La petite histoire

Sosa 51 · Génération VI · Les quadrisaïeuls · Branche Warnant

Marie Louise Demanet

1800 – 1843

aussi écrite Marie Joseph Louise (1821)

Vérifié sur document

Née à Lesve le 10 mars 1800 et baptisée le lendemain à la paroisse du lieu, elle n'a jamais été déclarée à l'état civil : la commune n'enregistrait plus guère, et ses parents, selon leurs propres mots, ont négligé de le faire. Il a fallu qu'elle se marie pour qu'on s'en aperçoive. Son père a donc saisi le tribunal de première instance de Namur, qui a entendu deux témoins sous serment — un voisin tisserand et la sœur aînée, Marie Anne — et ordonné, le 13 juin 1821, que les actes manquants soient rédigés ; l'indigence de la famille, constatée par pièces, a rendu la procédure gratuite (2). L'échevin de Lesve a dressé son acte de naissance le 29 juin, sans témoin ni déclarant à y inscrire, et l'a mariée le lendemain (1, 3). Ménagère, elle épouse Henri Joseph Brostaux à vingt et un ans ; son père consent, et elle déclare, comme lui, ne savoir signer. Elle meurt à Lesve le 11 novembre 1843 à huit heures du soir, à quarante-trois ans. Les publications du mariage de sa fille, en 1852, la disent feue, et l'acte de mariage redit la date de son décès. Inconnue de tous les arbres consultés.

Naissance10 mars 1800, Lesve
Décès11 novembre 1843, Lesve
ProfessionMénagère
RésidenceLesve
UnionHenri Joseph Brostaux — mariés le 30 juin 1821, Lesve
Sa parenté proche · voir dans l’arbre
AdrienDemanet† 1821/1843Marie LouiseWautelet† 1821/1843
Marie LouiseDemanet1800 – 1843Henri JosephBrostaux1802 – 1878
Hortense JosepheBrostaux1829 – av. 1918

Les pièces

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Son acte de naissance — dressé à Lesve le 29 juin 1821, vingt et un ans après les faits, sur jugement du tribunal (1)
Son acte de naissance — dressé à Lesve le 29 juin 1821, vingt et un ans après les faits, sur jugement du tribunal (1)1800-03-10_acte-naissance.jpg
Son acte de décès — Lesve, 13 novembre 1843 , fichier 0465
Son acte de décès — Lesve, 13 novembre 1843 , fichier 04651843-11-11_acte-deces.jpg

Ce que les actes racontent

Déjà morte quand sa fille se marie

De Marie Louise Demanet, on ne tient qu'un mot : feue. En février 1852, quand l'échevin de Lesve affiche le mariage de sa fille Hortense, il la nomme comme la loi l'oblige — et il la nomme au passé. Ménagère, domiciliée « à Lesve en dernier lieu ». Le père, lui, est vivant.

C'est peu, et c'est déjà beaucoup : avant cette ligne, personne ne savait le nom de la mère d'Hortense. Le registre des décès de Lesve va jusqu'en 1851 et il est en ligne ; c'est là qu'il faut maintenant la chercher, et son acte dira son âge, d'où elle venait, et de qui elle était née.

Le 13 novembre 1843

Son acte de décès a fini par sortir du registre. Elle est morte chez elle, à Lesve, le 11 novembre 1843 à huit heures du soir ; elle avait quarante-trois ans, et elle était née dans ce même village. Deux jours plus tard, son mari Henri Joseph vient le déclarer, accompagné de l'instituteur, et signe.

Surtout, l'acte la rend à ses parents : Adrien Demanet et sa femme, tous deux déjà morts. Le veuf donne à sa belle-mère le prénom de Marie Joseph — on verra plus loin qu'il se trompe. Deux noms de plus dans l'arbre, et une fille de quatorze ans, Hortense, qui reste avec son père. L'acte :

Du treizième jour du mois de novembre mil huit cent quarante-trois, à huit heures du matin. Acte de décès de Marie Louise DEMANET, épouse de Henri Joseph BROSTAUX, décédée le onze dudit mois à huit heures du soir, profession de ménagère, âgée de quarante-trois ans, née à Lesve, province de Namur, demeurant à Lesve, fille de feu Adrien DEMANET et de feu Marie Joseph WATELET. Sur la déclaration faite par Henri Joseph BROSTAUX, âgé de quarante-trois ans, demeurant à Lesve, profession de cultivateur, qui a dit être l'époux de la défunte, et par Jean Joseph CAMBIER, âgé de quarante-neuf ans, demeurant à Lesve, profession d'instituteur, qui a dit être connu de la défunte. Constaté suivant la loi par moi François Joseph BOSSUROY, échevin de la commune de Lesve, délégué, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil, et après lecture faite aux déclarants, ils ont signé avec moi. — J. J. Cambier · henri jos. Brostaux · F. J. Bossuroy

Le 30 juin 1821

Son mariage, retrouvé depuis, la montre vingt-trois ans plus tôt. Elle a vingt et un ans, elle est ménagère, et l'officier lit son acte de naissance : elle est née à Lesve le 10 mars 1800. Son père, Adrien Demanet, scieur de long, est présent et donne son consentement.

À la fin de la cérémonie, tout le monde signe — les quatre témoins, le marié, son père. Deux personnes seulement ne le peuvent pas : Adrien Demanet et sa fille. Elle entre dans une famille qui écrit, en venant d'une qui n'écrit pas.

L'acte qu'on a lu ce soir-là avait dix-sept jours

On a longtemps cherché cette naissance au mauvais endroit. Le 10 mars 1800, à Lesve, c'est le 19 ventôse an VIII ; le registre de cette année-là existe, il est en ligne, il tient en quatre pages — et il ne porte que huit naissances pour douze mois. Rien en ventôse. Rien non plus dans celui de l'année suivante, qui saute de décembre à mai. Le village ne déclarait pas. Sous le Directoire, à Lesve, on naissait sans que la République le sache.

L'acte existait pourtant, puisqu'on l'a lu au mariage. Il a fini par reparaître — mais daté du 29 juin 1821. La veille de la noce.

Voici ce qui s'était passé. Pour se marier, il faut produire un acte de naissance. Marie Louise n'en avait pas, et son frère Louis Gislain non plus. Le 13 juin 1821, leur père se présente donc devant le tribunal de première instance de Namur. Un avoué parle pour lui. La requête est d'une franchise désarmante : sa femme s'est accouchée deux fois, en novembre 1797 et en mars 1800, d'un garçon puis d'une fille, « lesquels il a négligé de faire inscrire à l'état civil ».

Reste à le prouver. Deux voisins jurent. Le premier est un tisserand de trente-six ans, Gillain Joseph Colet, qui explique qu'il habite tout près et qu'il fréquente « journellement et familièrement leur maison ». La seconde est Marie Anne Demanet, trente-huit ans, célibataire : la sœur aînée. Elle se souvient des deux accouchements, et elle ajoute qu'elle était marraine au baptême de son frère. Le tribunal se fait aussi apporter les registres de la paroisse. Tout y était noté : son baptême, le 11 mars 1800, le lendemain de sa naissance ; le mariage de ses parents, le 30 mai 1784. L'Église savait ce que la commune ignorait.

Un dernier détail dit la condition de cette famille. Le jugement ordonne que tout soit exempt de timbre, d'enregistrement et de greffe, « attendu l'indigence dûment constatée du pétitionnaire ». Adrien Demanet a dû produire un certificat de pauvreté pour pouvoir donner une existence légale à ses enfants.

Le tribunal ordonne, l'échevin exécute. Le 29 juin au matin, Ambroise Joseph Demeuse remplit deux formulaires imprimés à la suite l'un de l'autre, celui du frère puis celui de la sœur. Les lignes « premier témoin », « second témoin », « sur la déclaration faite par » restent vides : il n'y a personne à nommer. La formule toute faite qui parle de lecture aux témoins est barrée. L'heure de la naissance, que le formulaire réclame, n'est pas remplie non plus — vingt et un ans après, plus personne ne la savait. Voici cet acte à retardement :

Du vingt-neuvième jour du mois de juin mil huit cent vingt et un, à neuf heures du matin. Acte de naissance de Marie Joseph Louise DEMANET, née le dix mars mil huit cent, fille de Adrien DEMANET, profession de scieur de bois, demeurant à Lesve province de Namur, et de Marie Louise WAUTELET, profession de ménagère, demeurant audit Lesve. Le sexe de l'enfant a été reconnu être féminin. Premier témoin — · Second témoin — · Sur la déclaration faite par — Constaté suivant la loi, par moi Ambroise Joseph DEMEUSE, échevin de la commune de Lesve délégué, faisant les fonctions d'officier public de l'état civil, ~~et après lecture faite aux témoins et déclarant~~. — A. J. Demeuse

Le lendemain soir, à neuf heures, le même Ambroise Joseph Demeuse marie la jeune femme dont il venait d'écrire l'acte de naissance.

Sources