La petite histoire

Sosa 64 · Génération VII · La septième génération · Branche Heyvaert

Josephus Heyvaert

1769 – 1831

Vérifié sur document

Illettré : au mariage de son fils, le 16 mai 1827, où il est présent et consentant, il déclare ne pas savoir écrire. Il y est dit âgé de 57 ans, ce qui s'accorde au jour près avec le baptême retrouvé à Meuzegem. Son prénom flotte d'un acte à l'autre — le second, pris du parrain de son baptême, apparaît tantôt, disparaît ailleurs, et c'est lui qu'un greffier de 1831 a fini par attribuer à son père. La forme d'usage, constante, est Joseph.

Naissance14 avril 1769, Meuzegem
Décès5 septembre 1831, Merchtem
ProfessionCultivateur
Sa parenté proche · voir dans l’arbre
JosephusHeyvaert1769 – 1831Joanna PetronellaLombaert1774/1775 – 1831

Les pièces

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6 — Son acte de baptême présumé, Meuzegem, 14 avril 1769. AGATHA vol. 99575, série 518_0342_000_00013_000, fichier 0009, page de gauche. Page entière : LIBRARY/Cache/agatha-99575/pages/0009.jpg
6 — Son acte de baptême présumé, Meuzegem, 14 avril 1769. AGATHA vol. 99575, série 518_0342_000_00013_000, fichier 0009, page de gauche. Page entière : LIBRARY/Cache/agatha-99575/pages/0009.jpg1769-04-14_acte-bapteme-Meuzegem_recadre.jpg
Extrait décès Petrus Josephus HEIJVAERT, annexes 1832 — 5 septembre 1831
Extrait décès Petrus Josephus HEIJVAERT, annexes 1832 — 5 septembre 18311831-09-05_extrait-deces-Petrus-Josephus-HEIJVAERT_annexes-1832.jpg

Ce que les actes racontent

Septembre 1831, neuf jours

Josephus Heyvaert meurt à Merchtem le 5 septembre 1831. Sa femme, Joanna Petronella Lombaert, le suit le 14 — neuf jours plus tard. Le choléra traverse alors la Belgique, et ce double deuil en pleine épidémie a toutes les allures d'une même contagion emportant un ménage de cultivateurs sexagénaires.

On ne connaît leurs morts que par un détour administratif qui mérite d'être raconté. Quatre mois plus tard, en janvier 1832, leur fils cadet se marie ; ses parents étant morts, la commune exige les extraits de leurs actes de décès. Ces extraits, recopiés et glissés dans le dossier de mariage, ont été reliés avec lui — et c'est là, dans un volume d'annexes que personne n'ouvre jamais, qu'ils attendaient. L'extrait du sien nomme au passage ses propres parents — il les appelle « Egidius Heyvaert » et « Joanna Maria Sergoeijnne », et il se trompe deux fois, comme on le verra plus bas. Un mort de 1831 qui livre tout de même une génération de plus. L'extrait, traduit du néerlandais :

Extrait du registre des décès de la commune de Merchtem, Brabant méridional. L'an mil huit cent trente et un, le cinq septembre, est décédé à Merchtem Heijvaert Petrus Josephus, mari de Joanna Petronella Lombaert, fils d'Egidius et de Joanna Maria Sergoeijnne. Pour copie conforme par extrait, délivrée à Merchtem le 24 décembre 1831 par l'officier de l'état civil. — signé V. Thibaut

L'homme aux quatre prénoms

Aucun ancêtre de cet arbre n'est nommé de façon plus incohérente. Selon les actes, il est Josephus, Joseph, Petrus Josephus, ou même Égide Joseph. Cinq documents, quatre formes.

Le Joseph est constant — c'est le prénom d'usage, celui que sa famille donne encore en 1869, quand son petit-fils déclare un décès. Le premier prénom, lui, flottait. On l'avait cherché aux registres de Merchtem ; il était à Meuzegem, une paroisse de Wolvertem, où le curé baptise le 14 avril 1769 un « Josephus Egidius Hijvaert », fils légitime d'Andreas et de Anna Maria Sergonne — le parrain s'appelle Egidius Sergonne. Le prénom composé est donc établi, et le second prénom vient du parrain, un maternel. Traduit du latin :

Le 14 avril a été baptisé Josephus Egidius Hijvaert, fils légitime d'Andreas et de Maria Sergogne. Parrain et marraine : Egidius Sergogne et Catharina Sergogne.

Le mariage de ses parents, trouvé à la septième paroisse

Ce baptême ouvrait un doute qu'il ne refermait pas. L'extrait de 1831, copie de seconde main faite pour un dossier de mariage, appelait son père « Egidius » ; le baptême, acte original, dit Andreas. Tout le reste concordait — la date, le nom rare de la mère, l'âge, l'absence à Merchtem —, mais cela ne faisait pas une preuve. Le départage tenait à un acte : le mariage des parents.

Il a fallu six paroisses pour ne pas le trouver. Meuzegem, où ils baptisaient leurs enfants ; Wolvertem, dont elle était dite native ; Rossem et Imde, les deux autres hameaux de la commune ; Mollem, où vivait une homonyme ; Opwijk enfin, où lui était né. Rien nulle part — et à Wolvertem, un trou de sept mois au beau milieu de la fenêtre, qui a fait espérer un instant qu'une page manquait au microfilm. Le bas de la page était blanc : le curé s'était arrêté là, faute d'avoir un mariage à écrire.

Il était à la septième, Brussegem, et au premier coup d'œil. Le 17 janvier 1764, les trois bans publiés, Andreas, de Meuzegem — le curé écrit son nom « Hyvaert » —, épouse Anna Maria Sergonne, de Wolvertem, devant deux témoins : Egidius Sergonne, qui sera cinq ans plus tard le parrain de notre ancêtre, et un Adrien du même nom que le marié, sans doute son frère.

Mariage à ASSE, 1800. Guillaume LOUIES, cultivateur, né à Hekelgem le 28/12/1745, épouse Anne Marie HEYVAERT, ⭐ née à MEUZEGEM le 15 février, demeurant à Hekelgem, fille d'André HEYVAERT et d'Anne Marie SERGONJE. Témoins : Martin Brugman (72), Bernard Roddaer (54), François Delmoitie, François Gouche.

Pourquoi Brussegem, alors qu'elle est de Wolvertem et lui de Meuzegem ? Le curé le dit en trois mots : il est son pasteur. Elle était née à Wolvertem et vivait à Brussegem, et l'usage veut qu'on se marie dans la paroisse de l'épouse — la paroisse où elle habite, non celle où elle est née. C'est ce contresens qui avait coûté six lectures.

L'acte tranche le reste. La mère porte, dans son propre acte de mariage, le nom que l'extrait de 1831 avait déformé en « Sergoeijnne » ; le père s'appelle Andreas — dans son mariage, dans le baptême de son fils, dans sa sépulture. Le greffier de 1831 avait pris pour le prénom du père celui du parrain, qui était aussi le second prénom du fils. Trois actes contre une copie tardive : la copie a tort.

Ce qu'on sait de lui sans conteste : cultivateur à Merchtem, né vers 1769-1770, illettré — au mariage de son fils en 1827, où il comparaît à cinquante-sept ans, il « déclare ne pas savoir écrire, pour cause d'illettrisme », pendant que sa femme signe d'une grande main. Dans ce couple-là, c'est elle qui tenait la plume.

Sources