La petite histoire

Sosa 12 · Génération IV · Les bisaïeuls · Branche Warnant

Victor Joseph Warnant

1856 – 1918

Vérifié sur document

Tisserand à son mariage en 1881, il l’est encore à Lesve en 1884 ; cultivateur au même endroit onze ans plus tard, à la naissance de son fils Célestin, qu’il déclare lui-même et où il signe. Le ménage est donc resté dans son village natal, et non à Lesve d’où vient son épouse. Cultivateur à Bois-de-Villers à cinquante-six ans, il déclare à Lesve le 7 février 1912, avec son frère Alexandre, la mort de leur sœur aînée Sidonie, et signe « Victor Warnant ». Il meurt chez lui le 8 mai 1918 à sept heures du matin, à soixante-deux ans, toujours cultivateur ; son fils Joseph, maçon, vient le déclarer le lendemain. Ce même acte apprend que ses parents étaient alors morts tous les deux, domiciliés en dernier lieu à Lesve.

Naissance29 janvier 1856, Bois-de-Villers
Décès8 mai 1918, Bois-de-Villers
ProfessionTisserand · Cultivateur · Maçon
RésidenceBois-de-Villers
UnionMarie Elise Beaupière — mariés le 3 mai 1881, Lesve
Sa parenté proche · voir dans l’arbre
Victor JosephWarnant1856 – 1918Marie EliseBeaupière1858 – 1923/1940

Les pièces

Les documents d’archives rassemblés pour cette personne — cliquer pour ouvrir l’image en pleine taille.

Son acte de naissance — Bois-de-Villers, 29 janvier 1856, acte n° 4
Son acte de naissance — Bois-de-Villers, 29 janvier 1856, acte n° 41856-01-29_acte-naissance-Bois-de-Villers_n4.jpg
Acte de mariage de Victor Joseph Warnant et de Marie Elise Beaupière, Lesve, 3 mai 1881 — l'en-tête du registre, les époux et leurs parents, les pièces lues ; puis la célébration, les témoins et les signatures ; les deux pages côte à côte
Acte de mariage de Victor Joseph Warnant et de Marie Elise Beaupière, Lesve, 3 mai 1881 — l’en-tête du registre, les époux et leurs parents, les pièces lues ; puis la célébration, les témoins et les signatures ; les deux pages côte à côte1881-05-03_acte-mariage-Lesve.jpg
Son acte de décès — Bois-de-Villers, 9 mai 1918, acte n° 6
Son acte de décès — Bois-de-Villers, 9 mai 1918, acte n° 61918-05-09_acte-deces.jpg

Ce que les actes racontent

Un tisserand dans un village de fermes

De Victor Joseph Warnant, un arbre consulté en ligne ne disait qu’une chose : « 1856 ». Pas de jour, pas de lieu, pas de métier. Son acte de mariage a tout donné d’un coup, et six ancêtres avec lui.

Il est né à Bois-de-Villers le 29 janvier 1856, et il n’est pas cultivateur : l’acte le dit tisserand. Dans un village namurois de fermes et de journaliers, le métier détonne, et le métier à bras se meurt. Il le gardera pourtant tout le temps qu’il vivra chez sa femme, à Lesve : les actes de ses trois premiers enfants, en 1881, 1883 et 1884, le disent encore tisserand. C’est en revenant à Bois-de-Villers, chez son père, qu’il se dira cultivateur.

Le 3 mai 1881, à six heures du soir

Acte n° 1. L’an mil huit cent quatre-vingt-un, du mois de mai, le troisième jour, à six heures du soir, pardevant moi Pierre Joseph Michel, échevin délégué faisant les fonctions d’officier de l’état civil de la commune de Lesve, province de Namur, sont comparus en séance publique, en la maison communale :

Victor Joseph WARNANT, âgé de vingt-cinq ans, né à Bois-de-Villers, province de Namur, célibataire, profession de tisserand, domicilié à Bois-de-Villers, fils majeur d'Alexandre WARNANT, cultivateur, et d'Hortense BROSTAUD, ménagère, l’un et l’autre domiciliés audit Bois-de-Villers ;

Et Marie Elise BEAUPIÈRE, âgée de vingt-deux ans, née à Lesve, célibataire, sans profession, domiciliée au même lieu, fille majeure de Félix BEAUPIÈRE, cultivateur, et de Séraphine COLARD, ménagère, tous deux domiciliés audit Lesve.

Pièces produites : 1° acte de naissance de Victor Joseph Warnant, né à Bois-de-Villers le vingt-neuf janvier mil huit cent cinquante-six ; 2° acte de naissance de Marie Elise Beaupière, née à Lesve le trente et un décembre mil huit cent cinquante-huit ; 3° et 4° certificats de publications, les dimanches 27 mars et 3 avril 1881 […] sans opposition ; 5° certificat du Gouverneur de la province de Namur […] attestant que Victor Joseph Warnant a satisfait à la loi sur la milice nationale ; 6° le chapitre six du titre cinq du Code civil, Du mariage.

Après cette lecture, Alexandre Warnant, Hortense Brostaud, Félix Beaupière et Séraphine Colard, ici présents, ont déclaré donner leur consentement au mariage de leurs enfants. […] j’ai déclaré au nom de la loi que Victor Joseph Warnant et Marie Elise Beaupière sont unis en mariage. Les nouveaux époux ont déclaré qu'aucun contrat de mariage n’a été passé.

En présence de : Philippe Marchal, 36 ans, instituteur · Constant Beaupière, 75 ans, marguillier chantre · Isidore Bocart, 42 ans, cabaretier · Félicien Chambon, 46 ans, fabricant de bas — tous demeurant à Lesve.

Lecture faite, tous ont signé avec moi à l’exception d’Hortense Brostaud et de Séraphine Colard, qui ont déclaré ne savoir écrire.

Signatures : felix beaupière · F. Chambon · I. Bocart · V. Warnant · Elise Beaupière · Alexandre Warnant · Ph. Marchal · C. Beaupere · P. J. Michel.

Les quatre parents sont dans la salle

C’est ce qui fait le prix de cet acte. Alexandre Warnant et Hortense Brostaux, venus de Bois-de-Villers ; Félix Beaupière et Séraphine Colart, de Lesve. Tous quatre présents, tous quatre consentants, tous quatre nommés avec leur métier.

Les deux premiers, un arbre en ligne les donnait déjà, et l’acte les confirme. Il écrit « Brostaud » là où les actes de Lesve écrivent Brostaux : le greffier de 1881 entendait un nom qu’il n’avait pas sous les yeux. Les deux autres étaient introuvables : aucun arbre consulté ne connaissait les parents de Marie Elise Beaupière. Ils sortent de cette page, et d’elle seule.

Le père de la mariée, que l’acte appelle Félix, porte en entier le nom de Félix Joseph sur son acte de naissance.

Ce que les signatures disent d’un village

Regardez le bas de l’acte. Tous signent, sauf les deux mères : Hortense Brostaux et Séraphine Colart ont déclaré ne savoir écrire. Les deux pères signent, eux, et de bonne main.

Le même partage se retrouve, à la même époque, dans la branche paternelle de cet arbre, à cent kilomètres de là : les hommes signent, les femmes non. Ce n’est pas une particularité de famille, c’est l’état de l’instruction rurale dans la Belgique du XIXᵉ siècle, et il se lit d’un coup d’œil au pied de chaque acte.

Un témoin a longtemps intrigué : Constant Beaupière, septante-cinq ans, marguillier chantre — sacristain et chantre de la paroisse. Par l’âge et le nom, on le croyait grand-père ou grand-oncle de la mariée. Son acte de décès, retrouvé depuis, a tranché : né à Lesve en 1806, fils d’un autre couple Beaupère, il appartient à une autre souche — la vieille dynastie des marguilliers de Lesve, qui tenait la fabrique de l’église depuis le XVIIᵉ siècle, sans lien établi avec la famille de la mariée, venue de Besinne.

S’il est là, c’est que le sacristain du village servait de témoin dans les actes, tout simplement — on retrouve exactement le même usage à Merchtem, où le sacristain témoigne à la naissance d’un autre de nos ancêtres. La leçon vaut d’être retenue : un patronyme partagé, même au même endroit, même à la bonne génération, ne prouve rien. Il a fallu un acte pour défaire ce que la vraisemblance avait presque écrit.

Où il vit, et où il disparaît

On le retrouve le 24 octobre 1906, à cinquante ans, cultivateur, venant déclarer la mort de son beau-père — et signant Victor Warnant de sa main.

Puis le 7 février 1912, à Lesve cette fois. Sa sœur aînée Sidonie y est morte six jours plus tôt, et c’est lui, cinquante-six ans, cultivateur à Bois-de-Villers, qui vient déclarer le décès avec leur plus jeune frère, Alexandre, le maçon. Il signe encore Victor Warnant.

Après cela, plus rien pendant longtemps : les tables de Bois-de-Villers et de Lesve, dépouillées année par année jusqu’en 1911, ne portent pas son nom, et l’on a cru un moment qu’il était mort hors de portée. Il aura fallu un cercle généalogique local, celui de Dinant, pour indiquer où regarder — et le registre de Bois-de-Villers pour le confirmer.

Le 9 mai 1918, à midi

La guerre dure depuis quatre ans. Le bourgmestre François Provis reçoit deux hommes de vingt-quatre ans : un voisin, Henri Legros, et le propre fils du mort, Joseph, maçon. Ils viennent déclarer que Victor Joseph Warnant s’est éteint la veille, le 8 mai 1918 à sept heures du matin, à soixante-deux ans. L’acte le dit cultivateur — le tisserand de 1881 avait depuis longtemps quitté son métier.

Deux lignes de cet acte valent pour deux autres vies. Ses parents, Alexandre et Hortense, y sont dits l’un et l’autre décédés, et « domiciliés en dernier lieu à Lesve » — non à Bois-de-Villers où on les croyait fixés. Ils étaient revenus au village d’où venait la famille. C’est là, désormais, qu’il faut aller chercher leur fin.

Sources