ligne : le 7 janvier 1789, jean francois lambert, baptisé à Lesves, épouse Catherine joseph Clause, baptisée à Bioul.

Vingt mois plus tard naîtra Éléonore. Les deux époux ont mis leur marque, ne sachant écrire ; les deux témoins ont signé pour eux — et l’un d’eux, Jean Joseph Menjot, reviendra tenir la petite sur les fonts.

Cet acte devait livrer une génération de plus. Il ne l’a pas fait. Le curé a écrit que le mariage avait lieu « après les trois publications des bans et du consentement des parents » — la formule suffisait au droit canon, elle ne nommait personne. Les quatre arrière-grands-parents restent anonymes.

Il aura tout de même appris quelque chose sur eux : ils étaient vivants ce 7 janvier 1789. Et il aura corrigé une erreur commise le matin même. En lisant, dans le baptême de 1790, que « le père a mis la marque pour ne savoir écrire et les autres ont signé », on avait cru que la mère savait écrire. « Les autres », ici, ce sont le parrain et la marraine. Son acte de mariage la montre faisant sa croix comme son mari.

30 août 2026

Un mot illisible, un village, une preuve

L’acte de mariage de 1816 disait Éléonore Lambert née « à Bihon ». Le mot était net, et le lieu n’existait pas. Aucune commune namuroise ne porte ce nom.

L’hypothèse est venue de la prononciation : en wallon, Bioul se dit « Biou », et un secrétaire d’une autre commune, écrivant à l’oreille, pouvait fort bien produire « Bihou » — dont le u final bouclé se lit n. Restait à le prouver, et la paléographie n’y suffisait pas : sous cette plume, le u et le n finaux sont indiscernables.

Le registre de Bioul a d’abord répondu à moitié. Le village s’y écrit « Bioulx », ce qui rendait la prononciation acquise ; et surtout, CLAUSE, le nom de la mère d’Éléonore, y revenait huit fois dans les tables décennales. Mais aucun LAMBERT — et c’était le nom du père. Le faisceau serrait sans se refermer.

C’est ce grain de sable qui a mené à l’acte. Les registres paroissiaux de la paroisse Saint-Barthélemy — année 1790, un cahier pour douze mois — donnent, à la date du 20 septembre, le baptême d'Éléonore Joseph Julienne, née le jour même vers six heures du soir. Le curé nomme les parents et, comme il le fait pour chacun, précise où ils ont été baptisés : la mère à Bioul, le père à Lesves.

Voilà pourquoi il n’y avait pas de Lambert dans les tables : il n’était pas du village. Il était de Lesve — celui-là même où, deux générations plus tard, son arrière-petite-fille épouserait Victor Warnant. Le père a signé d’une croix, ne sachant pas écrire ; sa femme, elle, a signé.

30 août 2026

Arbre, Besinne, et la septième génération

Il restait, dans l’acte de décès de Félix Beaupère (1906), une commune que l’arbre n’avait jamais visitée : Arbre, en province de Namur. Une journée y a suffi pour remonter deux générations.

La table décennale du village, ouverte au hasard des naissances de 1823, donne à la onzième ligne « Beaupère, Félix Joseph — 16 janvier 1826 ». L’acte, quatre pages plus loin, fait mieux que dater : il tranche un conflit de prénom qui traînait depuis le début. Félix ou Joseph ? Les deux — c’est un prénom composé, et le registre de 1881 n’avait fait que l’abréger par l’autre bout. Le même acte fait comparaître le père en personne, François Joseph Beaupère, journalier, qui déclare son fils et signe d’une croix : il ne sait pas écrire.

C’est ce père qui a ouvert la suite. Son mariage, retrouvé au 28 décembre 1816, nomme les quatre parents des époux — Antoine Beaupère et Marie Hélène Colart, Jean François Lambert et Catherine Joseph Clause — et fait entrer d’un coup la septième génération dans l’arbre. Deux d’entre eux étaient déjà morts ce jour-là ; les deux autres habitaient encore le hameau de Besinne, à quelques champs de la mairie.

Besinne, justement : c’est la leçon discrète de la journée. La commune s’appelait « Arbre et Besinne », et l’acte de 1906 qui disait Félix « né à Arbre » donnait la commune, pas le lieu. La graphie du hameau, sur ces pages de 1816, se lit à s’y méprendre « Bossière » — un village à trente kilomètres de là. Il aura fallu agrandir l’image pour ne pas déménager toute une famille.

28 août 2026

Six tables pour remonter d’un cran

Il n’y avait, cette fois, aucune date à tester. Personne — ni arbre, ni index, ni acte — ne proposait de mariage pour Jacques Van de Winckel et Isabelle Van Schuerbeeck. On savait seulement qu’ils étaient parents en juillet 1822, et qu’elle était née à Asse : le mariage était donc à Asse, avant 1822.

Restait à le trouver. Les registres de mariage d’Asse tiennent une vingtaine de pages par année, et chaque année se termine par une table alphabétique — deux images. On les a lues à reculons : 1822, rien. 1821, rien. 1820, rien. 1819, rien. 1818, rien. Puis 1817 : Van de Winckel, Jacobus — et juste en dessous, Van Schuerbeeck, Isabella, avec le même renvoi.

Le renvoi disait « 4 ». Nous sommes allés à l’acte n° 4 : un De Valck épousait une Vander Gucht. La colonne ne comptait pas les actes mais les feuillets — le feuillet 4 porte les actes 6 et 7. L’acte n° 7 était le bon.

Le 25 avril 1817, à dix heures du matin, devant Jacques Charles De Deken, adjoint au maire d’Assche, comparaissent Jacques Van de Winckel, vingt-cinq ans, journalier, né à Essene, et Isabelle Van Schuerbeeck, vingt-quatre ans, cultivatrice, née à Assche. Aucun des deux ne sait écrire. Ils habitent tous deux la première section de la commune.

Lui est orphelin : fils de feu Henri Van de Winckel et de feue Jeanne Nauwez — le nom est tracé d’une majuscule ornée qui reste à confirmer — « tous deux décédés à Essene », lui le dix-neuf brumaire an X, elle le quinze septembre 1811. Deux dates au jour près : deux actes qui existent, et qu’on ira lire.

Elle, au contraire, a ses parents à côté d’elle : Pierre Van Schuerbeeck et Suzanne Van der Slaghmolen, cultivateurs à Assche, « ici présents et consentants ». Eux non plus ne savent écrire ; ce sont les quatre témoins qui signent pour tout le monde.

Quatre ancêtres de plus, donc, et un village de plus. Essene — aujourd’hui une section d’Affligem — n’avait jamais été prononcé dans cette généalogie. C’est de là que vient le nom. La suite se lit comme une lente dérive vers le sud-est : Essene, Asse, Brussegem, Strombeek-Bever, Merchtem — et enfin, avec Léontine, la Wallonie.

Une dernière chose intrigue. Ils se marient en avril 1817, et le premier enfant que nous leur connaissons naît en juillet 1822. Cinq ans de silence, dans un ménage de journaliers du Brabant : il y manque des enfants, et probablement des tombes.

28 août 2026

Une sœur en travers du chemin

L’acte de décès disait cinquante-neuf ans, un neuf avril 1882. Cela donnait une fenêtre étroite et confortable : Jean Baptiste Van de Winkel était né entre le 10 avril 1822 et le 9 avril 1823, à Asse. Deux registres à lire, deux tables alphabétiques. On croyait en avoir pour une heure.

La table de 1822 porte bien un Van de Winckel — mais c’est Jeanne Françoise, née le 12 juillet. Une fille. Son acte, en revanche, valait le déplacement : « est comparu Jacques Van de Winckel, cultivateur, demeurant à Assche en la quatrième section, lequel nous a présenté un enfant du sexe féminin […] de lui déclarant et d'Isabelle Van Schuerbeeck, son épouse ». Le couple que nous cherchions était là, dans son village, avec son adresse. Et le père, comme tant d’autres dans ces registres, a déclaré ne pas savoir écrire.

Mais une fille née le 12 juillet 1822 ferme la porte : un frère ne peut pas naître avant le printemps 1823. Or 1823, table lue de bout en bout, ne contient aucun Van de Winckel. La fourchette de l’acte de décès était donc fausse.

Elle l’était de deux ans. Le 17 juin 1824, à onze heures du soir, dans la quatrième section d’Asse, naît un garçon ; son père vient le déclarer le lendemain matin à dix heures. Jacques Van de Winckel a trente-trois ans, il est werkman — ouvrier. Isabelle Van Schuerbeeck en a trente-et-un, et l’acte ajoute trois mots qui valent une génération : « née à Assche ». L’enfant reçoit les prénoms de Jean Baptiste.

Il mourra à cinquante-sept ans et non cinquante-neuf, à Brussegem, déclaré par deux voisins qui ont dû arrondir. C’est le genre d’écart qu’on ne voit qu’après coup, et qui coûte deux registres.

Ce que l’acte change, au fond, c’est le statut de tout ce qui précède. Jusqu’ici, Jacques et Isabelle n’étaient que deux noms cités dans l’acte de décès de leur fils — une preuve indirecte, solide mais muette. Les voici qui comparaissent, datés, avec un métier, une section de commune et une main qui ne sait pas tenir la plume. Et puisque la mère est née à Asse, la génération d’encore avant y est aussi : leur mariage, quelque part entre 1812 et 1821, la nommera.

28 août 2026

Le village où l’on n’était pas né

Sur l’acte de naissance de Léontine, en janvier 1903, un employé de Merchtem a écrit que le père, Jean François Van de Winkel, journalier, était « né à Strombeek-Bever ». C’était une piste en or : une petite commune au nord de Bruxelles, vingt naissances par an, un registre qu’on lit en une matinée. Nous l’avons lue — 1863, 1864, 1865, puis 1862 par acquit de conscience. Quatre tables alphabétiques, une centaine de familles, et pas un seul Van de Winkel. Le patronyme n’existe pas dans ce village.

L’erreur était dans l’acte. En 1897, quand il se marie, Jean François habite Strombeek-Bever ; mais il est né à Brussegem, le 31 juillet 1863. Un homme illettré, qui déclare une naissance treize ans plus tard, donne le village où il vit. Le scribe écrit ce qu’il entend. Un acte prime sur un arbre pour ce qu’il constate — la date, l’heure, les comparants — mais pas pour ce qu’il redit de mémoire.

Le mariage, lui, ne se trompe pas : il s’appuie sur l’extrait de naissance que l’époux a dû produire. Le 19 mai 1897, à neuf heures et demie, Jean François épouse à Merchtem Jeanne Philomène Thomas, cultivatrice, née là le 11 juin 1869. Ses parents à elle sont dans la salle, « présents et consentants » : Cornélius Thomas, soixante-six ans, et Jeanne Judoca De Decker, soixante-trois — un second prénom qu’aucun arbre ne connaissait. Aucun des deux ne sait écrire. La mariée, elle, signe : L. Thomas.

Et l’acte dit enfin ce que nous cherchions. Le marié est fils de Jean Baptiste Van de Winkel, mort à Brussegem le 9 avril 1882, et de Anne Marie Walravens, morte à Strombeek-Bever le 11 octobre 1896. Deux dates précises : deux actes à aller chercher.

Celui du père était à trois lectures de là. Brussegem, 10 avril 1882, deux heures de l’après-midi : ce ne sont pas des parents qui viennent déclarer le décès, mais deux voisins — un charpentier de vingt-neuf ans et le garde champêtre. Jean Baptiste Van de Winkel, cultivateur, cinquante-neuf ans, est mort la veille à neuf heures du soir dans sa maison du hameau de Vinthout. Il laisse une femme de cinquante-trois ans et un fils de dix-huit qui sera notre arrière-grand-père.

La dernière ligne de l’acte ouvre une génération de plus : il était « fils de Jacques et d'Isabelle Van Schuerbeeck, tous deux décédés à Asse ». La famille ne venait donc pas de Brussegem. Elle vient d’Asse, à dix kilomètres, et l’on peut maintenant suivre son glissement d’une commune à l’autre en trois générations : Asse, Brussegem, Strombeek-Bever, Merchtem — puis, avec Léontine, la Wallonie et Falisolle.

Une dernière chose, discrète, au milieu de l’acte de mariage. Les époux déclarent qu’un enfant leur est né à Merchtem en mai 1890, sept ans plus tôt, inscrit sous le nom de la mère — Anna Maria Thomas — et qu’ils le reconnaissent et le légitiment. C’est la sœur aînée de Léontine. Elle avait porté un autre nom pendant sept ans.

27 août 2026

Le 16 mai 1827, à huit heures du matin

L’acte que nous cherchions depuis le début existe, et il dit plus que ce qu’on espérait. Le 16 mai 1827, à huit heures du matin, Pierre Jean Heyvaert, tisserand de lin de vingt-cinq ans, épouse à Merchtem Marie Thérèse De Baerdemaecker, cultivatrice. Les parents du marié sont là : Joseph Heyvaert, cinquante-sept ans, et Jeanne Pétronelle Lombaert, cinquante-deux ans, « tous deux présents et consentants ». La filiation que trois documents suggéraient sans la prouver est cette fois écrite dans l’acte même.

Le bas de la page raconte une chose que les registres disent rarement aussi crûment. On y lit que tous ont signé, « hormis le père de l’époux, lequel a déclaré ne pas savoir écrire, pour cause d’illettrisme ». Et juste en dessous, d’une grande main assurée : J. P. Lombaert. Dans ce ménage de cultivateurs du Brabant, c’est la mère qui tenait la plume. Leur fils, lui, signe d’une belle écriture — et la mariée aussi, elle qui a grandi sans père déclaré, fille d’une journalière morte deux ans avant la noce.

Parmi les témoins, Petrus Antonius Heyvaert, vingt-deux ans — le frère, dont le propre mariage, cinq ans plus tard, nous avait mis sur la piste. La boucle est bouclée : quatre générations de Heyvaert se tiennent maintenant par les actes, de Didier à ce Joseph né vers 1770, dont il reste à trouver le berceau dans les registres paroissiaux.

27 août 2026

Pierre Jean Heyvaert, né le 22 février 1802

Depuis deux jours, tout butait sur le même point. Nous savions qu’un Petrus Joannes Heyvaert, cultivateur à Merchtem, avait épousé Maria Theresia De Baerdemaecker avant 1841 ; nous soupçonnions ses parents sans pouvoir le prouver. Les tables de mariage de 1828 à 1841 étaient muettes, et l’année 1826 manque à tous les fonds.

La réponse était dans les liasses que personne ne dépouille : les annexes de mariage. Quatre pièces y sont réunies pour le futur marié, dont trois délivrées par la commune de Merchtem le 10 mai 1827. La première est son propre acte de naissance : « L’an dix de la République française, le troisième jour du mois de Ventôse, à deux heures du relevé, est né à Merchtem Pierre Jean Heyvaert, fils de Joseph Heyvaert, cultivateur, et de Jeanne Pétronelle Lombaert. » Trois ventôse an X, c’est le 22 février 1802 — et l’acte de naissance de son fils, quarante ans plus tard, lui donnait trente-neuf ans. Tout concorde. La filiation qu’on n’osait pas écrire est désormais établie.

La troisième pièce concerne la mariée, et raconte autre chose. Marie Thérèse De Baerdemaeker, née le 28 octobre 1804, y est dite fille naturelle d’Élisabeth, journalière, âgée de vingt-deux ans. Aucun père n’est nommé. Dans un arbre généalogique, cela laisse une case vide qui ne se remplira jamais : elle n’est pas perdue, elle n’a pas existé en droit. La quatrième pièce est l’acte de décès d’Élisabeth, morte à quarante-quatre ans en juillet 1825, deux ans avant le mariage de sa fille — et elle nomme ses propres parents, Pierre De Baerdemaeker et Marie Madeleine Van der Veken.

En une journée, la branche paternelle est passée de la cinquième à la huitième génération, entièrement sur actes. Il reste à lire l’acte de mariage lui-même, quelque part dans le registre de 1827 : il dira quel jour, ce printemps-là, ces deux-là se sont présentés devant l’officier de l’état civil.

27 août 2026

Le choléra, un mariage, et quatre noms retrouvés

En septembre 1831, à Merchtem, deux Heijvaert meurent à neuf jours d’intervalle : Petrus Josephus le 5, sa femme Joanna Petronella Lombaert le 14. L’épidémie de choléra traverse alors la Belgique. Quatre mois plus tard, le 4 janvier 1832, leur fils Petrus Antonius se marie — et la commune lui réclame, comme il se doit, la preuve que ses parents sont morts.

Ce sont ces pièces justificatives, cousues dans un registre d’annexes, que nous avons retrouvées. Elles font plus que confirmer deux décès : un acte de décès belge nomme les parents du défunt. En deux feuillets, quatre noms surgissent d’un coup, qu’aucun arbre en ligne ne portait : Egidius Heijvaert et Joanna Maria Sergoeijnne, Hieronimus Lombaert et Joanna Elizabeth Heijvaert. Une Heijvaert avait donc épousé un Lombaert, dont la fille épousa un Heijvaert : le village est petit, et le clan tourne sur lui-même.

Une troisième pièce, l’extrait de naissance du marié daté de l’an XII de la République, apporte sa contrariété : elle appelle le père Égide Joseph là où les deux autres documents écrivent Petrus Josephus. On ne tranche pas — on note les deux versions et on attend les actes originaux.

Reste la question qui commande tout : ces gens sont les parents du frère. Que notre ancêtre direct soit bien de la même fratrie demeure très probable, mais pas encore prouvé. La leçon du jour est ailleurs, dans la méthode : les annexes de mariage, ces liasses que personne ne dépouille, valent souvent deux générations.

27 août 2026

Le mariage Defleur × Jadot livre quatre ancêtres, et une leçon

L’acte de mariage de Sébastien Joseph Defleur et Pélagie Jadot est enfin lu : Lesve, le 2 septembre 1899 — et non le 9 novembre que portait notre saisie. L’index décennal écrivait 2 7bre (septembre) ; nous l’avions lu 9 9bre (novembre). Deux mois d’écart pour deux caractères. L’acte prime sur l’index, c’est désormais gravé dans la méthode.

Surtout, l’acte nomme les quatre parents des époux : Hadelin Joseph Defleur et Joséphine Collard, de Sommière, Julien Jadot et Béatrix Misson, de Lesve. Quatre ancêtres d’un coup — les sosa 28 à 31 — qu’aucun arbre en ligne ne connaissait. Les prochains actes à chercher sont leurs deux mariages, vers 1865-1873 : ils ouvriraient les sosa 56 à 63.

26 août 2026

Deux actes pour Philippus Jacobus, et la porte de la sixième génération

La journée a donné coup sur coup l'acte de naissance (1841) et l'acte de décès (1878) de Philippus Jacobus Heyvaert, sosa 16 — le premier localisé par sondage de bobine, le second retrouvé par Didier en feuilletant là où le sondage avait échoué.

Les deux actes font mieux que le dater : ils confirment ses parents, Petrus Joannes Heyvaert et Maria Theresia De Baerdemaecker, jusque-là connus d’un seul arbre — et l’acte de naissance précise qu’ils se sont mariés à Merchtem avant juillet 1841. Cet acte de mariage, s’il est retrouvé, nommera leurs quatre parents : la sixième génération d’un coup. C’est la piste ouverte du moment.

26 août 2026

Didier et Dominique, cousins

En rattachant la fiche de Dominique à l’arbre de sa mère, Geneanet a calculé dix liens de parenté entre Didier et Dominique — par les familles Defleur, Brostaux et Melin, toutes namuroises. Cousins au septième et au huitième degré : les vallées de la Meuse et de la Sambre sont un petit monde, et le fil que l’on remonte des deux côtés finit par se rejoindre.

26 août 2026

Quatre générations en une journée

Tout est parti de huit noms et de trois faire-part conservés dans les papiers de famille. En une journée de recherche — inmemoriam.be, FamilySearch, les Archives de l’État — l’ascendance est remontée jusqu’à la cinquième génération, et sept documents d’archives la tiennent : trois faire-part, un souvenir mortuaire, trois actes d’état civil. Le faire-part de Louis Heyvaert a tranché à lui seul une date que cinq arbres se disputaient : mort le 17 janvier 1987, non le 7.