La petite histoire

Sosa 53 · Génération VI · Les quadrisaïeuls · Branche Warnant

Éléonore Joseph Julienne Lambert

1790 – 1877

Vérifié sur document

Née et baptisée à Bioul le 20 septembre 1790, vers six heures du soir, dans la paroisse Saint-Barthélemy ; son acte de mariage, vingt-six ans plus tard, donne la même date. Journalière à son mariage, ménagère à Besinne en 1826. Illettrée : elle déclare ne savoir écrire à son mariage, et de nouveau trente-neuf ans plus tard. Vivante le 11 février 1855, à soixante-quatre ans, présente et consentante au mariage de son fils Félix, à Lesve, et encore le 30 décembre 1856, l'acte de décès de son mari la disant son épouse et non sa veuve (8). Veuve à Arbre, elle suit ensuite son fils Félix à Lesve, où elle meurt le 17 janvier 1877 à six heures du matin, sans profession ; ce fils, cultivateur de cinquante ans, vient la déclarer et signe, avec un cousin de la défunte, « Charles Joseph Colard » (9). L'acte la vieillit d'un an et la dit née à Arbre, ce qui est faux — elle est née à Bioul : le déclarant a donné le domicile de sa mère, comme l'acte de son père avait donné le sien. Sa mort est restée introuvable tant qu'on la cherchait à la lettre L : la table décennale de Lesve la porte sous le patronyme de son mari, « Beaupère Éléonore, veuve Beaupère Joseph ».

Naissance20 septembre 1790, Bioul
Décès17 janvier 1877, Lesve
ProfessionJournalière · Ménagère
UnionFrançois Joseph Beaupère — mariés le 28 décembre 1816, Arbre
Sa parenté proche · voir dans l’arbre
Éléonore Joseph JulienneLambert1790 – 1877François JosephBeaupère1784 – 1856
CatherineBeaupère~1832 – 1914Félix JosephBeaupère1826 – 1906

Les pièces

Les documents d’archives rassemblés pour cette personne — cliquer pour ouvrir l’image en pleine taille.

Son acte de baptême, natif AGATHA
Son acte de baptême, natif AGATHA1790-09-20_bapteme-Bioul.jpg
Acte décès Lesve, n4 — 19 janvier 1877
Acte décès Lesve, n4 — 19 janvier 18771877-01-19_acte-deces-Lesve_n4.jpg

Ce que les actes racontent

Le village qui n'existait pas

Sur son acte de mariage, en 1816, Éléonore Joseph Julienne Lambert est dite née « à Bihon » le 20 septembre 1790. La graphie est nette, sans rature — et le village n'existe pas. Aucune commune namuroise ne porte ce nom, aucune carte ne le connaît. Pendant deux jours, cette aïeule est restée native d'un lieu fantôme.

La clé était phonétique. Bioul, à dix kilomètres d'Arbre, se prononçait en wallon « Biou » — un registre de 1796 écrit d'ailleurs « Bioulx ». Un secrétaire de mairie écrivant à l'oreille, une boucle de plume où le u final ressemble à un n, et Bioul devient Bihon. L'hypothèse était belle ; restait à la prouver.

La preuve, dans un registre paroissial

L'état civil de Bioul ne commence qu'en 1796 : pour 1790, il fallait les registres de la paroisse Saint-Barthélemy. Ils y étaient.

L'an 1790 le 20 septembre a été Baptisée par le soussigné Éléonore joseph julienne, née en légitime mariage vers six heures du soir dudit jour, fille de jean françois LAMBERT, Baptisé à Lesves, et de Marie Catherine CLAUSE, Baptisée à Bioul. Le Parrain jean joseph Menjot, la Marraine Marie joseph Namurois, tous résidents en la Paroisse de Bioul. Le Père a mis la marque pour ne savoir écrire et les autres ont signé. — J. J. A. Henry, Curé de Bioul

Le même jour, à vingt-six ans de distance : la date déclarée à son mariage était exacte au jour près. Voilà « Bihon » réglé — et deux ancêtres de plus, puisque le curé note d'où viennent les parents : la mère est de Bioul, et le père… baptisé à Lesves.

Lesve, déjà

Ce mot arrête. Lesves, c'est Lesve — le village où, deux générations plus tard, son fils Félix élèvera ses enfants ; le village de la branche maternelle tout entière ; le village où repose aujourd'hui la souche de cet arbre. Le père d'Éléonore en venait, un siècle avant que la famille n'y revienne.

Coïncidence ou vieille parenté qui se referme ? Les deux se disent trop vite. On note, on ne conclut pas : aucun acte ne relie encore ces présences, et un village n'est pas une famille.

Une vie de peu, longuement

Journalière à son mariage, ménagère ensuite, illettrée comme son mari — comme ses deux parents aussi, qui firent leurs marques à leur propre mariage à Bioul en 1789. Elle passe sa vie à Besinne, ce hameau d'Arbre où elle élève au moins Félix, né en 1826.

On la retrouve une fois encore, et de près : le 11 février 1855, elle est à Lesve, dans la maison communale, debout à côté de son mari pour donner son consentement au mariage de ce fils. Elle a soixante-quatre ans, elle a fait le déplacement, et au moment de signer elle déclare — comme trente-neuf ans plus tôt à son propre mariage — qu'elle ne sait pas écrire.

La veuve qu'on ne trouvait pas

Vingt-deux mois plus tard, son mari meurt. L'acte, dressé le 30 décembre 1856, l'appelle époux d'Éléonore Lambert, et non pas veuf : elle est donc encore là, à soixante-six ans.

Ensuite, plus rien. Les tables décennales des décès d'Arbre, lues d'un bout à l'autre de 1851 à 1900, portent sept Lambert, et pas une Éléonore. Celles de Lesve, sur trente ans, pas davantage. Celles de Bois-de-Villers non plus. Une femme née en 1790 ne peut pas avoir vécu au-delà de 1900 ; les deux villages où elle avait vécu étaient donc couverts en entier, et elle n'y était pas.

Elle y était. La table de Lesve la porte bien — mais à la lettre B, sous le nom de son mari : Beaupère Éléonore, veuve Beaupère Joseph. Sur la même page, d'autres veuves sont rangées à leur nom de jeune fille. L'usage du village n'était pas constant, et nous avions cherché à la seule lettre qui ne la portait pas.

Elle a suivi son fils

Le surlendemain, Félix vient la déclarer à la maison communale, accompagné d'un cousin de la défunte. Il a cinquante ans et il est cultivateur. Vingt ans plus tôt, c'était son père qu'il était venu déclarer, à Arbre. Les deux fois, il signe.

L'acte se trompe deux fois, et des deux mêmes façons que celui de son mari. Il la vieillit d'un an. Et il la dit « née à Arbre » alors qu'elle était née à Bioul — le déclarant donne le dernier domicile, jamais le berceau. C'est l'erreur la plus constante de ces registres, et la plus utile à connaître : deux fois dans cette famille, elle nous a envoyés chercher un acte dans le mauvais village.

Un détail, pour finir : l'acte nomme ses parents, morts depuis longtemps, et les dit « domiciliés en dernier lieu à Arbre ». On les croyait de Bioul, où ils s'étaient mariés en 1789 ; ils avaient donc fini, eux aussi, dans le village où leur fille s'était mariée.

Un dernier écho, pour la petite musique des choses : c'est à Bioul, son village natal, qu'Angèle — cinq générations plus bas — finira sa vie en 2024. La boucle s'est refermée sans que personne y pense.

Sources