Sosa 26 · Génération V · Les trisaïeuls · Branche Warnant
Félix Joseph Beaupère
1826 – 1906
Vérifié sur documentNé le 16 janvier 1826 à treize heures au hameau de Besinne, dans la commune d'Arbre et Besinne, et déclaré le lendemain par son père, qui comparaît en personne. Son acte de naissance lui donne le prénom composé Félix Joseph : l'acte de mariage de sa fille (Lesve 1881) l'abrège en Joseph, son acte de décès en Félix. Cultivateur à Lesve en 1881 ; sans profession et domicilié à Bois-de-Villers à sa mort, où il est dit veuf de Séraphine Colart et âgé de quatre-vingts ans. À son mariage, à Lesve le 11 février 1855, il a vingt-neuf ans, il est journalier à Arbre, il signe, et il produit un certificat du gouverneur de Namur attestant qu'il a satisfait à la loi de la milice nationale. Il s'installe aussitôt à Lesve, où il est jardinier en 1855, et il devient l'homme qui déclare les morts de la famille : son premier enfant à dix-sept jours en mai 1855 (2), son beau-père un mois plus tard (0), son père en 1856 (8), sa belle-mère en 1863 (1), sa mère en 1877 (9) — cinq actes en vingt-deux ans, et il signe les cinq.
Les pièces
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Ce que les actes racontent
Un homme sous trois prénoms
Félix Joseph Beaupère aura passé un siècle et demi à être mal nommé.
Quand on l'a rencontré pour la première fois, en 1881, dans l'acte de mariage de sa fille, il s'appelait « Joseph Beaupière ». Quand on a retrouvé son acte de décès, en 1906, il s'appelait « Beaupère Félix ». Deux documents officiels, deux prénoms différents, et la tentation d'y voir une erreur de greffe.
C'est son acte de naissance qui a tranché : il se prénomme Félix Joseph, en entier. Ni l'un ni l'autre des actes tardifs n'était fautif — chacun avait retenu la moitié qu'on employait devant lui. Le même flottement frappe son propre père, François Joseph, réduit à « Joseph » sur le même acte de 1906.
C'est une leçon qu'il vaut la peine de retenir en lisant ces pages : dans ces villages, on ne s'appelait pas par son état civil. Le prénom d'usage tenait lieu de nom, et le registre enregistrait ce que la famille disait.
Né à Besinne, pas à Arbre
Son acte de décès le dit « né à Arbre, province de Namur ». Son acte de naissance dit Besinne. Les deux sont vrais, et il faut savoir pourquoi : la commune s'appelait alors Arbre et Besinne, et le ménage vivait au hameau de Besinne.
La distinction n'est pas un détail d'érudit. Elle décide d'où l'on cherche les actes de ses parents — et l'on a longtemps cherché « Bossière », par mauvaise lecture du nom.
Il y a une règle derrière tout cela, qui vaut pour l'ensemble de ce site : un acte fait foi de ce qu'il constate, non de ce qu'il redit. L'officier d'état civil de 1826 constate une naissance sous ses yeux ; celui de 1906 recopie ce que deux gendres lui déclarent d'un vieil homme qu'ils ont connu octogénaire. Le premier prime.
L'acte de naissance, 17 janvier 1826
Du dix-septième jour du mois de janvier, à douze heures du jour, mil huit cent vingt-six. ACTE DE NAISSANCE de Félix Joseph BEAUPERE, né le seize à une heure de l'après-midi, fils de François Joseph Beaupere, profession journalier, demeurant à Besinne province de Namur, et de Éléonore Joseph Lambert, profession ménagère, demeurant à Besinne province de Namur. Le sexe de l'enfant a été reconnu être masculin. Premier témoin Corneil Joseph Ghislain Huwart, laboureur, domicilié à Arbre, âgé de trente-cinq ans ; second témoin Lambert Joseph Legros, journalier, domicilié à Besinne, âgé de trente ans. Sur la déclaration faite par François Joseph Beaupère, père de l'enfant. Constaté par moi Jacques Joseph Huwart, bourgmestre de la commune d'Arbre et Besinne.
Signé : L. J. Legros — à l'exception de François Joseph Beaupère qui a déclaré ne savoir écrire · C. J. G. Huwart · J. J. Huwart, bourgmestre
Il est né le 16 janvier 1826 à une heure de l'après-midi, et déclaré le lendemain à midi. Son père est venu en personne, et il ne savait pas écrire — la formule est portée noir sur blanc au bas de l'acte.
Cet acte fait plus que dater une naissance. Il transforme un lien supposé en lien prouvé : jusque-là, on tenait François Joseph Beaupère pour son père parce que d'autres documents le suggéraient ; ici, l'homme comparaît et se déclare. Et il confirme, à quatre-vingts ans de distance, que l'acte de décès ne s'arrondissait pas : il avait bien quatre-vingts ans en 1906.
L'acte de décès, 24 octobre 1906
N° 19. Du vingt-quatrième jour du mois d'octobre mil neuf cent et six, à dix heures. ACTE DE DÉCÈS de BEAUPÈRE Félix, veuf de COLARD Séraphie, décédé le vingt-deux de ce mois à quinze heures, profession sans, âgé de quatre-vingts ans, né à Arbre, province de Namur, demeurant à Bois-de-Villers, fils de feu BEAUPÈRE Joseph, profession de journalier, domicilié en dernier lieu à Arbre, et de LAMBERT Éléonore, décédée, profession de ménagère, domiciliée en dernier lieu à Arbre.
Sur la déclaration faite par WARNANT Victor, âgé de cinquante ans, demeurant à Bois-de-Villers, profession de cultivateur, qui a dit être gendre du défunt, et par BODSON Constant, âgé de cinquante-six ans, demeurant à Lesve, cultivateur, qui a dit être gendre du défunt.
Constaté suivant la loi par moi LEGROS Louis, bourgmestre […] commune de Bois-de-Villers. Signé : Victor Warnant · Constant Bodson · Le Bourgmestre
Il meurt un lundi après-midi, à trois heures, chez lui à Bois-de-Villers. Ses deux gendres viennent le déclarer le surlendemain matin.
Ce que cette page apprend en passant
Trois choses, qu'aucun autre document ne donnait.
D'abord : il est veuf. Sa femme, Séraphine Colart, est donc morte avant le 22 octobre 1906. C'est notre seule borne sur elle, et elle vaut de l'or : on la cherche depuis, en vain, dans les tables de Bois-de-Villers, de Lesve et d'Arbre. Elle vivait encore en mai 1881, au mariage de leur fille. Entre ces deux dates, vingt-cinq ans, elle disparaît sans laisser d'acte. C'est l'un des blocages les plus tenaces de cet arbre — et il faudra probablement chercher son nom sous une autre graphie, Collart, courante dans ce pays.
Ensuite : le premier déclarant est Victor Warnant, cinquante ans, cultivateur — notre ancêtre, son gendre, qui signe de sa main. L'âge concorde au mois près avec sa naissance de janvier 1856. Ce détail administratif est aussi la dernière trace certaine que nous ayons de lui vivant.
Enfin : le second gendre, Constant Bodson, cinquante-six ans, cultivateur à Lesve. Félix Joseph avait donc au moins deux filles mariées — Marie Elise, la nôtre, et une sœur qui a épousé un Bodson. C'est une porte vers une fratrie dont nous ne savons rien.
Sa vie, en trois mots d'actes
On ne connaît de lui que ce que trois documents en disent, et c'est peu : né journalier chez des journaliers, il est cultivateur en 1881 quand il marie sa fille à Lesve, et sans profession en 1906 — la formule des vieillards. Il aura vécu quatre-vingts ans dans un rayon de dix kilomètres, entre Besinne où il naît, Lesve où il élève ses filles, et Bois-de-Villers où il meurt.
Une seule chose reste à trouver pour compléter ce portrait : son mariage avec Séraphine, quelque part entre 1850 et 1858 — leur fille naît à Lesve à la fin de 1858. Cet acte-là nommerait les parents de Séraphine, dont nous ignorons tout.
L'année 1855
Ce mariage a fini par sortir, et l'année qu'il ouvre est rude.
Le 11 février 1855, il épouse Séraphine Colart à Lesve. Elle est enceinte de sept mois. Ils quittent Arbre pour s'installer au village d'elle, et il n'est plus journalier : il est jardinier.
L'enfant naît vers le 15 avril. C'est un garçon, on l'appelle Félix Joseph comme son père. Le petit meurt le 2 mai au matin, âgé de dix-sept jours. Trois jours plus tard, à neuf heures, Félix est à la maison communale pour le déclarer. Il dit être le père du défunt. Il signe.
Sept semaines plus tard il y revient, et cette fois c'est pour son beau-père, mort le 21 juin au soir. L'année suivante, ce sera pour son propre père. En 1862, pour un deuxième fils, mort lui aussi à dix-sept jours. En 1863, pour sa belle-mère. En 1873, pour une fille d'un mois. En 1877, pour sa mère.
Sept morts en vingt-deux ans, et la même main au bas des sept pages.
Presque personne n'écrit dans cette famille : sa femme, ses deux parents et sa belle-mère font une croix ou déclarent ne pas savoir. Lui sait. C'est donc lui qui va porter la parole à l'état civil, chaque fois, pendant vingt-deux ans.
Sources
- Acte de naissance de Félix Joseph Beaupère, Arbre, 17 janvier 1826 — État civil d'Arbre et Besinne — AGATHA, vol. 191777, film 525_9999_999_1179894_000, fichier 0265
- Acte de décès de Félix Beaupère, Bois-de-Villers, 22 octobre 1906 — État civil de Bois-de-Villers — acte n° 19 — AGATHA, vol. 191486, série 525_9997_997_92101_002, fichier 0310
- Acte de mariage Beaupère × Colart, Lesve, 11 février 1855 — État civil de Lesve — AGATHA, vol. 192728, série 525_9999_999_1231025_000, fichier 0850
- Acte de mariage Warnant × Beaupière, Lesve, 3 mai 1881 — État civil de Lesve — acte n° 1 — AGATHA, série 2119213, fichiers 0535-0536
- Acte de décès de Félix Joseph Beaupère, enfant de dix-sept jours, Lesve, 5 mai 1855, acte n° 13 — Lesve (Profondeville), actes mélangés 1851-1861, volume 192727, série IIIF 525_9999_999_1231025_000, fichier 0685, page de droite, haut
- Acte de décès de Jacques Joseph Colart, Lesve, 22 juin 1855, acte n° 17 — Lesve (Profondeville), actes mélangés 1851-1861, volume 192727, série IIIF 525_9999_999_1231025_000, fichier 0686, page de droite, haut ; repéré par la table décennale des décès 1851-1861, fichier 0540, page de droite, entrée n° 45