La petite histoire

Sosa 14 · Génération IV · Les bisaïeuls · Branche Defleur

Sébastien Joseph Defleur

1873 – 1954

Vérifié sur document

Sébastien Joseph Defleur naît à Sommière le 16 février 1873, fils d’un journalier. Milicien de 1893, tiré au numéro 42 à Sommière, il est incorporé le 19 juin et passe au service actif en octobre, grenadier au régiment des Grenadiers, en garnison à Laeken. Son livret, gardé par la famille, le décrit ouvrier agricole, un mètre septante-huit, les yeux bruns et les cheveux noirs, et porte sa photographie en uniforme. Renvoyé chez lui en congé illimité au camp de Beverloo le 25 juin 1897, il se présente encore aux revues d’automne jusqu’en 1900. En 1899, il épouse à Lesve Pélagie Jadot, fille du garde champêtre ; il quitte Sommière le 2 février 1900 et arrive deux jours plus tard à Lesve, rue des Hayettes. Leurs six enfants y naissent. Le 25 octobre 1902, journalier, il est témoin, « beau-frère de la future », au mariage de Clotilde Jadot, la sœur aînée de Pélagie, avec Victor Buisseret, et signe « J. Defleur ». Journalier, ouvrier agricole, quelques années ouvrier brasseur, il signe tous les actes où nous le voyons : « S. Defleur » à la naissance de Léa en 1900, puis « J Defleur » à celles de ses fils et filles de 1909 à 1913 et au décès de sa femme. Veuf en janvier 1918, il reçoit en avril 1919 une carte d’identité qui le dit « veuf Jadot Marie », ouvrier agricole, rue sur les Fosses au numéro 151, et qui garde un second portrait de lui. Le 3 août 1923, présent au mariage de sa fille aînée Léa avec Célestin Warnant, il consent de vive voix et signe « J Defleur », de son second prénom, comme sur sa carte ; le premier témoin, Constant Demarcin, l’avait déjà été au sien en 1899. Il vit encore, ouvrier agricole à Lesve, le 30 août 1935, quand sa fille Marie Joséphine y épouse Ernest Michel ; présent, il consent et signe « J Defleur », et les témoins sont son fils Adelin et son gendre Célestin Warnant ; sa carte est encore visée le 30 octobre 1944. Pensionné de vieillesse, il meurt à Lesve le 5 février 1954 à dix-sept heures, veuf depuis trente-six ans, à quatre-vingts ans ; son gendre Ernest Michel, ouvrier de glacerie, déclare le décès le lendemain avec un voisin.

Naissance16 février 1873, Sommière
Décès5 février 1954, Lesve
ProfessionOuvrier agricole · Grenadier, milicien de 1893 · Journalier · Ouvrier brasseur · Pensionné de vieillesse
RésidenceSommière · Lesve
UnionPélagie Marie Jadot — mariés le 2 septembre 1899, Lesve
Sa parenté proche · voir dans l’arbre
Hadelin JosephDefleur1842 – 1920JoséphineCollard1846 – 1915
Sébastien JosephDefleur1873 – 1954Pélagie MarieJadot1874 – 1918

Les pièces

Les documents d’archives rassemblés pour cette personne — cliquer pour ouvrir l’image en pleine taille.

Acte de naissance de Sébastien Joseph Defleur, Sommière, 17 février 1873, n° 3
Acte de naissance de Sébastien Joseph Defleur, Sommière, 17 février 1873, n° 31873-02-16_acte-naissance.jpg
L'avis glissé dans son livret : grenadier, en congé à Sommière
L’avis glissé dans son livret : grenadier, en congé à Sommière1893-06-19_livret-militaire_avis-en-conge-Sommiere.jpg
La couverture de son livret de mobilisation : régiment des Grenadiers, son nom, la classe de 1893
La couverture de son livret de mobilisation : régiment des Grenadiers, son nom, la classe de 18931893-06-19_livret-militaire_couverture.jpg
La première page de son livret : bataillon, compagnie, matricule, et sa signature
La première page de son livret : bataillon, compagnie, matricule, et sa signature1893-06-19_livret-militaire_page-1.jpg
Son portrait en uniforme, collé dans son livret militaire de milicien de 1893 — gardé par la famille
Son portrait en uniforme, collé dans son livret militaire de milicien de 1893 — gardé par la famille1893-06-19_livret-militaire_portrait.jpg
Son portrait en uniforme, second cliché
Son portrait en uniforme, second cliché1893-06-19_livret-militaire_portrait_second-cliche.jpg
Son signalement de milicien : ses parents, sa naissance, sa taille, son visage, et son arrivée au corps en 1893
Son signalement de milicien : ses parents, sa naissance, sa taille, son visage, et son arrivée au corps en 18931893-06-19_livret-militaire_signalement.jpg
Son tir de réglage, le 6 août 1894
Son tir de réglage, le 6 août 18941894-08-06_livret-militaire_p61-tir-de-reglage.jpg
Le feuillet où il dit ce qu'il voit de 100 à 600 mètres — « vue moyenne », décembre 1894
Le feuillet où il dit ce qu’il voit de 100 à 600 mètres — « vue moyenne », décembre 18941894-12-20_livret-militaire_appreciation-des-distances.jpg
Son congé de 1896 et les effets qu'il emporte
Son congé de 1896 et les effets qu’il emporte1896-09-05_livret-militaire_p26-27.jpg
Son congé, accordé à Laeken le 5 septembre 1896
Son congé, accordé à Laeken le 5 septembre 18961896-09-05_livret-militaire_p27-cartouche-de-conge.jpg
Son incorporation, et son retour à Sommière en septembre 1896
Son incorporation, et son retour à Sommière en septembre 18961896-09-08_livret-militaire_p34-35-incorporation-et-visa.jpg
Son livret vérifié par son capitaine, de 1894 à 1896
Son livret vérifié par son capitaine, de 1894 à 18961896_livret-militaire_p62-verifications.jpg
Son congé définitif, au camp de Beverloo, le 25 juin 1897
Son congé définitif, au camp de Beverloo, le 25 juin 18971897-06-25_livret-militaire_p28-29-conge-illimite.jpg
Son instruction et ses tirs, de 1894 à 1897
Son instruction et ses tirs, de 1894 à 18971897_livret-militaire_p60-instruction.jpg
Acte de mariage de Sébastien Joseph Defleur et de Pélagie Marie Jadot, Lesve, 2 septembre 1899 — les époux et leurs parents, les pièces lues ; puis la célébration, les témoins et les signatures ; les deux pages côte à côte
Acte de mariage de Sébastien Joseph Defleur et de Pélagie Marie Jadot, Lesve, 2 septembre 1899 — les époux et leurs parents, les pièces lues ; puis la célébration, les témoins et les signatures ; les deux pages côte à côte1899-09-02_acte-mariage-Lesve.jpg
Les revues de 1896 à 1899, en double page
Les revues de 1896 à 1899, en double page1899-12-13_livret-militaire_p52-53.jpg
Les revues où il se présente, de 1896 à 1899
Les revues où il se présente, de 1896 à 18991899-12-13_livret-militaire_p53-revues-1896-1899.jpg
Extrait de l'index décennal — instrument de recherche, pas un acte
Extrait de l’index décennal — instrument de recherche, pas un acte1899_index-decennal-Lesve_extrait.png
Son départ de Sommière et son arrivée à Lesve, rue des Hayettes, en février 1900
Son départ de Sommière et son arrivée à Lesve, rue des Hayettes, en février 19001900-02-04_livret-militaire_p36-37-visas-Sommiere-Lesve.jpg
Sa dernière revue, en novembre 1900
Sa dernière revue, en novembre 19001900-11-24_livret-militaire_p54-revue.jpg
La couverture de sa carte d'identité, commune de Lesve, et l'extrait de l'arrêté royal de 1919
La couverture de sa carte d’identité, commune de Lesve, et l’extrait de l’arrêté royal de 19191919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_couverture.jpg
Les volets intérieurs de sa carte d'identité : les demeures successives, restées vides
Les volets intérieurs de sa carte d’identité : les demeures successives, restées vides1919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_demeures.jpg
Sa carte d'identité de 1919, dépliée
Sa carte d’identité de 1919, dépliée1919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_depliee.jpg
Sa carte d'identité de 1919, dépliée, second cliché
Sa carte d’identité de 1919, dépliée, second cliché1919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_depliee_second-cliche.jpg
Son portrait vers quarante-six ans, sur sa carte d'identité de 1919
Son portrait vers quarante-six ans, sur sa carte d’identité de 19191919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_photographie.jpg
Le recto de sa carte d'identité, de près : le cachet « Validé » et sa date, écrite à la plume
Le recto de sa carte d’identité, de près : le cachet « Validé » et sa date, écrite à la plume1919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_recto-de-pres.jpg
Sa carte d'identité, Lesve, 25 avril 1919 : veuf, ouvrier agricole, rue sur les Fosses
Sa carte d’identité, Lesve, 25 avril 1919 : veuf, ouvrier agricole, rue sur les Fosses1919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_signalement.jpg
Sa carte d'identité de 1919, second cliché
Sa carte d’identité de 1919, second cliché1919-04-25_carte-identite-Lesve-n624_signalement_second-cliche.jpg
Acte de son décès, Lesve, 6 février 1954, n° 3 — mort la veille à dix-sept heures, veuf, à quatre-vingts ans ; déclaré par son gendre Ernest Michel et par un voisin. Photographié par Didier au guichet de Profondeville
Acte de son décès, Lesve, 6 février 1954, n° 3 — mort la veille à dix-sept heures, veuf, à quatre-vingts ans ; déclaré par son gendre Ernest Michel et par un voisin. Photographié par Didier au guichet de Profondeville1954-02-05_acte-deces-Lesve-n3.jpg
Le même acte : la copie délivrée par la commune de Profondeville
Le même acte : la copie délivrée par la commune de Profondeville1954-02-05_acte-deces-Lesve-n3_copie-delivree-Profondeville.jpg

Ce que les actes racontent

Une ligne dans une table, et une date fausse

Sébastien Joseph Defleur est entré dans cet arbre par une seule ligne, relevée dans l’index décennal des mariages de Lesve pour les années 1891-1900 :

39 · Defleur et Jadot · 4 · 9 · 9bre · 99

Il fallait la déchiffrer. Le 39 de gauche est le rang dans l’index, pas le numéro de l’acte. Le 9bre est une abréviation ancienne pour novembre — du latin november, neuvième mois du calendrier romain ; on trouve de même 7bre pour septembre, 8bre pour octobre, Xbre pour décembre. On lisait donc : acte numéro 4, le 9 novembre 1899.

C’était cohérent. Leur fille aînée naît en 1900, moins d’un an plus tard ; les âges tombaient juste. La date a été notée, et elle était fausse.

Un index n’est pas un acte. Il localise, il ne prouve pas. Quand le registre lui-même a été ouvert, l’acte s’est révélé daté du 2 septembre 1899 — et l’acte suivant du 9 septembre, ce qui confirme la place du nôtre dans une série strictement chronologique. La lecture de l’index était fautive : très probablement 2 · 7bre pris pour 9 · 9bre.

Deux mois d’écart, sur une seule ligne mal lue. C’est peu, et c’est exactement le genre d’erreur qui se recopie ensuite pendant des années.

L’acte, à Lesve, le 2 septembre 1899

Il est rédigé en français — nous sommes en province de Namur — et s’étale sur deux pages du registre : il commence à droite d’une vue et s’achève à gauche de la suivante.

L’an mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf, du mois de septembre, le deuxième, à dix heures, pardevant moi Gustave MISSON, bourgmestre, faisant les fonctions d’officier de l’état civil de la commune de Lesve, sont comparus en séance publique, en la maison communale :

DEFLEUR Sébastien Joseph, célibataire, âgé de vingt-six ans, né à Sommière, profession de journalier, domicilié à Sommière, fils majeur de Hadelin Joseph DEFLEUR, ouvrier agricole, domicilié à Sommière, et de Joséphine COLLARD, ménagère, domiciliée à Sommière ;

Et JADOT Pélagie Marie, célibataire, âgée de vingt-cinq ans, née à Lesve, profession de ménagère, domiciliée à Lesve, fille majeure de Julien JADOT, garde champêtre, domicilié à Lesve, et de Béatrix MISSON, ménagère, domiciliée à Lesve.

Lesquels m’ayant requis de procéder à la célébration du mariage projeté entre eux, j’ai d’abord donné lecture des pièces suivantes […] : 1° de l’acte de naissance de Sébastien Joseph Defleur constatant qu’il est né à Sommière le seize février mil huit cent soixante-treize ; 2° de l’acte de naissance de Pélagie Marie Jadot constatant qu’elle est née à Lesve le sept juillet mil huit cent soixante-quatorze ; 3° d’un certificat délivré par Monsieur le Gouverneur de la province de Namur […] constatant que Defleur Sébastien Joseph a satisfait à la loi sur la milice ; 4° et 5° […] constatant que le mariage projeté a été affiché à Sommière et à Lesve le dimanche vingt août, sans opposition ; 6° […] portant consentement par Joséphine COLLARD épouse Defleur au mariage de son fils ; 7° et finalement du chapitre six du titre cinq du Code civil intitulé « Du mariage ».

Après cette lecture, Hadelin Joseph DEFLEUR, Julien JADOT et Béatrix MISSON, ici présents, ont déclaré donner leur consentement au mariage de leurs enfants. […] j’ai déclaré au nom de la loi que Defleur Sébastien Joseph et Jadot Pélagie Marie sont unis en mariage. […]

Le tout en présence de Constant Demarcin, 37 ans, fermier à Lesve ; Omer Bocart, 25 ans, instituteur à Grammont ; Valentin Piette, 31 ans, journalier à Sommière ; et d'Adelin JADOT, 25 ans, charron à Sommière.

Quatre ancêtres que personne n’avait

Un acte de mariage nomme les parents des deux époux : c’est ce qui en fait la pièce la plus rentable de toute la généalogie. Celui-ci en livre quatre d’un coup, et aucun des quatre ne figurait dans les arbres consultés.

Du côté de l’époux, Hadelin Joseph Defleur, ouvrier agricole à Sommière, et Joséphine Collard, ménagère. Hadelin — et non Hardelin : le prénom a été relu et agrandi. C’est un nom namurois classique, celui de saint Hadelin de Celles ; la graphie colle au pays.

Du côté de la mariée, Julien Jadot, garde champêtre de Lesve, et Béatrix Misson, ménagère. Trois des quatre parents sont dans la salle. La mère de l’époux, seule absente, a fait délivrer un certificat de consentement par sa commune — on ne se déplaçait pas de Sommière à Lesve à la légère.

L’âge de Julien Jadot ne vient pas de cet acte, qui ne le donne pas, mais de l’acte précédent dans le même registre, où il figure comme témoin : cinquante-cinq ans, garde champêtre à Lesve. Il était le témoin d’office du village. Il a marié sa fille le même jour.

Une lettre, et deux erreurs

Le nom de la mère de la mariée nous a longtemps échappé, et il vaut la peine de raconter comment il s’est laissé prendre.

Nous avons d’abord lu Toison. Un arbre généalogique consulté en ligne donnait, lui, Misson — et comme cet arbre ne citait aucune source, nous avons maintenu notre lecture. Le doute est venu d’ailleurs : le bourgmestre qui célèbre ce mariage, que nous lisions « Gustave Toison », s’est révélé s’appeler Gustave Misson, établi par trois actes où il signe en toutes lettres. La même écriture nous avait donc pris une fois au piège.

La réponse était sur la page même. Dans cette main, le M capital ne se trace pas comme on l’attend : c’est un fût unique qui se recourbe en crosse vers la gauche, sans les jambages habituels. Or ce glyphe-là figure trois mots plus loin, dans un nom qui ne souffre aucune discussion — « Jadot Pélagie Marie ». Le même signe, le même jour, la même plume.

La mère de la mariée s’appelait donc Béatrix Misson. Et l’arbre non sourcé avait raison contre nous.

Une dernière malice explique la persistance de l’erreur : le registre porte deux mains différentes. Sur la page de gauche, un autre greffier écrit « Misson » avec un M large et à jambages, parfaitement lisible — de sorte que comparer d’une page à l’autre égarait au lieu d’éclairer. C’est dans la ligne, pas dans le volume, qu’il fallait chercher le point de comparaison.

Ce qu’on sait de sa vie

Il naît à Sommière le 16 février 1873, il est journalier — travailleur payé à la journée, le bas de l’échelle rurale. Il épouse à vingt-six ans une fille de Lesve, le village voisin, et c’est là qu’il s’installe, cinq mois après la noce. Le bourgmestre de Sommière vise son départ dans son livret militaire le 2 février 1900 ; celui de Lesve, Gustave Misson, son arrivée le 4, rue des Hayettes.

Six enfants y naissent, tous tenus par leur acte : Léa en octobre 1900, notre ancêtre ; Marie Joséphine en septembre 1906 ; Adelin Armand Joseph en septembre 1909 ; Aline Léa en février 1911 ; Gustave en mars 1912 ; Joseph Félix en août 1913. L’acte de 1906 le dit ouvrier agricole et non plus journalier — la nuance n’est pas rien : on passe du travail à la journée à un emploi suivi. De 1909 à 1912, les actes le disent ouvrier brasseur ; en 1913, il est de nouveau ouvrier agricole.

Sa femme meurt à Lesve le 12 janvier 1918, à quarante-trois ans. Il déclare lui-même le décès et signe. Après cet acte, les registres en ligne ne disent plus rien de lui. Ce sont les papiers de la famille qui prennent le relais.

Deux portraits

Chez une de ses petites-filles, on a retrouvé deux papiers à son nom. Le premier est son livret militaire. Il a vingt ans en 1893, et le sort l’a désigné : milicien de cette année-là, tiré à Sommière sous le numéro 42, il est incorporé le 19 juin et passe au service actif le 23 octobre. Le livret le décrit comme on décrivait alors une recrue : un mètre septante-huit, le visage large, le menton rond, les yeux bruns, les cheveux noirs, ouvrier agricole de son état. Sur la page d’en face, une photographie est collée : un jeune homme en tunique à épaulettes, deux rangées de boutons, les cheveux ras, qui regarde l’objectif sans sourire. Les cases des grades, des campagnes et des condamnations sont restées vides. Plus tard, quelqu’un a barré « célibataire » et écrit « marié ».

Les autres pages du livret disent son service. Il est grenadier, au régiment des Grenadiers, quatrième bataillon, troisième compagnie, et il signe la première page d’un seul mot, « Defleur ». Le régiment tient garnison à Laeken : c’est de là qu’on l’envoie en congé le 5 septembre 1896, et il rentre à sa compagnie le 19 mars 1897. Le 25 juin suivant, au camp de Beverloo, on lui accorde son congé illimité. Il a servi près de quatre ans. Rentré à Sommière, il se présente encore chaque automne à la revue du district militaire de Dinant, jusqu’en 1900.

Un feuillet est resté plié dans le livret, daté du 20 décembre 1894 : un exercice d'« appréciation des distances », au nom du grenadier Defleur, « vue moyenne ». À cent mètres, « je puis compter le nombre de boutons de la veste » ; à trois cents, « je ne vois plus les boutons » ; à six cents, « je ne distingue presque plus rien ».

Le second est sa carte d’identité, que la commune de Lesve lui délivre le 25 avril 1919, au lendemain de la guerre. Elle le dit « veuf Jadot Marie » : c’est sous ce prénom-là que le village connaissait sa femme. Ouvrier agricole, il habite rue sur les Fosses, au numéro 151. Une seconde photographie est collée sous le cachet de la commune : il a quarante-six ans, une moustache, un veston et un col blanc, et il signe au-dessus « J. Defleur », de l’initiale de son second prénom.

Quatre ans plus tard, le 3 août 1923, sa fille aînée Léa épouse Célestin Warnant à la maison communale de Lesve. Il est là. Il donne son consentement de vive voix et signe à côté d’elle, de la même grande boucle qu’en 1919 : « J Defleur ». Au village, on l’appelait sans doute Joseph. Le premier témoin est un homme qu’il connaît : Constant Demarcin, qui avait déjà été témoin à son propre mariage, vingt-quatre ans plus tôt. Fermier en 1899, il est devenu conseiller provincial.

Seize ans après la carte, le 30 août 1935, il vit encore, toujours ouvrier agricole à Lesve, quand sa fille Marie Joséphine y épouse Ernest Michel. Il est présent, consent et signe « J Defleur » ; les deux témoins sont des siens, son fils Adelin et son gendre Célestin Warnant. La même carte d’identité porte, sur sa couverture, un cachet « Validé » daté du 30 octobre 1944 : deux mois après la Libération, il l’a sans doute présentée lui-même, à septante et un ans.

Il meurt à Lesve le 5 février 1954, à cinq heures de l’après-midi, onze jours avant ses quatre-vingt-un ans. L’acte le dit pensionné de vieillesse et veuf de Pélagie Marie Jadot : il lui a survécu trente-six ans. C’est son gendre, Ernest Michel, ouvrier de glacerie, qui va déclarer le décès le lendemain matin, avec un voisin, Adelin Louis. La veille, Ernest avait eu quarante-trois ans.

Un détail des témoins mérite l’œil. Le quatrième s’appelle Adelin Jadot, vingt-cinq ans, charron — installé à Sommière, le village de l’époux. Ce n’est pas un frère de la mariée : il naît dix-sept jours après elle, et l’index le dit fils d’un Gustave Jadot, neveu de Julien. C’est donc un cousin de la mariée. Et l’on ne peut pas ne pas remarquer que Hadelin Joseph Defleur et Adelin Jadot portent le même prénom namurois : les deux familles puisaient au même répertoire bien avant de s’allier.

Ce qui reste ouvert

Les deux mariages des parents ont été retrouvés depuis, et tous deux sont de 1869 : Hadelin Defleur et Joséphine Collard à Sommière le 8 novembre, Julien Jadot et Béatrix Misson à Lesve le 14 mai. Ils font remonter la lignée d’une génération de chaque côté.

Une coïncidence attend encore d’être creusée ou écartée. La mère de l’époux s’appelle Joséphine Collard, et l’on trouve dans la même région, une génération plus tôt, une Séraphine Colart qui est elle aussi notre ancêtre par une autre branche. Rien ne les relie encore.

L’autre s’est éclaircie. Le bourgmestre qui les marie, Gustave Misson, porte le nom de la mère de la mariée parce qu’il est, selon toute vraisemblance, son frère : l’index le donne pour fils des mêmes parents, et il se récuse aux actes de décès de l’un et de l’autre. Le bourgmestre mariait sa nièce. Il mariera aussi les trois autres enfants Jadot ; en octobre 1902, quand Clotilde épouse Victor Buisseret, c’est Sébastien Joseph qui est témoin, « beau-frère de la future », et qui signe « J. Defleur ».

Vingt-quatre ans plus tard, la scène se répète peut-être. L’échevin qui marie Léa en 1923 s’appelle Armand Jadot, et la mère de Léa avait un frère de ce nom, cultivateur au village. Si c’est lui, l’oncle marie à son tour sa nièce. Rien ne le prouve encore : une signature de même allure, un prénom, un village.

Sources