Sosa 102 · Génération VII · La septième génération · Branche Warnant
Adrien Demanet
† 1821/1843
aussi écrit adrien joseph demanet (1784), andrien joseph demanet (1784), Adrien Joseph Demanet (1821)
Vérifié sur documentNatif de Lesve, où il épouse Marie Louise Wautelet le 31 mai 1784 ; il y trace déjà sa croix, et le même acte l'écrit « adrien » dans le corps et « andrien » sous la marque (3). Scieur de long à Lesve — le métier du village. En juin 1821, pour que sa fille Marie Louise puisse se marier, il saisit le tribunal de première instance de Namur : ni elle ni son frère Louis Gislain n'avaient d'acte de naissance, puisqu'il avait, selon les termes de sa propre requête, négligé de les faire inscrire à l'état civil. Il ne sait pas écrire ; un avoué parle pour lui, deux voisins témoignent sous serment, et le tribunal ordonne le 13 juin que les deux actes soient rédigés. La procédure est gratuite, attendu son indigence dûment constatée par pièces (2). L'échevin de Lesve dresse les deux actes le 29 juin (1). Le lendemain, il comparaît au mariage de sa fille, y donne son consentement, et déclare ne savoir signer ; sa fille non plus, quand le marié, son père et les quatre témoins signent tous (3). L'acte de décès de cette fille, en novembre 1843, le dit feu : il meurt donc entre ces deux dates. Inconnu de tous les arbres consultés.
Les pièces
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Ce que les actes racontent
Un nom sur une ligne
Adrien Demanet est d'abord apparu déjà mort. Le 13 novembre 1843, quand Henri Joseph Brostaux vient déclarer à la maison communale de Lesve le décès de sa femme, l'échevin lui demande, comme la loi le veut, de qui elle était née. La réponse tient en une ligne : « fille de feu Adrien Demanet et de feu Marie Joseph Watelet ».
C'est peu, mais c'est une génération de plus. Marie Louise était née à Lesve vers 1800 : Adrien y vivait donc à la fin du siècle précédent, dans un village où les Demanet sont nombreux — la table des décès en compte six entre 1843 et 1851. Lequel était son frère, lequel son cousin, les registres le diront peut-être.
Vivant, en 1821
Le mariage de sa fille, retrouvé depuis, le montre bien vivant vingt-deux ans plus tôt. Le 30 juin 1821, il est dans la salle : Marie Louise a vingt et un ans, il vient donner son consentement, et l'acte dit enfin son métier. Il est scieur de long — le métier de Lesve, celui qu'exercera aussi le gendre de sa petite-fille.
Quand vient le moment de signer, il ne le peut pas. Sa fille non plus. Ils sont les deux seuls de la page dans ce cas : le marié signe, le père du marié signe, les quatre témoins signent. C'est la première fois qu'on voit, dans cette famille, la ligne de partage passer aussi nettement entre deux maisons.
Dix-sept jours plus tôt
Ce mariage, il a fallu qu'il le rende possible. Sa fille n'avait pas d'acte de naissance : on ne l'avait jamais déclarée. Son fils Louis Gislain non plus.
Le 13 juin 1821, il se présente donc devant le tribunal de première instance de Namur. Il ne sait pas écrire ; un avoué, maître Gilles, rédige pour lui une requête qui ne cherche pas d'excuse. Sa femme s'est accouchée deux fois, en novembre 1797 et en mars 1800, d'un garçon puis d'une fille, « lesquels il a négligé de faire inscrire à l'état civil ». Il demande qu'on l'entende, qu'on entende quelques témoins, et qu'on ordonne à l'échevin de Lesve d'écrire enfin ces deux actes.
Il demande une chose de plus : que tout cela soit gratuit. Le tribunal l'accorde, « attendu l'indigence dûment constatée du pétitionnaire ». Il a donc fallu, pour que ces deux enfants entrent dans les registres, qu'un père produise devant la justice un certificat de pauvreté. Sa requête, telle que l'avoué l'a rédigée :
Adrien Joseph DEMANET, scieur en bois, domicilié à Lesve, [expose] que Marie Louise WAUTELET, son épouse légitime, s'est accouchée audit Lesve : 1° le 4 [novembre] 1797 d'un garçon nommé Louis Gislain ; 2° et le 10 mars 1800 d'une fille nommée Marie Joseph Louise ; lesquels il a négligé de faire inscrire à l'état civil. À ces causes il vous supplie de vouloir l'entendre, ainsi que quelques témoins, pour constater les diverses époques des naissances desdits deux enfants, et par suite ordonner que leurs actes seront rédigés par l'officier public de l'état civil dudit Lesve ; et attendu son indigence […] ordonner que le tout sera exempt de tous droits de timbre, d'enregistrement et de greffe […] en conformité de l'article 99 du Code civil […] — Signé N. Gilles, avoué.
Deux voisins viennent jurer. Un tisserand de trente-six ans, qui dit habiter tout près et fréquenter la maison « journellement et familièrement ». Et une femme de trente-huit ans, célibataire, ménagère à Lesve : Marie Anne Demanet, l'aînée, qui se souvient des deux accouchements et qui avait été marraine de son frère. C'est par elle qu'on apprend qu'Adrien avait au moins trois enfants.
Le jugement tombe le jour même. Le 29 juin au matin, l'échevin remplit les deux formulaires. Le 30 au soir, il marie la fille.
Le 31 mai 1784
Pour établir que ces deux enfants étaient bien les siens, le tribunal s'était fait apporter les registres de la paroisse, et y avait lu l'acte de son mariage. Il en donne la date : le trente mai 1784.
Le registre existe toujours. Il est en ligne, et l'acte y est. Il dit le trente et un. Le greffier de Namur, recopiant à la hâte une date écrite en toutes lettres, avait laissé tomber un mot.
Ce que l'acte ajoute est mince et pourtant net. Ils sont tous deux de Lesve. Un vicaire les marie, délégué par le curé, qui signe toutes les autres pages de ce mois. Deux voisins servent de témoins. Et quand vient le moment de signer, Adrien trace une croix, Marie Louise en trace une autre : trente-sept ans avant le tribunal, la maison ne sait déjà pas écrire. L'acte du vicaire :
L'an mil sept cens quatre vingt quatre le trente un du mois de mai se sont mariés en présence de moi soussigné, à ce spécialement délégué par le révérend curé, d'après la publication de trois bans : adrien joseph demanet et marie louise watelet, natifs de lesves, en présence de jean baptiste gilain melin et françois joseph davio, natifs de lesves, témoins à ce requis et appellés. — la marque † de andrien joseph demanet · la marque † de marie louise watelet · (signé) J. N. Robinet, vicaire.
De leurs parents, le curé ne dit rien. Les actes de cette paroisse ne les nomment pas. Pour remonter d'un cran, il faudra leurs baptêmes.
Sources
- Acte de mariage d'Henry Joseph Brostaux et de Marie Joseph Louise Demanet, Lesve, 30 juin 1821 — Lesve (Profondeville), actes mélangés 1802-1842, volume 192717, série IIIF 525_9999_999_1231024_000, fichier 0380, folio 6
- Acte de décès de Marie Louise Demanet, Lesve, 13 novembre 1843 — État civil de Lesve — AGATHA, vol. 192722, série 525_9999_999_1231025_000, fichier 0465
- Acte de mariage d'Adrien Joseph Demanet et de Marie Louise Wautelet, paroisse Saint Wilmar de Lesve, 31 mai 1784 — Lesve (Profondeville), Saint Wilmar, actes de mariages 1779-1786, volume 182245, série IIIF 525_0394_000_00521_000, fichier 0510, page de droite, deuxième acte
- Jugement du tribunal de première instance de Namur, 13 juin 1821 — reconstitution des actes de naissance de Louis Gislain et Marie Joseph Louise Demanet — Lesve (Profondeville), actes mélangés 1802-1842, volume 192717, série IIIF 525_9999_999_1231024_000, fichiers 0280 à 0286, expédition sur feuille pliée insérée au registre des naissances de 1821
- Acte de naissance de Marie Joseph Louise Demanet, Lesve, 29 juin 1821 — Lesve (Profondeville), actes mélangés 1802-1842, volume 192717, série IIIF 525_9999_999_1231024_000, fichier 0286, feuillet 7, second acte